Faubert Bolivar, invit? d’honneur de la 4e ?dition de Festith??trecr?ole ? Montr?al

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Le Nouvelliste : Avec quel sentiment, Faubert Bolivar, accueillez-vous cette invitation : vous ?tes l’invit? d’honneur de la 4e ?dition de Festith??trecr?ole.

Faubert Bolivar : Un sentiment de fiert? certainement. Je ne m’attendais pas du tout ? cela ; si la proposition m’avait ?t? faite, je l’aurais sans doute d?clin?e car j’ai une faiblesse pour la discr?tion, mais cela m’a ?t? comme impos? : je ne m’en plains pas, au contraire je mesure l’honneur qui m’est fait par l’?quipe de la Compagnie Th??tre Cr?ole, et je les en remercie tr?s sinc?rement.

Le Nouvelliste : Qu’est-ce qu’il y aura ? consommer au menu de vos activit?s ? Montr?al ?

Faubert Bolivar : Outre les prises de parole, je pr?senterai pour la premi?re fois au public ma pi?ce <>, ?crite entre 2008 et 2009. Un extrait de ce texte a ?t? publi? dans l’ouvrage collectif paru chez Actes Sud, <>, ? juste titre parce que s’y lisait comme une sorte de pr?monition de Goudou-goudou. Le relisant, David Bontemps, qui m’accompagnera au piano, y a vu une sorte d’annonce proph?tique de la situation qui pr?vaut actuellement au pays : le r?gne sans partage de la mort souveraine. Je ne suis ni devin ni proph?te, je reste simplement attentif au r?el. En 2009, il ?tait clair pour moi que 2022 se pointait d?j? ? l’horizon, c’est-?-dire ce qui caract?rise Ha?ti aujourd’hui, l’?tat de nature dans toute sa splendeur, pas celui de Rousseau, mais celui de Hobbes, l’?tat de guerre de tous contre tous. Je peux vous dire que les voies de l’avenir seront sombres durant des d?cennies encore, pour la simple et bonne raison que la rel?ve n’est pas assur?e. Ce sont les hommes et les femmes qui font les nations, Claude, or, force est de constater que les enfants d’aujourd’hui sont tr?s peu pr?par?s pour prendre en main leur destin. Ils sont peu ?duqu?s, mal scolaris?s, mal nourris, traumatis?s ? un point que nous ne pouvons m?me pas imaginer, ils vivent dans la peur et l’angoisse, et savent qu’ils sont des jouets entre les mains assassines des ma?tres du pays, qui n’est qu’un terrain de jeu o? s’exercent les forces macabres et mafieuses … Ka nou grav pase aksan grav ! Pour parodier le sage Amadou Hamp?t? B?, disons qu’en Ha?ti, quand un march? br?le, quand une cervelle explose, quand une fille est viol?e, quand une m?re se retrouve s?questr?e apr?s avoir ?t? kidnapp?e, quand un policier est d?capit?, c’est toute une g?n?ration qui est sacrifi?e. Qu’adviendra-t-il du fils de notre amie po?tesse Farah-Martine ? Ses parents ont quand m?me ?t? ex?cut?s sous ses yeux une nuit ordinaire dans la maison familiale !!! La pi?ce parle aussi de ?a, de ces gens, ? combien nombreux, que les forces obscures ont grill?s, et avec eux, le pays, qui est, in fine, comme il ?tait pr?par? ? ?tre. J’invite nos amis cr?olophones ? y assister, ne serait-ce que pour les besoins de la catharsis. Nous avons besoin d’exploser, Claude. Il nous faut expulser le mal-?tre d?pos? en nous par l’impitoyable violence du quotidien.

Le Nouvelliste : Quel regard portez-vous sur cet ?v?nement ?

Faubert Bolivar : Un regard plein d’admiration et de respect. Des activit?s de ce type nous invitent ? ne pas, en d?pit de tout, d?sesp?rer de l’avenir. Ce qui nous donne des raisons d’esp?rer aujourd’hui c’est le fait de nous rendre compte qu’il existe une belle ?me ha?tienne, qui nous laisse entrevoir la lumi?re au bout de ce tunnel. Cette ?me, ?parpill?e avec nous, bless?e avec nous, dont nous prenons soin ici et l?, elle saura retrouver sa vitalit? et contribuer ? notre r?surrection le moment venu. Je crois que le moment viendra, nous ne serons certainement plus de ce monde, toi et moi, o? Ha?ti triomphera des vagues de la mort qui l’emportent…

Le Nouvelliste : Quoi de neuf ?

Faubert Bolivar : Si tu veux, tout est neuf (rires). En ao?t, nous avons fait la rentr?e de BALISAILLE avec <>, une adaptation de mon texte Lettre ? tu et ? toi (Anibwe, 2013) avec David Bontemps, Daniel Ajoup et Nicolas Pierrel. Nous nous appr?tons ? lancer l’appel ? participation du Prix international de l’invention po?tique et savons d?j? que la deuxi?me ?dition de <> aura lieu du 17 au 20 mai 2023. Je passerai la fin de l’ann?e ? l’?le de la R?union o? je compte m’enfermer pour ?crire.=

Le Nouvelliste : Vous ?tes professeur. Combien de jours passerez-vous ? Montr?al?

Faubert Bolivar : Une semaine, le temps du festival. Je reviendrai l’ann?e prochaine pour le mois de l’histoire des Noirs afin d’assister ? la premi?re mondiale de l’op?ra <> adapt? de ma pi?ce ?ponyme par David Bontemps, ce sera ? la Salle Pierre Mercure, le 7 f?vrier, tout un symbole, non ? En tout cas l’invitation est lanc?e ? tous ceux et toutes celles qui lisent ce papier et qui pourront se retrouver ? Montr?al pour l’occasion.

Propos recueillis par Claude Bernard S?rant

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