A nos ?lites d?faillantes

The content originally appeared on: Le Nouvelliste

Les Am?ricains sont venus en 1915, et sans donner un dollar en cadeau ? Ha?ti pendant toute la p?riode de l’occupation, jusqu’en 1934, ils ont construit des routes, des h?pitaux, une arm?e, une administration et des institutions.

Tout ce que les bourgeoisies noire et mul?tre, les civils et les militaires ha?tiens n’avaient pas pu ?riger, ils l’ont fait avec les recettes internes des douanes ha?tiennes.

Ils ont r?ussi le passage ? la gestion d’un ?tat en ?vin?ant simplement les mauvais gestionnaires locaux et en les rempla?ant par des Am?ricains.

Celui qui explique cet exploit Yankee s’appelle Roger Gaillard. Personne ne peut l’?tiqueter d’?tre pro am?ricain. Il est l’historien qui a fait d?couvrir l’occupation am?ricaine aux Ha?tiens dans les ann?es 70-80 ? travers ses ouvrages. Le premier et l’un des rares, il a consult? les sources ?crites disponibles et avait pu interroger les derniers survivants de la p?riode de l’occupation pour construire une oeuvre ind?passable.

Pour ?couter le t?moignage bouleversant de Roger Gaillard, il suffit d’aller sur YouTube et de taper son nom. Dans l’extrait de l’?mission Format 60 o? il est interview?, on peut voir Roger Gaillard, historien de la p?riode de l’occupation am?ricaine (1915-1934), dire sa tristesse d’?tre Ha?tien.

Nous sommes en 1982. Sur la T?l?vision Nationale d’Ha?ti de la grande ?poque dans la prestigieuse ?mission Format 60 anim?e par Jean Robert Antoine. Le Jeanclaudisme triomphe ? l’?poque. La machine de la dictature des Duvalier est en place et sur la t?l?vision d’Etat, Gaillard fait un t?moignage qui fustige le pass? et le pr?sent. En ce temps o? l’on parlait par signe, il souligne l’incapacit? de nos ?lites ? faire face ? leurs responsabilit?s en 1915 et sugg?re que rien n’a vraiment chang?.

Quarante ans plus tard, le verdict de Gaillard est encore valable. Nos ?lites. Toutes nos ?lites peinent ? faire ce qu’ils ont ? faire. Nos gouvernants ont besoin de b?quilles pour accomplir la moindre t?che. Le pays attend un sauveur comme en 1915.

Dans cette ?mission de 1982, l’homme de presse, le professeur d’universit? qui sera plus tard recteur de l’Universit? d’Etat d’Ha?ti, savait qu’il prenait des risques. Cependant, il estimait de son devoir de rappeler, de comparer, d’alerter.

40 ans plus tard, il faut dire et redire qu’on ne fait pas ?a ? un pays. On ne fait pas ?a ? une population. Nos ?lites nous gaspillent. Ils ignorent leur vocation. Mettent en danger la nation en 2022 comme hier.

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