Gain de change, p?trole en baisse, hausse des recettes douani?res, que faire des miracles du mois d’ao?t ?

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La gourde se renforce depuis la conf?rence de presse du conseil de la Banque de la R?publique d’Ha?ti (BRH) le 22 ao?t dernier. C’est fantastique. Et ne demandez pas pourquoi cela n’arrive que maintenant. Les bonnes nouvelles sont souvent en retard.

L’on se demande ? pr?sent ce que l’Etat ha?tien va faire des dollars fra?chement rendus disponibles dans un pays o? il est le plus grand propri?taire de gourde.

L’Etat ha?tien va-t-il acheter des dollars pour renforcer ses r?serves ?

Pour le moment, il n’en n’est pas question. Au contraire, c’est l’Etat qui vend ses dollars.

A qui ?

Selon les informations publi?es par la BRH, des millions de dollars sont disponibles en priorit? pour les importateurs.

Pas pour tous les importateurs, mais pour ceux qui sont dans les secteurs des produits alimentaires, des mat?riaux de construction et des produits pharmaceutiques.

Une petite partie des dollars mis ? disposition des banques revient aux particuliers qui doivent fournir des factures ? payer sur l’?tranger.

Sans le dire, la BRH donne la priorit? aux commer?ants car un Ha?tien ordinaire qui part pour les USA ne pourra pas acheter dans le stock de dollars de la BRH. Il ne peut pas produire ? l’avance les factures d’h?tels, de restaurants, de location de voiture ou d’achats qu’il compte faire pendant son s?jour.

Tout Ha?tien qui a un parent ? l’?tranger est aussi exclu des dollars de la BRH. Quelle facture pr?sent?e si on doit envoyer de l’argent ? son enfant ou ? sa femme, ? un parent ou ? un proche en terre ?trang?re ?

Les marchands qui font le commerce ? Panama ou ailleurs sont aussi exclus de la manne BRH. Ils ne passent pas commandes. Ils vont sur place, choisissent et paient.

Les principaux b?n?ficiaires du dollar ? bon march? en volume sont les importateurs de produits p?troliers. L’Etat met des dollars ? disposition de ce secteur, ? un taux pr?f?rentiellement bas. Mais visiblement cela ne suffit pas. L’essence est toujours rare et cher sur le march?.

Pour ?tre au service de toute la population et de l’?conomie toute enti?re, il serait bien que les gains de change de l’Etat soient utilis?s pour r?gulariser le premier d?stabilisateur de l’?conomie nationale : les carburants.

Alors que les prix du p?trole brut sont au niveau d’avant le d?clenchement de la guerre en Ukraine, alors que le dollar est faible en Ha?ti, n’est-il pas le moment pour l’Etat de mettre de l’ordre sur le march? pour revenir ? des prix proches de la v?rit? mondiale des co?ts r?els du p?trole et de s’assurer que des commandes seront plac?es en quantit? pour servir les consommateurs ha?tiens ?

Le gouvernement va-t-il profiter des dollars miraculeux pour payer en devise ses dettes envers les importateurs de produits p?troliers ? Va-t-il mettre plus de dollars ? leur disposition ou ? la disposition du BMPAD pour qu’ils commandent ?

L’Etat va-t-il avancer le montant des prochaines commandes ? hauteurs d’un ou de plusieurs mois de consommation pour mettre fin ? la p?nurie et au march? noir de carburants ?

Si l’essence redevient disponible en quantit? et dans les pompes ? essence, cela b?n?ficierait ? toute l’?conomie nationale. Pas seulement au march? noir, comme c’est le cas actuellement.

En r?gularisant le march? p?trolier gr?ce ? ses dollars du mois d’ao?t, l’Etat se mettrait au service de tous et le sacrifice du change ne serait pas inutile.

Pour le moment, personne ne sait ce que l’Etat ha?tien va faire de ses gains de change ni combien de temps cela va durer, encore moins quel est le taux plancher vis? par les autorit?s. Personne ne sait si, comme en 2020, le gouvernement ha?tien va gaspiller cette fen?tre d’opportunit? sur le change.

Ce que l’on constate cependant c’est que le dollar se casse les dents sur le march? local. Il s’ach?te ce mercredi entre 100 et 125 gourdes pour un dollar en moyenne sur le territoire national.

Dans le m?me temps, le march? formel vend le billet vert ? 128 gourdes pour un dollar, ce 31 ao?t 2022.

La perte de change pour les Ha?tiens qui vivent au jour le jour et qui ne peuvent pas attendre pour vendre leur dollar est ?norme. Le gain de change pour ceux qui ont des gourdes est ?norme.

Ce que l’on constate ?galement c’est que partout l’essence se vend ? plus de 1000 gourdes le gallon et jusqu’? 3500 gourdes ? J?r?mie. Cette envol?e des prix provoque des perturbations dans le transport et une augmentation de tous les prix dans l’?conomie.

Ce 31 ao?t, les plus pauvres se font gruger, le r?gulateur ne dit rien et on ignore les intentions des autorit?s politiques.

Dans le m?me temps, le secteur priv? -? travers des personnalit?s influentes et de ses principales associations-, supplie le gouvernement de le taxer en douane et ? la DGI comme cela se doit.

Cet appel du secteur priv? intervient alors que les USA surveillent enfin -un peu- les envois d’armes et de munitions vers Ha?ti et pendant que l’ONU et les USA disent vouloir aider les douanes ha?tiennes et renforcer la surveillance des fronti?res.

L’appel du secteur priv? ha?tien est support? par des hommes d’affaires et des associations de la R?publique dominicaine. La contrebande ? la fronti?re entre nos deux pays est l’une des veines ouvertes de la R?publique.

Ce m?me mois d’ao?t, ce qui se passe avec l’?glise ?piscopale donne ? l’Etat ha?tien le momentum pour contr?ler, r?viser ou r?voquer toutes les franchises douani?res et autres cadeaux faits aux zones franches, ONG et autres ayant droits…

La conjonction de ce mois d’ao?t est parfaite pour des changements majeurs. Cependant, plus que le dollar faible, plus que la baisse des cours du p?trole — situations qui peuvent ?tre ?ph?m?res — une r?forme douani?re et fiscale (en fait une simple application juste mais uniforme des lois qui existent), peuvent aider le gouvernement ? renflouer ses caisses, ? r?duire le d?ficit financ? par la cr?ation mon?taire (d?ficit qui est le point faible et l’assassin de la gourde) et ? avoir des ressources cons?quentes pour conduire de meilleures politiques.

Si ? c?t? d’une pression fiscale ajust?e, l’Etat se d?sengage de ses mauvaises pratiques sur le march? p?trolier (la subvention des carburants est un gouffre pour les finances publiques d?j? d?ficitaires) pour se contenter de capter les taxes qui lui reviennent, le pays aura les moyens d’assurer la s?curit?, d’acheter la paix, de faire du social et de penser ? son rel?vement apr?s cinq ans de course vers les ab?mes.

Avec l’administration Henry ou avec une autre, l’Etat doit se mettre ? g?rer Ha?ti autrement. Qui aura le courage et l’habilet? d’introduire les r?formes ? C’est la grande question.

Il est souhaitable que les politiques appliqu?es actuellement ne servent pas qu’? faire des omelettes qui co?tent chers aux plus pauvres sans rien garantir de durable aux plus riches.

Et surtout n’oublions jamais que les oeufs ne mangent pas d’omelette, comme dit le proverbe.

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