Chanter Frantz Coulanges

The content originally appeared on: Le Nouvelliste

“Mwen bezwen youn, de, twa, kat senk moun ki pou mache pran lavi, senk, dis, kenz, ven, trant mil moun, tank nou plis tant nou an f?s…”. Il avait ?crit cet appel au rassemblement ? New York. Jaloux et fier de son oeuvre qu’il craignait de voir travestir par des interpr?tions non conformes ? son go?t, il n’?tait pourtant pas obs?d? par la gloire. Il est mort il y a quelques jours ? Jacmel, sans doute le plus m?connu des chansonniers ha?tiens.

Pourtant une des chansons qu’il a ?crites appartient au patrimoine national. <>, popularis?e par Ansy D?rose dans une version tr?s motiv?e, et reprise dans une version plus sobre par Manno Charlemagne. <> Frantz, ? c?t? de la gouaille de chansons sur les th?mes de la vie ? deux et du d?sir (<>) c’?tait un po?te de la condition populaire. Du marchand ambulant de fleurs de mimosas (r?alit? d’un autre temps) ? la femme qui emprunte de l’argent pour s’ouvrir un petit commerce et qui aura du mal ? rembourser parce que <

>, t?moigner de la condition de celles et ceux ? qui rien n’est laiss? et qui se demandent chaque jour <>.

Poukisa l f? jou ? Un authentique chef-d’oeuvre de la po?sie de langue cr?ole qu’on devra inclure dans un recueil d’initiation ? la po?sie et ? l’humanisme, quand ce pays aura des dirigeants dignes de ce titre.

<< Lanjelis sonnen.

Sol?y ap leve pou ranplase nuit. Te f? t?lman nwa.

Poukisa l f? jou ?

Yon l? suiv yon l?t, pita l bay jounen. Ogmant lamiz?, yon jou n a konnen

Poukisa l f? jou.

Gen de sa k leve,

yo pa gen on wond?l.

Yo pa menm ka bw?

yon ti gout dlo s?l.

Poukisa l f? jou ?

Sa k gen gwo mwayen pa janm soufri grangou.

Yo pa menm konprann sa yo rele amou.

Malgre b?l grangou, gen l?t ki pi mal.

Swatere l?m? ki pa bezwen konnen

Poukisa l f? jou. >>

Du d?sespoir sans doute, mais en toute beaut?, et tel po?te nous a appris que <>.

Il ?tait grognon, exigeant. Pas toujours facile de temp?rament. Il disait avec une pointe d’orgueil : <>. Il n’avait pas tort. M?taphore r?veill?e : <> Touche de surr?alisme : <>

Ceux qui ont la chance de l’avoir connu, sa famille, dont ses cousins Jean, Amos, sa soeur Maryse, les amis, Syto Cav?, Guy Cav?, Max K?nol, la bande de Kouidor, les amateurs des f?tes po?tiques newyorkaises et des nuits chant?es de Port-au-Prince dans les ann?es quatre-vingt, quatre-vingt-dix, n’oublieront pas la vigueur de cette voix enrou?e ni le parler franc de l’homme.

Depuis quelques ann?es le duo Metiskakao (Amos et Kecita) a pris l’heureuse d?cision de faire conna?tre ses chansons. La mort de Frantz Coulanges inscrit leur d?marche dans l’indispensable effort collectif de sauvegarde du patrimoine symbolique. Parce qu’un peuple a besoin de chants. Des voix qui ont fait sa voix. Pour cette lumi?re en lui qui, h?las, se fait trop souvent sur les tombes.

R?agir ? cet article

Please enable JavaScript to view the comments powered by Disqus.