Bing-bang entre Haiti et la Republique dominicaine

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Ce n’est pas le big-bang. Ni la grande explosion. Ni meme le point de depart d’une nouvelle relation. C’est simplement comme on dit en creole un bing-bang. Bing-bang comme des notes dissonantes dans un concert. Du bruit, de la fureur, beaucoup de fumee. Un incident de parcours. Sur une route qui tend vers l’infini. Pour <>.

S’il y avait de l’eau dans le gaz entre les deux pays qui se partagent l’ile, depuis le 1er novembre, les chefs de gouvernements des deux pays ont fini par fumer le calumet de la paix, mercredi 3 novembre. Ariel Henry et Luis Abinader ont eteint le feu de paille apres une conversation telephonique.

Tout commence quand le president Abinader fait un enieme tweet pour parler de la situation d’Haiti. Le ministre des Affaires etrangeres d’Haiti, Claude Joseph, lui repond en comparant la situation securitaire des deux pays, mal notes par les Etats-Unis d’Amerique.

En deux echanges, Twitter, le reseau social de Jack Dorsey, est hisse au rang d’outil diplomatique de premier plan entre deux pays qui n’arrivent pas a se parler directement en depit du fait qu’ils partagent une meme portion de terre entouree d’eau.

En reponse a Claude Joseph, le vice-ministre des Affaires etrangeres dominicain annonce la suspension du programme special de visa en faveur des etudiants haitiens. La decision precipitee et maladroite a ete quelque peu reparee ce mercredi, les etudiants deja a l’etude en Republique dominicaine ne sont pas vises. Pour les autres, on verra, a laisse entendre, entre les lignes, le president dominicain dans un autre message sur Twitter.

Incident clos ?

Prochain episode en preparation ?

La suite, c’est cette conversation entre le premier ministre haitien et le president dominicain. Une rencontre de haut niveau devrait se tenir dans les prochains jours. Rien ne laisse croire que l’envoye special haitien sera le ministre des Affaires etrangeres…

Les nationalistes des deux cotes de l’ile ont bu du petit lait ces derniers jours. Un incident au plus haut niveau entre president et ministre, c’est du jamais vu. Dans les deux pays, il y a toujours des <> prets a attiser la haine.

La premiere lecon a tirer de l’incident du 1er novembre est que la diplomatie ne peut pas se faire en 280 caracteres. On ne peut, en faisant au plus court, que heurter. C’est valable pour les pays comme pour les personnes. Twitter ne doit pas remplacer les canaux officiels. Le president et le ministre l’ont appris a leurs depens.

Le president dominicain, pour rencontrer on ne sait quel agenda dans son pays, s’amuse a titiller Haiti a longueur de semaines. Il entretient directement un mauvais climat. Meme avec les meilleures intentions et de bons sentiments, le president Abinader doit apprendre a mieux communiquer. Les deux parties en gagneraient.

Il est aussi dommage de constater l’abus de position dominante qui caracterise les relations entre Haiti et la Republique dominicaine. Les autorites dominicaines veulent les etudiants haitiens, leur argent depense chez eux, tout en les gardant dans l’incertitude migratoire qui leur coute une fortune en insecurite et autres depenses. Ils veulent faire avec les etudiants haitiens ce qu’ils font avec les Haitiens en general : ils accordent peu de visas regulierement pour etre surs de toujours avoir chez eux une masse d’illegaux a rapatrier a volonte, selon les besoins de consommation politique de leur opinion publique.

Un president d’un pays ami ne fait pas ca a un pays voisin et ami.

Le president Abinader, a la recherche d’une stature internationale, en se posant en leader regional et meme en president d’Hispaniola (chacun ses envies), se doit revoir ses ambitions ou ses methodes. Un grand leader interdit, negocie, previent, gere, cherche a faire avancer une cause commune.

Ni diktat ni dictee ne seront utiles si vous n’avez pas mieux a proposer aux Haitiens, Monsieur le president.

La prosperite de la Republique dominicaine passe par moins de pauvrete et d’instabilite en Haiti, tout le monde en convient. Il y a des methodes et des manoeuvres pour soutenir cette vision mais aucune ne peut se prescrire sur Twitter.

Une rencontre serieuse entre responsables des deux pays est necessaire en ces temps troubles.

Pour revenir a la situation haitienne, le pays n’a pour l’instant ni les institutions solides ni les autorites legales et legitimes pour entamer de vraies negociations avec nos voisins. Mais on peut parer au plus presse, calmement. La question des visas en est une.

Le nationaliste n’est que le cache-misere de nos peches en Haiti comme en Republique dominicaine. Quel vrai donneur d’ordre de l’autre cote de l’ile dira de faire une croix sur Haiti ? Quel vrai donneur d’ordre au gouvernement auquel appartient Claude Joseph le supporterait dans une croisade anti-dominicaine ?

Reste la diplomatie, avec ses anciennes et vieilles recettes, arme supreme dont dispose chaque pays pour tirer son epingle du jeu quand tout joue contre soi.

Apres un emballement, allons-nous assister a un retour vers une situation plus apaisee ? l’avenir le dira vite. Dans les relations entre Haiti et la Republique dominicaine, ceux qui ont du vin doivent mettre de l’eau dans leur verre et ceux qui n’ont pas de vin doivent se contenter de boire de l’eau. La route a faire ensemble est si longue.