Achipelago : neuf femmes ? l’honneur au vernissage ? la maison Dufort

The content originally appeared on: Le Nouvelliste

Malgr? l’ins?curit?, malgr? le grand banditisme qui rythme la vie ? Port-au-Prince, le public est venu en grand nombre au vernissage tant claironn? par le Centre d’art et l’Unesco qui ont soutenu les r?sidences crois?es des artistes femmes d?but?es en 2019. La Maison Dufort illustrait, le samedi 14 mai, la soif du public ? prendre part ? Achipelago, exposition qui met en valeur les oeuvres de neuf artistes femmes de l’archipel des Antilles.

D’une salle d’exposition ? une autre, le public pouvait prendre son temps pour appr?cier le travail de Pascale Bichot (Ha?ti/France), r?alis? ? partir d’objets trouv?s et de fibres.

Avec l’appui du Fonds International pour la Diversit? Culturelle de l’Unesco, Bichot a r?alis? du 3 f?vrier au 28 f?vrier 2022, sa r?sidence artistique ? EMC-Edna Manley Coll?ge en Jama?que.

La cr?ation de Pascale Faublas (Ha?ti), comme ses paires, participle de la mise en oeuvre d’un r?seau pour la cr?ation et la diffustion de l’art carib?en. Sur place, au vernissage, le public abordait cette plasticienne connue pour sa s?rie <> qui d?cline l’intimit? de la femme en notes florales. Dans Achipelago, elle poursuit la m?me d?marche artistique avec un accent de femme poto-mitan.

L’installation de Miriam Hinds-Smith

Achipelago offrait l’occasion de voir de pr?s le talent de la plasticienne jama?caine Miriam Hinds-Smith. Assit?e d’une artsite du Bel-Air, Marie-G?ralde Morilus, elle a r?alis? une installation pour marquer la m?moire douloureuse des peuples de la Cara?be. Dans une salle de la maison Dufort, un bateau n?grier fait revivre dans l’imaginaire ce que les puissants du monde r?servent aux peuples, aux races qu’ils consid?rent comme inf?rieures par rapport ? leur civilisation, leur avanc?e technologique.

Les ?tudiants au Centre d’art o? Hinds-Smith a fait sa r?sidence artistique ne pouvaient s’emp?cher de penser aux conditions de travail de l’artiste. L’ins?curit? qui s?vit ? Port-au-Prince est le sujet le plus important pour le moment. Aussi ne pouvaient-ils s’emp?cher de louer le courage de Marie-G?ralde, ancr?e au Bel-Air, quartier meurtri, abandonn? ? la merci des gangsters. L’artiste du Bel-Air ?tait toujours aux c?t?s de Miriam Hinds-Smith pour travailler les fibres, le textile qui entrent dans l’installation.

Quelque chose d’insolite chez Nadia Huggins de Trinidad & Tobago

Nadia Huggins de St Vincent/Trinidad & Tobago, photographe et graphiste, a d?voil? sa cr?ation ? l’exposition Achipelago. Les photographies num?riques de cette artiste ne laissent pas froids. Quelque chose d’insolite mobilise l’attention du regardeur. Elles s’inscrivent sur notre r?tine et nous poussent ? nous questioner sous plusieurs angles. Le cadrage, le sujet, l’ambiance qui se d?gagent de la sc?ne mise en relief nous donnent une id?e du monde dans lequel baigne l’imagination de l’artiste.

L’immersion ? Jacmel, dans la m?tropole du Sud’Est, ? l’atelier de Ronald Mevs, a permis ? Nadia Huggins d’offrir au public quelques p?pites photographiques qui resteront grav?es dans notre m?moire.

Le sch?ma r?p?titif de Phaidra McQueen Sterlin

L’Am?ricano-Ha?tienne Phaidra McQueen Sterlin dont on a l’habitude de d?couvrir la peinture au Kolektif 509 aupr?s des oeuvres de Fran?oise Hazel, Tessa Mars, Barbara Pr?zeau Stephenson, Lilika Papagrigoriou, Ya?l Talleyrand, a frapp? un grand coup ? Achipelago. On vient dans l’espace o? les toiles de Sterlin sont expos?es et on discute sur ces abstractions figuratives.

Les peintures ont l’accent lancinant de ces schemas r?p?titifs qui jouent avec la psychologie du regardeur attentif. La r?p?tition nous apprend toujours quelque chose, on apprend par la r?p?tition. Dans le cas de Sterlin qui fait grande ?conomie de sa palette de couleurs, elle nous poussent ? nous demander pourquoi les m?mes choses arrivent ? Pour illustrer, c’est le cas de ces cercueils qui emplissent l’espace. Ces ?l?ments nous renvoient ? l’actualit? en Ha?ti et ? travers la plan?te. Comment un monde qui a fait autant de prouesses technologiques peut-il flirter avec autant de d?sinvolture avec la mort ?

? chacun son regard sur les sujets que Sterlin a trait? du 2 novembre au 1er d?cembre 2021 lors de sa r?sidence ? Santo Domingo, en R?publique dominicaine.

Le jeu de la vie avec Michelle Ricardo

Du 29 juin au 15 juillet 2021, la plasticienne dominicaine Michelle Ricardo ?tait ? Jacmel, dans la m?tropole du Sud’Est, chez Ronald Mevs, ce cr?ateur polyvalent connu pour ses peintures, ses sculptures et ses mobiliers contemporains.

Pendant sa r?sidence, l’ancienne ?tudiante de l’?cole d’art et de design Altos de Chavon et l’?cole nationale des beaux-arts de Mexico se frotte avec la communaut? des artistes jam?liens autour de concept de femme-potomitan. Son travail est ratrapp? par l’actualit?. Le pr?sident Jovenel Mo?se est assassin?. Ce fait entre dans sa composition. Un ensemble de treize pi?ces (peintures, dessins et collages sur papier kraft au format carr? de 24×24 pouces), raconte le quotidien des Ha?tiens apr?s la grande trag?die.

Le pr?sident de la R?publique d’Ha?ti est sauvagement assassin?, la premi?re dame est atteinte de plusieurs cartouches, la vie reprend son cours. Les gestes du quotidien rythment le monde. Les femmes prennent soin de leurs enfants, la marmite continue de bouillir sur le feu, les enqu?teurs m?nent l’enqu?tent, les femmes prennent soin de leur corps, les marchandes vont au march?, les motos-taxis sillonnent nos routes, les enfants, avenir du monde, retrouvent leur terrain de jeu. Un match de football pour les mettre dans le climat du jeu de la vie. Tous les mamif?res intelligents adorent jouer. Jouer pour s’?vader, jouer aussi avec la mort pour nous rappeler l’auteur fran?ais Andr? Malraux : <>

Artiste visuelle, po?tesse, activiste social, Michelle Ricardo donne de la mati?re ? Achipelago qui rejoue dans l’espace artistique les tranches du quotidien d’un peuple de la Cara?be que la mort ne courbe pas vers la terre mais qui se redresse dans son espoir qui le met constamment en route ? la recherche de la vie.

<> de Pascale Monnin

Les ?tudiants en formation en commissariat d’exposition et m?diation, classe anim?e par la critique d’art jama?caine Veerle Poupeye, ?taient heureux de voir les oeuvres que Pascale Monin leur avait pr?sent?es en visioconf?rence pendant qu’elle faisait sa r?sidence ? Trinidad et Tobago.

? la Maison Dufort, ils ont d?couvert le travail de la plasticienne bas? sur le th?me <>.

Pascale Monnin, en offrande ? notre regard, met ? notre port?e des hommes, des femmes et des enfants dans des oeufs. Ces ?tres au fond de leur coquille ? l’abri d’un monde intranquille attendent leur ?closion.

L’oeuf, symbole de l’infini, est source de vie. Elle rappelle la fragilit? de la vie abrit?e dans une coquille.

Achipelago nous a permis de poser notre regard sur les gravures sur papier de Mafalda Nicolas Mondestin. Cette artiste qui a grandi entre Ha?ti, les Etats-Unis et le Canada, avait fait sa r?sidence artistique ? Cuba, la Havane, en 2019. Les cinq gravures de Mafalda se retrouvent dans la m?me salle que les tableaux de Michelle Ricardo.

Cette artiste qui a ?tudi? le graphisme au Valencia Community College pr?sente la restitution de sa r?sidence artistique ? La Havane sur plusieurs mediums, peinture, dessin et gravure.

Kia Redman de la Barbade avait fait sa r?sidence au Centre d’art en mars 2020. Ses vid?os accompagn?es d’une gravure num?rique ont mobilis? l’attention du public.

Du 14 mai au 18 juin, Achipelago, ? la Maison Dufort, invite ? l’exploration, ? un voyage dans l’univers des femmes de la Cara?be.