<> de Junior Pierre dit Leon

The content originally appeared on: Le Nouvelliste

Le Nouvelliste : Vos poemes sont comme des miniatures. A petites touches vous avancez. Vous n’ecrivez pas une poesie au long souffle. Est-ce un pari que vous vous lancez dans <> ? Un constat : vous dites peu pour laisser deviner beaucoup.

Junior Pierre dit Leon : Excellente question. Elle me renvoie a la technique et a la pratique d’ecriture. Un auteur n’est jamais trop lent ni trop presse. Une histoire racontee trop lentement peut etre lassante pour le lecteur et on n’en finit jamais. Une histoire ecrite trop rapidement n’est pas interessante non plus, on n’aura pas assez de volumes pour avoir un livre tel que souhaiteraient les editeurs.

Le Nouvelliste : Comment Leon ecrit-il ? A regarder ses poemes, le lecteur se demande : est-ce que le texte surgit comme une image dans votre esprit avant de le fixer sur un support ?

Junior Pierre dit Leon : Ce qui fait un auteur c’est sa maniere d’allier le style au contenu de son texte. Il n’y a pas de texte litteraire sans ce souci d’equilibre. L’idee du texte surgit comme vous le dites. Mais comme pour bon nombre d’auteur-e-s, cette idee reste floue. C’est en ecrivant que celle-ci commence a s’etablir reellement.

On ne reinvente pas le monde

Le Nouvelliste : Quel souvenir vous vient a l’esprit en vous rappelant les moments d’ecriture quand vous relisez votre ouvrage ?

Junior Pierre dit Leon : Ma routine d’ecriture est elle-meme une poesie. Cette petite table sur laquelle j’empile mes livres, cette lumiere du jour qui traverse les vitres de la fenetre de ma chambre, la presence de celle qui m’a inspiree le livre, le debut du confinement et la question de la mort.

Le Nouvelliste : La question du deja-vu, vous l’evoquez dans votre premier texte. C’est le sentiment du deja vu qui ouvre la danse des mots. Racontez un peu cette atmosphere que vous restituez en peu de mots sur chaque page.

Junior Pierre dit Leon : On ne reinvente pas le monde. Tout est deja vu quelque part. Par la creation, on arrive a porter une petite touche sur ces deja-vus.

Le Nouvelliste : Certains textes plongent le lecteur dans l’actualite brulante. Vous parlez <> pour enfin formuler cette question : qui sommes-nous ? Qui sommes-nous au juste ? Quel est le regard du poete sur ce qui nous arrive aujourd’hui ?

Junior Pierre dit Leon : On ecrit souvent a partir d’un lieu. La ou nous nous positionnons impacte nos oeuvres. Je ne crois pas avoir seulement porte un regard sur ce qui nous arrive aujourd’hui, j’ecris aussi en plein coeur de ce quotidien. C’est mon lieu d’ecriture.

Le Nouvelliste : Le temps, vous le remontez a rebours. Ce facteur temps, quelle est sa dimension reelle dans votre ecriture ?

Junior Pierre dit Leon : La dimension temporelle est tres importante dans mes oeuvres. C’est surtout le temps social qui m’interesse. Le temps ordinaire auquel nous sommes tous soumis est souvent en decalage avec le temps social. C’est d’ailleurs la cause de notre mal-etre.

Le Nouvelliste : Vos poemes s’elaborent-ils a grande vitesse ?

Junior Pierre dit Leon : Vous revenez a nouveau a la notion du temps. Toute la force du temps se condense dans l’instant. Je ne suis pas quelqu’un de rapide, ce qui me donne toujours le privilege de savourer l’instant. Au fait, ma poesie se delecte au rythme du temps.

A la rencontre de la poesie

Le Nouvelliste : Tout poete a une pleiade d’auteurs qui l’accompagnent dans son acte de creation. Votre patrimoine litteraire vous sert de filon pour exploiter la matiere poetique. Tout poete baigne dans un univers ou l’on croise un pantheon d’icones. Emmenez-nous dans cet univers.

Junior Pierre dit Leon : J’ai rencontre la poesie tres tot chez moi dans une petite bibliotheque de famille. Deja avec les parnassiens, les peres de <> ce slogan apparu au debut du XIXe siecle avec comme precurseur Theophile Gautier. Ce magicien du verbe relate que la valeur intrinseque de l’art est depourvue de toute fonction didactique, morale ou utile. Plus tard, j’allais rencontrer Victor Hugo, Alphonse de Lamartine et les poetes de chez moi. Comme Gary Augustin, Marc Exavier, Rene Philoctete, Georges Castera, Lyonel Trouillot, Bonel Auguste. Un veritable univers de poetes engages. Victor Hugo considerait son oeuvre comme un outil civilisateur. Lamartine s’etait egalement engage dans la politique. Le defi etait pour moi de trouver un moyen de synthetiser ces deux perceptions differentes de l’art et de la poesie afin de creer mon style. Comme l’a si bien dit Lyonel Trouillot : <>

Le Nouvelliste : Qu’est-ce que les residences d’ecriture ont-elles apporte de nouveau, de substantiel a Leon ?

Junior Pierre dit Leon : Les rencontres et les echanges entres auteur-e-s sont de nature fructueuse. Souvent on trouve un calme inspirateur des lieux ou se deroulent les residences d’ecriture, de laisser aussi derriere soi les grosses inquietudes du quotidien vous donne deja la disposition de creer.

Le Nouvelliste : Votre prochain livre sera-t-il encore un recueil de poemes ?

Junior Pierre dit Leon : Je n’ai aucune certitude de quel genre litteraire serait mon prochain livre. Pour l’instant je travaille sur differents projets. Le temps en decidera.

Propos recueillis par Claude Bernard Serant