Et la honte dans tout cela?

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Depuis le 12 septembre, le pays est paralys? et asphyxi?. Les ?coles n’ont pas pu rouvrir, les entreprises ont ferm?, jetant leurs employ?s sur le carreau. Les produits de base sont devenus inabordables. Et la population forc?e de garder la maison n’ose prendre les rues de peur d’?tre kidnapp?e. La capitale est de plus en plus ?trangl?e par les gangs qui s?vissent dans des quartiers jusqu’ici r?put?s tranquilles. Et voil? qu’un beau jour, faisant preuve de sa mansu?tude, l’homme <> par la police depuis des ann?es, vis? par des sanctions internationales cosm?tiques, annonce ouvrir la voie pour qu’? nouveau le carburant soit disponible. Et l’on s’appr?te ? reprendre le cours normal de la vie, comme si de rien n’avait ?t? ? Je n’ose y croire !

Si tel ?tait le cas, cela voudrait dire que le v?ritable et seul dirigeant du pays s’appelle Jimmy <> Ch?rizier qui d?cide des vies, des biens, de nos all?es et de nos venues. Celui dont les d?crets promulgu?s sous forme de vid?os ont pr?s?ance sur les d?clarations des autorit?s…. de pacotille. Quand on sait le nombre de personnes qui n’ont pu ?tre sauv?es faute de pouvoir contribuer en carburant au fonctionnement des h?pitaux, quand on sait le nombre d’enfants dont le cerveau est ? l’arr?t faute de pouvoir aller ? l’?cole, il est indignant de constater que le sort de dix millions de personnes est suspendu aux fantaisies d’un porte-flingue et de ses acolytes d?penaill?s.

Et ceux qui pr?tendent gouverner roulent carrosses, certains d’entre eux sont aur?ol?s de r?putations sulfureuses, d’autres d?barqu?s des avions. Ils n’en ont cure et leurs coll?gues d?pourvus d’odorat s’assoient ? leurs c?t?s ? la table du Conseil des ministres. Et la honte dans tout cela ?

? la faveur des derniers ?v?nements, le fonctionnement mafieux de certains membres de l’?lite ?conomique est d?masqu?, leurs liens avec les gangs qu’ils arment sont d?voil?s. Mais ils continuent d’?tre re?us dans les salons des gens de bien. Expression d’ailleurs ? red?finir. Et la honte dans tout cela ?

Et nous ? La population va tranquillement reprendre le cours de ses activit?s sans que ceux qui l’ont tant souffrir aient ? rendre compte de tant de peines, de tant de morts ? Ce serait trop facile. Et si cela se fait, alors honte ? nous !

Pour l’?viter, qu’une voix puissante et collective r?clame des explications et d?range le confort m?prisant des responsables, o? qu’ils se vautrent ! Il ne faut pas se laisser prendre en otage d’une rh?torique qui tend ? faire croire que les manifestations des rues ne sont le fait que des gangs aliment?s par des int?r?ts mafieux qu’il faut mater par la force. La perversit? de ce discours r?side en ce que tout futur mouvement de foule motiv? par la chert? de la vie, le refus des nouveaux prix du carburant, l’angoisse de parents aux abois, le d?sespoir de jeunes sans futur, pourra ?tre l?gitimement r?prim? par les forces internationales que l’on invite chez nous. L’argumentation du gouvernement r?v?le sa perversit? diabolique en d?l?gitimant ? l’avance toute expression de m?contentement populaire, les forces internationales venant ? l’appui de son maintien au pouvoir. Qu’on y prenne garde !

D’ailleurs, il est facile de taper sur les gangs. C’est la mode d’?reinter un gouvernement. Mais, notre passivit?, notre r?signation doit avoir une limite, alors qu’est en jeu notre survie m?me en tant que collectivit?, alors que sont m?pris?s nos besoins ?l?mentaires de s?curit? physique et alimentaire. Notre implication doit se faire collective et ne pas se limiter aux indignations de salon ou aux <> adress?s aux rares audacieux qui s’expriment. ?ric Jean-Baptiste assassin? est pr?sent? comme le philanthrope de Carrefour, et m?me pas dix personnes ? Carrefour pour manifester leur col?re et c?l?brer sa m?moire !!

Les gangs envahissent des quartiers hupp?s dont chaque maison poss?de au moins une arme. S’ils se mettaient ensemble, les riverains de ces quartiers ne pourraient-ils pas cr?er une force de r?sistance contre le danger qui ne manquera pas de frapper ? leurs portes ? Si on ne peut s’organiser pour d?fendre son quartier, comment regarder sans honte sa femme et ses enfants apeur?s ?

On r?dige courageusement des notes de presse ? l’adresse d’un gouvernement qui ne les lit pas. On s’avilit ? se procurer un carburant de contrebande. Cela ne va pas plus mal tant qu’on peut aller au <>. Quand certains prendront-ils conscience que les pr?jug?s et l’insensibilit? ? la mis?re nourrissent les haines et les ressentiments ? Jusqu’? quel degr? d’avilissement faudra-t-il arriver pour esp?rer un sentiment de r?volte ? Peut-on appliquer le mot ?lite ? un groupe qui ne cr?e pas de structure m?me pour sa propre sant?, car ayant achet? l’espoir d’un avion ambulance qui un jour n’atterrira pas ? Peut-on appliquer le mot ?lite ? un groupe qui n’investit pas dans des universit?s ici-m?me pour l’?ducation de ses propres enfants ? Le moment n’est pas lointain o? il devra rendre compte de son aveuglement. Pendant ce temps, on trinque et, sur les pelouses manucur?es on danse, sur un volcan au bord de l’?ruption. Et quand il n’y a plus d’essence, ? la v?ritable implication, on pr?f?re la fuite en annon?ant fi?rement qu’on n’en peut plus et qu’on s’en va <> ? Miami ou ? Santo Domingo. Et la honte dans tout cela ?

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