Haiti s’applique un programme de destructuration structurelle

The content originally appeared on: Le Nouvelliste

Dans les annees 80, les pays comme Haiti se voyaient imposer une version ou une autre d’un programme d’ajustement structurel preconise par le Fonds Monetaire International (FMI) et d’autres institutions similaires. Apres les annees folles, se serrer la ceinture etait la norme au detriment du social.

Haiti n’est jamais passee sous les fourches caudines du FMI, le pays n’a jamais ete ajuste. On a eu la pire des mesures possibles, sans recevoir le meilleur. On a fait des bouts de programmes, des bouts de chemins, mais rien de systematique ni de structurel. On s’est retreci sans se renforcer a chaque fois que nous avons eu affaire aux institutions internationales.

Dans la decennie 90, le grand choc a ete le coup d’Etat militaire sanglant, la debandade qui a suivi et l’embargo. Le pays a paye le prix fort parce que les militaires et leurs conseillers avaient mal lu les mutations regionales. Tous nos voisins s’etaient mis a la democratie, les gens d’armes haitiens — qui n’avaient pas ose lever un cil plus haut que l’autre sous Duvalier — croyaient leur temps venu. Leur erreur de jugement couta fort cher au pays.

Les premieres annees du nouveau siecle ne nous porterent pas chance. Les democrates ne reussirent pas a faire fructifier leur victoire aux urnes. De progres, il y en a peu eu. Le pays, de crises electorales en crises politiques, perdit du temps, de l’energie, des opportunites.

Pour faire pire que nos generaux et leur correction democratique manquee, pire que nos elus aux programmes inaboutis, il faudra le seisme du 12 janvier 2010. Et, a bien considerer, le pays s’est releve plus vite du tremblement de terre et de ses centaines de milliers de morts que des catastrophes humaines qui l’assaillent quand nos dirigeants ne sont pas a la hauteur des attentes et des besoins.

Depuis 2012-2013 et son taux de croissance de 4.2%, la mauvaise gouvernance et les crises politiques poussent Haiti dans les trefonds des mauvais classements. Ces derniers jours, nous passons un nouveau palier, mais le cap est pris depuis pres de dix ans.

Rien ne va dans le sens du relevement du pays. On a meme l’impression d’assister a une acceleration alors que l’on se dirige vers un mur.

En 2021, sans prescription d’aucune institution internationale, sans embargo, sans catastrophe naturelle, Haiti s’applique non pas le remede de cheval d’un programme d’ajustement structurel, le pays ne plie pas sous les affres d’un acte de Dieu, aucune sanction internationale n’est decidee contre nous, mais nous nous appliquons un programme de destructuration structurelle. Tout seul.

Il est urgent de dire stop. De stopper. De prendre une autre direction. De reduire la vitesse de la chute, au moins.