<> de Louis-Philippe Dalembert a Livres en folie

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Louis-Philippe Dalembert est l’un des meilleurs ecrivains de la litterature haitienne contemporaine. Il est a la fois poete, nouvelliste, romancier et essayiste. Ces romans sont traduits dans d’autres langues, et meme mis en format livre audio. Il obtient en 1994 une residence au Villa de Medicis, et d’autres distinctions prestigieuses de litterature comme prix RFO, Prix RFO du livre (1999), Prix Casa de las Americas (2008), Chevalier des Arts et des Lettres (2010), Prix Orange du livre (2017) pour ne citer que celles-la. Il a publie en 1996 son premier roman, le Crayon du bon Dieu n’a pas de gomme, aux editions Stock, 1996. Qui sera reedite en 2004 aux editions Le Serpent a Plumes; et le second a Port-au-Prince, editions des Presses nationales, 2006

Apres la mort de ses parents, le petit garcon se retrouve sous la protection de sa grand-mere, Pont d’Avignon, qui se charge de son education et a le nourrir comme ca doit. Toujours assis dans le 304, le petit garcon n’arrete pas de completer la rue et suit chaque pas avec interet de se questionner sur chaque mot ou detail qui lui est apparu nouveau. Un soir, par une pluie diluvienne, Faustin se retrouve dans le besoin de trouver un abri. Il s’est retrouve au bord du quai depuis le jour ou il a decide de ne plus travailler chez la patronne qui lui traitait de toutes sortes de noms. Le remarquant dans le coin, Pont d’Avignon lui a propose de dormir dans la cuisine, c’est ainsi qu’il habite le bord de mer, et devient le plus parfait ami du petit garcon avec qui il partage beaucoup de complicite.

Le Crayon du Bon Dieu n’a pas de gomme contient trois parties, et chaque partie se subdivise en des chapitres. L’auteur dessine, a travers ce roman de 235 pages, un portrait triste et insalubre de Port-au-crasse. La ville principale du roman. Il y touche a des themes qui ne laissent pas le lecteur indifferent, c’est une longue reflexion sur la misere humaine, et du survivre, sur la migration interieure, et l’errance. L’intrigue du roman se retrouve dans la quete de l’homme qui, vingt-cinq ans apres son depart, decide de retrouver son ami, son Faustin 1er. C’est a peine qu’il s’est rendu compte qu’il ne connait rien a propos de Faustin. Et pour restituer la memoire de son ami, il n’a que des souvenirs et de l’imagination. Ce roman est un long voyage de memoire, un profond exercice de meditation qui menerait l’homme a rendre immortel son ami, c’est-a-dire en racontant son histoire.

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Faustin est le personnage principal du roman. C’est un bon-vivant, un homme qui cherche par tous les moyens comment amadouer la vie, comment rendre la vie douce et legere, sans exageration aucune. Il est pret a tout faire. Cet homme de la campagne. Apres son mariage, en suivant les conseils de son ami qu’il a trouve dans les mines, Faustin a juge necessaire de rentrer a Port-au-crasse, plus precisement a Brooklyn. Une ville, selon son ami, qui lui donnerait plus de chance de gagner sa vie. Et de vivre en paix avec sa femme. Malgre le regret des autres comme Mesilome qui ne voit pas de bon oeil le depart de Faustin. Pour lui ce n’est pas bien de laisser son chez soi pour aller chercher la vie ailleurs, il reve encore du temps ou les villageois ne quittaient pas leur terre pour aller mendier dans les villes. Aujourd’hui, meme la mer, la nourriciere par excellence, s’est assechee. Page 54

Faustin ne voyait devant lui que Port-au-crasse, qui apparait comme une lueur d’espoir, une echappatoire, disons mieux comme la terre promise. Il a promis de venir chercher sa femme une fois qu’il aura trouve un logement. Port-au-crasse n’a pas plu a Faustin au premier abord, la premiere rencontre a Brooklyn a ete un choc pour lui. Il ne savait quoi faire, n’a pas voulu continuer la route. Trou coucou a de serieux problemes, jamais il n’aurait imagine que les gens puissent vivre dans cet enfer, dans un lieu si perilleux, dans une telle salete.

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Une fois installe, il fait rentrer sa femme qui, elle aussi, serait choquee. Mais le couple n’est pas reste pour pleurer sur son sort, ils se mettent dans la rue, et cherchent partout une couleur differente afin de peindre leur vie et collecter chaque instant et minute vecue a Brooklyn. Marie a trouve en premier un boulot dans une usine, elle s’arrangeait pour qu’on puisse engager son mari aussi, ce qui a ete fait. Dans cette situation l’auteur s’attarde a faire une reflexion sur la condition de la femme a l’interieur, les ouvrieres.

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Il est vrai que ce roman peut s’associer a ce que Raphael Luca appelle une esthetique de la degradation, par la presentation qui est faite des villes, surtout avec des noms pejoratifs comme Salbouda, Port-au-crasse, Trou coucou. Et toutes les descriptions faites par l’auteur de la misere surtout a Brooklyn. Ce roman reste un roman d’amour, du vivre-ensemble et de l’amitie decrit par le crayon du bon Dieu qui ne sera jamais efface parce que ce crayon n’a pas de gomme.