<> cherche sa place ? Cannes

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Finies les restrictions sanitaires de juillet dernier, les masques tombent – le Covid en retrait -, Cannes attire grand monde cette ann?e. Du beau monde aussi. Les terrasses des bars et des restaurants sont bond?es. On fait la queue parfois pour acheter le moindre soda ou un jambon-beurre. Les berlines de luxe, impressionnantes BMW propuls?es ? l’?lectricit? en t?te, d?filent sur la Croisette o? se tient la 75e ?dition du Festival de Cannes du 17 au 28 mai 2022.

Sur le littoral, les festivaliers se m?lent aux vacanciers venus profiter du soleil, des plages du sud de la France et de cette ind?finissable ambiance qui doit avoir un avant-go?t de paradis. Il y a les tenues les plus chics, les bijoux les plus on?reux et les tongs, dans les m?mes rues. De l’aube jusqu’? tard dans la soir?e, des fans curieux restent mass?s devant les grands h?tels dans l’espoir de prendre en photo des stars de cin?ma. Il y a des projections partout. Paillettes et strass, lumi?re et salles obscures, escaliers et tapis rouge rythment la vie ? Cannes pendant le festival dont le coeur bat sur moins de cinq cents m?tres entre la plage et la Croisette.

? c?t? du grand festival o? d?filent les grandes stars du monde entier, d’autres rendez-vous et festivals se tiennent en parall?le pour braquer les projecteurs sur d’autres productions. Depuis quelques ann?es, la Martiniquaise Karine Barclais a lanc? dans ce m?me objectif Pavillon Afrique, un espace de rencontres de professionnels de l’industrie du cin?ma et situ? dans le village du Festival.

Pavillon Afrique a accueilli, le samedi 21 mai, le producteur am?ricain d’origine ha?tienne Jacquil Constant avec son documentaire intitul? <>, qui met en honneur le travail des artistes ha?tiens apr?s le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Une production inscrite au Short Film Corner (march? du Film). Quelques dizaines de personnes ont pris part ? la diffusion de ce documentaire. La pr?sence de l’acteur ha?tien Jimmy Jean-Louis a ?t? remarqu?e au Pavillon.

<> (Ha?ti est une nation d’artistes) est une lettre d’amour ? tous les Ha?tiens d’Ha?ti et de la diaspora ha?tienne. Je veux que les Ha?tiens soient fiers de la riche culture et de l’histoire de leur communaut?. Je veux que le monde connaisse la contribution d’Ha?ti ? la production d’art noir gr?ce ? son histoire et ? sa culture. Ce projet a chang? ma vie en m’exposant aux fantastiques peintres, sculpteurs, conservateurs et galeristes ha?tiens >>, a d?clar? au Nouvelliste Jacquil Constant, qui souhaite que son documentaire remporte des prix dans divers festivals de cin?ma. <>, confie-t-il.

Le film pr?sente aussi bien des images des d?buts du Centre d’art, -on y voit Dewitt Peters et les premiers ?l?ves qui deviendront nos plus grands peintres- que la bataille de l’Ecole nationale des arts (Enarts) pour survivre sans aucune politique culturelle ni du priv? ni du secteur public. Soixante ans apr?s le travail de d?broussaillement de Peters, l’art pictural est encore d?laiss?. L’artiste Edouard Duval-Carri? et le sculpteur Josu? Blanchard, chacun y va de sa lecture de la sc?ne picturale ha?tienne.

Dans le documentaire de Jacquil Constant, il y a aussi la plus grande galerie du pays, celle des Nader ? P?tion-Ville et Village Rezistans ? la grand-rue au coeur du centre-ville de Port-au-Prince. La peinture dans de beaux cadres et les pi?ces brutes de Guyodo, qui ?l?vent la r?cup?ration au pinacle, cohabitent sans choquer.

Il y a les artistes de la diaspora qui r?vent et reproduisent Ha?ti m?me apr?s des d?cennies ? l’?tranger et un vendeur de peintures des rues. Deux extr?mes, deux r?alit?s, m?me monde de cr?ateurs.

Le documentaire <> (Ha?ti est une nation d’artistes) donne la parole aux artistes pour qu’ils parlent de leurs actions apr?s le s?isme. Ils expriment aussi leur frustration d’?voluer dans un march? de l’art qui n’existe pas vraiment. Il y a tant de choses qui manquent.

Jacquil Constant, tout en ?vitant de tomber dans le constat de nos probl?mes, finit par les ?taler. Les artistes vivent mal la situation difficile du pays et cela transpire dans leurs oeuvres et dans leurs propos m?me quand ce n’est pas le sujet du documentaire.

On ignore combien de temps Jacquil Constant a mis pour finaliser son travail : un an, cinq, dix ans ? On constate qu’il n’avait pas beaucoup de moyens. A ?couter ses interlocuteurs, certains aspects datent et de nouvelles inqui?tudes ne sont pas soulev?es. Il manque aussi une visite ? Noailles et l’univers des fers d?coup?s. On ne voit pas Jacmel et ses mille couleurs, ses papiers m?ch?s et son artisanat. Rien non plus sur le Cap-Ha?tien o? est n?e la premi?re ?cole dans la peinture ha?tienne avec ses artistes qui le sont de p?re en fils depuis deux, trois g?n?rations.

Contrairement ? ce qui a ?t? d?j? fait pour un seul peintre ou un courant esth?tique pr?cis, le travail de Jacquil Constant a essay? d’?pouser toute la peinture ha?tienne pour d?monter qu’Ha?ti est un pays d’artistes. Le d?fi est ?norme. 50 minutes ne pouvaient pas suffire. Jacquil Constant ouvre une porte, lance une perspective. <> peut avoir plusieurs volets : sur la peinture encore, mais aussi sur la musique, sur l’artisanat, la danse, etc.

Val?ry Daudier et Frantz Duval