Ariel Henry avance dans l’implementation de l’accord de la Primature

Le Nouvelliste: Ou en etes-vous dans l’application de l’Accord pour une gouvernance apaisee publie dans le journal Le Moniteur ?

Ariel Henry: Comme je le dis souvent, l’Accord politique pour une gouvernance apaisee et efficace de la periode interimaire est un instrument visant a sortir notre pays de cette situation pleine de risques et de menaces pour son avenir. Il a ete paraphe par plus de 550 partis politiques, de representants de la societe civile et d’organisations socioprofessionnelles du pays.

A mon avis cet accord est une grande premiere. C’est d’abord une initiative entierement haitienne, concue pour Haiti, par des Haitien(ne)s de toutes tendances politiques et une large variete de groupements de la societe civile. Nous n’avons jamais vu cela avant. La porte est encore ouverte pour plus d’adhesion. On continue a recevoir, tous les jours, des signatures d’horizons divers. Mais il nous faut avancer dans son implementation.

Nous avons, cette semaine, rendu fonctionnel le CSPJ, avec l’installation de six nouveaux membres. C’est une avancee majeure puisque le systeme judiciaire etait paralyse. Il nous faudra egalement, dans les meilleurs delais, remplacer les membres manquants de la Cour de cassation.

En outre, notre priorite, ce sont les elections. Nous avons publie un arrete mettant fin au service des conseillers electoraux et le processus est deja en branle pour les remplacer, conformement aux termes dudit accord. Tres bientot, les nouveaux conseillers devraient entrer en fonction.

Parallelement, nous travaillons a former un nouveau gouvernement capable de mettre en oeuvre les points prevus dans l’accord. Nous avons commence a travailler avec plusieurs secteurs. Nous attendons que d’autres nous rejoignent, notamment ceux qui hesitent encore, puisque nous voulons, dans un cadre consensuel, former un gouvernement le plus large et le plus inclusif possible. Mais, en meme temps, nous devons continuer a avancer. Nous avons des echeances que nous ne devons pas rater.

LN: L’accord ne serait pas assez inclusif et laisserait sceptiques des partenaires internationaux d’Haiti. C’est ce qui se dit. Avez-vous un commentaire?

A.H: Vous savez, on ne parviendra jamais a rallier tout le monde autour d’une table. Nous avons, en Haiti, une culture de mefiance. Dans le cadre de cet accord, j’ai encourage tous les secteurs a faire un geste patriotique. J’ai parle et ecrit a d’autres groupes qui travaillent sur des projets d’entente et je continue a le faire, pour sauver la nation en peril. Malgre la publication dans le journal officiel Le Moniteur du document, le processus d’adhesion se poursuit. C’est le moment du sacrifice et de donner la priorite a notre Haiti cherie.

LN: Me Tolbert Alexis, chef de parti politique, a indique cette semaine, dans la presse, que le chantier pour mettre en place un nouveau gouvernement est en cours. Est-ce vrai?

A.H.: Comme je l’ai deja indique, on doit y parvenir tres prochainement. Ce n’est pas un secret de polichinelle. J’ai commence a consulter les principaux representants des groupes signataires et meme ceux qui n’ont pas encore signe. C’est un exercice complexe, mais je reste confiant que nous y arriverons entre Haitiennes et Haitiens.

LN: Quand aura lieu la presentation d’un nouveau cabinet ministeriel ?

A.H.: Ce sera pour tres, tres bientot. Dans une quinzaine de jours.

LN: Le secretaire general de la presidence, M. Lionel Valbrun, en parlant de l’accord dans une correspondance qui vous est adressee, a indique que <>. Quelle est votre reaction ?

Mes responsabilites ne me permettent pas de polemiquer. Quelqu’un peut avoir ses opinions personnelles, mais il ne revient pas a un secretaire general d’interpreter les textes de loi.

LN: Le president du reste du Senat, Joseph Lambert, dans un tweet, a annonce que le Senat s’oppose a cet accord, a <>. Avez-vous un commentaire sur les affirmations de l’un des dix elus encore en poste?

A.H.: C’est le droit du president Lambert d’avoir cette opinion. Nous sommes en democratie. On n’est pas toujours oblige de se mettre d’accord avec l’autre. Meme dans un groupe homogene, il y a toujours des divergences. On ne peut pas empecher le president du Senat d’emettre ses opinions. Le plus important, c’est que nous sommes dans un processus de dialogue permanent entre Haitiens.

LN: Si certains vous creditent de <> en ecartant du cabinet ministeriel des ministres en rebellion par rapport a votre autorite, le sentiment general est que le pays n’est pas dirige, que les problemes lies a l’insecurite, a l’assainissement des rues, a la rentree des classes dans les departements affectes par le seisme du 14 aout, la crise migratoire ne sont pas correctement adresses. Partagez-vous cette lecture des actions de votre gouvernement qui denonce votre immobilisme ?

A.H.: Nous vivons une situation extremement difficile de notre vie de peuple. Le pays fait face a toutes sortes de problemes. Loin de l’idee que le pays n’est pas dirige, il faudrait, au contraire, se poser la question suivante : par rapport a tant de defis, peut-on tout faire, tout de suite et en meme temps ? Les problemes sont multiples et de taille. Ce n’est pas une question d’immobilisme.

En ce qui a trait a l’insecurite, je suis conscient de la gravite de la situation. Il est de la responsabilite de l’Etat de garantir la circulation des vies et des biens sur l’ensemble du territoire. Je travaille d’arrache-pied avec le CSPN en vue de tenir mes engagements devant la nation. Il est indispensable, et c’est notre responsabilite, de creer un environnement sur en vue de realiser des elections correctes et credibles dans le pays. Nous sommes en train de mobiliser toutes les forces de la PNH en vue de contrer les actions des bandits, combattre le kidnapping et retablir la securite. Cela ne peut et ne va pas continuer. Nous allons egalement fournir des moyens additionnels a la PNH pour lui permettre de faire face a la situation.

Pour l’assainissement des rues, nous allons rencontrer les agents interimaires de Port-au-Prince, de Petion-Ville, de Tabarre, de Croix-des-Bouquets et de Carrefour et du SNGRS pour discuter des strategies a mettre en oeuvre pour debarrasser lesdites communes des montagnes de detritus qui les surplombent. La salubrite de nos villes participe, en plus de l’hygiene publique, a la securite. Ces operations doivent faciliter la circulation dans le cadre de la rentree des classes. Nous n’oublierons pas non plus les provinces et l’arriere-pays. Nous y arriverons progressivement.

Parlant de rentree des classes dans les zones sinistrees, mon gouvernement a deja pris toutes les dispositions en consequence. Plusieurs ecoles ont ete rehabilitees. Des mesures transitoires pour permettre aux enfants de ne pas rater l’annee scolaire ont ete prises. Les ministeres de l’Education nationale et des Travaux publics sont a pied d’oeuvre dans ces zones. Les travaux se poursuivent.

En ce qui a trait a la crise migratoire, j’ai ete parmi les premiers a condamner, a partir de mon compte Twitter, les outrages subis par nos freres et soeurs qui se massaient a la frontiere americano-mexicaine. Il y a une facon de traiter les gens. Nous n’avons nullement l’intention d’interferer dans la politique interieure des pays, mais nous ne pensons pas que le peuple haitien merite ce genre de traitements. Le gouvernement americain a presente, lui-meme, des excuses publiques.

LN: L’accord politique confie au moins 25 missions au gouvernement de transition qui doit passer le pouvoir a des elus debut 2023. Tant de missions. Avez-vous les moyens et s’il fallait selectionner cinq missions prioritaires, quelles seraient-elles?

A.H: On doit se donner les moyens, malgre la precarite de la situation. Nous avons une mission que nous devons accomplir sans detour. Encore une fois, c’est ma responsabilite.

25e : Creer les conditions pour la tenue des elections generales a la fin de l’annee 2022, sous l’empire de la nouvelle constitution et l’installation des elus legitimes au debut de l’annee 2023 ;

1er : Restaurer l’autorite de l’Etat et creer un climat securitaire pour ramener la paix et la confiance de la population ;

11e. Poursuivre, apres evaluation, les projets d’infrastructures agricoles, routieres et energetiques engages par les gouvernements precedents ;

15e : Veiller a ce que les dossiers des prisonniers, en attente de jugement, soient traites avec celerite, en travaillant prioritairement les dossiers de ceux dont l’incarceration aurait une connotation politique ;

23e : Restaurer la confiance des bailleurs de fonds multilateraux, bilateraux et prives par l’intensification de la lutte contre l’evasion et la fraude fiscale, la contrebande, la corruption sous toutes ses formes.

LN: Quelles sont les contraintes auxquelles vous faites face ?

A.H.: Les contraintes sont multiples. Il y a une mefiance et une haine profonde qui s’installent un peu partout. Difficile de convaincre les uns et les autres sur la pertinence d’une idee ou d’une decision. Le pays fait face a toutes sortes de problemes. A tous les niveaux. Je n’ai pas besoin de les citer. C’est une evidence. Et tout le monde en souffre. Meme les plus nantis, puisqu’on ne peut pas se soustraire de son environnement. On en fait partie integrante d’ailleurs.

Mais l’une des contraintes auxquelles mon gouvernement est confronte, c’est la severe crise economique que traverse le pays. Les finances ne sont pas en sante. Nous peinons parfois a repondre a certaines obligations. Il faut disposer d’argent pour faire tout : payer les employes, executer des travaux d’infrastructures, poursuivre certains chantiers importants, assainir notre environnement, etc. Donc, ce n’est pas facile.

LN: Qu’est-ce que cela implique aujourd’hui d’etre dans vos petits souliers, M. le Premier ministre ?

A.H.: La situation est complexe, faut-il le reconnaitre, mais elle est aussi pleine d’opportunites. Je le redis : servir Haiti est un defi majeur. En tant que Premier ministre, je mesure l’ampleur de mes responsabilites et de la mission que m’a confiee le president Jovenel Moise. Le pays est malade partout. Mais, en depit de tout, l’objectif doit etre atteint. Nous avons une mission claire : realiser des elections et contribuer au bien-etre de nos compatriotes. Nous ne pouvons pas baisser les bras.

LN: Que pensez-vous de la demission de Daniel Foote ? Vous sentez-vous vise par ses piques ?

A.H: C’est une affaire <>. Je n’ai pas de commentaire la-dessus.

LN: Vous etes reste assez discret sur la crise des refugies, pourquoi une telle retenue, Monsieur le Premier ministre ?

A.H: Pas question de discretion. J’en ai parle plus d’une fois.

Le mal etait dans la maniere de faire. Nous avons tous souffert. Je l’avais exprime publiquement. Le plus important, c’etait de mettre en place une structure capable de les recevoir dignement. L’OIM, qui a la charge d’en assurer le suivi, a recu des fonds des bailleurs internationaux pour l’encadrement de nos concitoyennes et concitoyens revenus au pays.

Cependant, nous devons ameliorer notre gouvernance. Nous ne nous sommes pas suffisamment soucies du bien-etre de l’autre. Pour qu’Haiti change, il faut que tous ses fils et toutes ses filles, autant ici que dans la diaspora, prennent conscience et deviennent de meilleurs citoyens. Nos choix politiques n’etaient pas toujours les meilleurs. Il nous faut gouverner autrement. Et des maintenant.

Propos recueillis par Roberson Alphonse