De l’importance des services financiers mobiles (MonCash) en milieu rural haitien

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Cet article est le resume de mon memoire soutenu le 4 mars de cette annee, a la Faculte de droit et des sciences economiques de l’Universite d’Etat d’Haiti, pour l’obtention du grade de licencie en economie. Ce travail intitule <>, qui se veut etre scientifique, poursuivait deux objectifs principaux.

Le premier consiste a montrer l’importance des services financiers mobiles (SFM) dans le milieu rural haitien, avec la section communale Desarmes de la commune des Verrettes dans le departement de l’Artibonite comme prototype, dans un double aspect. Le premier aspect vise a montrer que les SFM peuvent contribuer a ameliorer les conditions de vie de ces habitants. Le second, qui consiste a montrer comment l’Etat et autres entites publiques peuvent utiliser le paiement mobile pour atteindre certains objectifs. Quant au deuxieme objectif du travail, il consiste a montrer que le milieu rural est tout aussi important que les centres urbains dans l’emergence de cette technologie (SFM) comme pour toute autre bien entendu.

Quand on parle des SFM, il s’agit de l’utilisation d’un telephone mobile pour acceder aux services financiers et executer des transactions financieres. Cela comprend les services transactionnels et non-transactionnels, tel que l’affichage de l’information financiere sur le telephone mobile de l’utilisateur (Alliance Financial Inclusion, 2013). Ils comprennent egalement les services bancaires par le telephone mobile (m-Banking) ainsi que les paiements par le telephone mobile appeles encore paiement mobile, argent mobile, monnaie mobile qui sont tous des synonymes des <>.

Les SFM font l’objet d’autres types de services financiers GSMA (2013) ; tenant compte de sa definition, il s’agit des services comme : l’assurance mobile, credit mobile, epargne mobile, banque mobile et paiement mobile. Parmi tous ces services que peuvent offrir les SFM, notre attention dans notre travail etait portee sur l’argent mobile uniquement car c’est l’utilisation la plus frequente des SFM en Haiti. L’offre des SFM peut etre faite par une banque, un operateur de reseau mobile ou un tiers mais reconnu dans un domaine technologique quelconque. En Haiti, les services de paiement mobile les plus populaires sont : Lajan cash de la BNC, Mannitoks de Christian Cherubin et MonCash de la Digicel qui s’erige en tant que leader de ce marche.

Dans le cadre de notre travail, nous avons pris MonCash de la Digicel comme modele pour nous aider a atteindre nos objectifs. En gros, dans ce travail, nous avons essaye de montrer l’importance d’un service comme MonCash pour les gens qui evoluent dans les milieux recules.

Comme nous l’avons mentionne plus haut, nous avons montre l’importance que pourraient avoir les SFM pour les gens dans les milieux recules suivant un double aspect. Dans le premier, nous avons montre comment il contribue a ameliorer les conditions de vie des habitants de Desarmes.

En effet, le paiement mobile aide ces derniers a couper certains liens des moyens historiques et traditionnels que les habitants ont l’habitude d’utiliser pour realiser des transferts d’argent. Nous citons : la remise en main propre, la remise par un proche et la remise par un conducteur de bus ou autres. Quelques resultats saillants de notre enquete sur les habitants de la section communale ont pu corroborer ces affirmations. Sur les 148 repondants de notre enquete, 26% et 35% pratiquent respectivement la remise par un proche et la remise par un conducteur de bus avant l’arrivee de MonCash.

Pres de 15% utilisaient une maison de transfert contre 23% de l’echantillon qui utilisaient d’autres methodes. Quant a la raison d’utilisation du service, 37% d’entre eux utilisent MonCash pour la securite d’envoi, 25% et 28% de nos repondants utilisent respectivement le service pour la facilite d’utilisation et le transfert d’argent. En fait, le paiement mobile permet de reduire non seulement les contraintes liees a la distance et au temps, mais egalement de reduire les risques lies a l’utilisation des methodes traditionnelles de transfert d’argent. Par consequent, cela porte 99% et 95% de nos repondants a affirmer respectivement que MonCash leur facilite l’envoi et la reception d’argent. 90% avouent que le service leur facilite la vie.

En ce qui concerne le deuxieme aspect, nous avons montre comment l’Etat et d’autres entites publiques pourraient utiliser le paiement mobile pour atteindre certains objectifs. En effet, la BRH, dans l’un de ces objectifs qui consiste a rendre accessible aupres des menages certains services financiers de base, comme tenue de compte, transactions, moyens de paiement, produits d’epargne, etc. peut bien profiter de l’argent mobile, soit pour atteindre ces objectifs ou les rapprocher. Sur nos 148 repondants, 62, soit 41,89% de l’effectif ont ete inclus financierement par MonCash. C’est-a-dire qu’ils utilisent l’argent mobile pour avoir acces a la voie au depot d’argent, pour realiser un transfert et pour thesauriser un peu, de facon a eviter d’utiliser des methodes et moyens de thesaurisation peu recommandables.

Par exemple, enfouir son argent dans le sol, le cacher sous son matelas ou dans des tiges de bambou. En effet, il est clair que le paiement mobile peut surmonter certains facteurs de l’exclusion financiere tels que : les difficultes d’acces (nombre limite des banques) ; les couts de changement (demarches administratives lourdes necessitant un niveau d’education eleve) par le prix (services de base trop onereux), par le marketing (ciblage d’une clientele rentable) ou par d’autres motifs plus personnalises, Kempson et Whyley (1999), cite par Chaix (2013).

Le pouvoir central pourrait egalement utiliser le paiement mobile pour lutter contre la pauvrete rurale et le probleme d’insecurite alimentaire auxquels fait face le pays a l’heure actuelle, a travers les transferts G2P (Government to Person). Au cours de ces dix dernieres annees, nous avons connu comme programme de transfert G2P, Ti manman cheri, Kore etidyan et les trois mille gourdes promis par l’ancien president Jovenel Moise. A la difference cette fois, nous voulons que ces programmes incluent beaucoup plus de personnes vulnerables et ceux particulierement qui vivent dans les milieux recules. 90% de nos repondants n’etaient pas des beneficiaires de Ti manman cheri ou de Kore etidyan.

Quant aux recentes trois milles gourdes, moins de 5% de l’effectif de notre echantillon etaient des beneficiaires. Le taux d’extreme pauvrete a l’echelle nationale est de 23.8% et 80% de ces gens vivent dans les milieux recules. Ce qui explique que ces derniers sont les plus necessiteux. A cela s’ajoutent, plus de 4 millions d’Haitiens en situation d’insecurite alimentaire aigue. Sur ce, le paiement mobile et le transfert G2P se presentent comme un serieux alternatif pour aider l’Etat haitien a ralentir ce fleau.

Somme toute, nous avons pu montrer tout au long du travail comment le paiement mobile a pu contribuer a ameliorer le quotidien des habitants de Desarmes. En reduisant les contraintes liees a la distance et au temps ; en facilitant l’envoi et la reception d’argent ; et, pour finir, en reduisant les risques et couts lies aux methodes traditionnelles de transfert d’argent. L’argent mobile peut etre utile egalement a l’Etat haitien dans une eventuelle lutte contre la pauvrete rurale, l’exclusion financiere et dans un processus de dematerialisation de la gourde.

Le paiement mobile a bien pu contribuer a ameliorer le quotidien des gens de la section communale de Desarmes. Nous estimons que cela pourrait etre le cas pour d’autres sections communales presentant les memes caracteristiques socio-economiques que Desarmes comme : la pauvrete chez les jeunes, l’exclusion financiere et l’urgent besoin d’assistance sociale.

Richardson TELIJEUNE, economiste

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