Frantz Z?phirin ? la 59e Biennale de Venise

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Du 23 avril au 27 novembre 2022, deux tableaux de l’artiste peintre ha?tien Frantz Z?phirin sont expos?s ? la 59e Biennale de Venise. ? cette 59e exposition internationale d’art contemporain, en Italie, ? laquelle Z?phirin a pris part, ? l’inauguration, il propose un narratif qui met en relief sa sensibilit? artistique. Son regard d?voile un pass? d?chirant qui n’en finit pas de hanter le peuple ha?tien. Ces tableaux, <> (2007) et <> (2000), sont expos?s ? c?t? de deux autres artistes ha?tiens (des tapisseries de Mirlande Constant et trois peintures du regrett? C?lestin Faustin).

Le navire n?grier (101,6 x76,2 cm, collection Marcus Rediker) illustre un article d’Anthony Bogues dans Ha?ti : deux si?cles de cr?ation artistique. Cette toile reprend les m?mes th?mes affectionn?s par Z?phirin dans ses tableaux autant que ses peintures murales. Le vaisseau n?grier en route vers le nouveau monde. Des n?gres rebelles avides de libert?. Des sir?nes munies de trompettes accompagnant les cris d’hommes, de femmes et d’enfants arrach?s ? l’Afrique pour ?tre transform?s en animaux destin?s ? rentabiliser le syst?me esclavagiste.

Dans Le navire n?grier, Z?phirin renverse l’image que les occidentaux se font des Noirs africains. Il renverse l’image que juristes, philosophes, pr?tres, hommes d’affaires, <>, la pens?e dominante qualifie de sauvage. Ou encore : de corps sans ?me que leurs dieux ont cr?? pour ?tre attach?s au service des Blancs. Sur ce bateau en route vers Ha?ti, la perle des Antilles, le peintre transforme les Blancs esclavagistes en animaux dans son espace libre de cr?ation artistique. Autour de la coque du navire, des ?tres humains que le narratif occidental ne consid?re pas comme des homo sapiens, (entendez par cet abus immod?r? de langage : hommes sages), forment une cha?ne de solidarit? dans cette mer am?re.

Comment interpr?ter cette image mettant en relief une cha?ne humaine dans l’oc?an ?

Au regard de l’histoire, apr?s quatre si?cles d’asservissement (1492 – 1804), le cri dessalinien gronde : libert? ou la mort. La charge symbolique de ce geste s’ouvre sur deux voies : le refus d’accepter l’enfer de l’esclavage ou br?ler cet enfer en se rendant libre.

Les couleurs parlent dans cette peinture : le rouge du sang, l’orange du feu, le vert de l’espoir, le jaune lumineux, la lumi?re, le bleu de l’infini grouillant de requins en qu?te de festins.

Le tableau titr? <> ( 2000 ) prolonge <>. Cette huile sur toile 30 x 40 pouces) ressemble ? ces tapisseries de sequins encore appel?es drapo vodou, une sp?cialit? du Village de Noailles dans la commune de la Croix des Bouquets. Le monde parall?le mobilise l’attention dans cet espace : une cr?ature ?trange repr?sent?e sous la forme d’une femme-poisson affiche sur sa poitrine une t?te d’Africain aux yeux de braise. S’articulent au tronc de cette cr?ature moiti? humain et moiti? poisson, deux serpents, – symboles de force – qui lui servent de bras.

L’esprit Damballa est l? au premier plan. ? l’arri?re-plan, une caravelle se profile sur un fond marin. Encore une fois, Simbi entre en sc?ne. Tout un monde de simbis peuple l’univers de Z?phirin. On devine que le peintre fait appel ? Simbi Ganga, un lwa militaire pour faire face aux colons. Et pourquoi pas Simbi Makaya que les Sanpwel convoquent dans leurs r?unions occultes.

Dans cet espace o? figurent les deux oeuvres de Z?phirin, 80 pavillons nationaux se d?ploient dans cette olympiade du monde de l’art. Cinq pays prennent part pour la premi?re fois : le Cameroun, la Namibie, le N?pal, Oman et l’Ouganda.

On notera que Frantz Z?phirin, m?daille d’or 1996 du Mus?e d’Art Moderne, en R?publique dominicaine, est un familier des Biennales. En 1996, il participe ? la 3e biennale de la peinture des Cara?bes et d’Am?rique Centrale, Mus?e des Arts Modernes Saint-Domingue, R?publique dominicaine ; en 1994: 1re Biennale de la peinture des Cara?bes et d’Am?rique, Mus?e des Arts Modernes, Saint-Domingue, R?publique dominicaine et en 1986: Triennale de Cuenca ?quateur pour les pays du Continent Am?ricain, Quito, ?quateur.

? l’inauguration de la Biennale en avril de cette ann?e avec Frank Guennetta et sa femme, ? Venise. Z?phirin a v?cu une tr?s belle exp?rience pendant quinze jours. Il a ?t? impressionn? par la diversit? des oeuvres de haut niveau que les artistes du monde entier ont pr?sent?.

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