Ha?ti jongle avec les catastrophes

The content originally appeared on: Le Nouvelliste

Apr?s avoir accumul? quatre ann?es cons?cutives de croissance n?gative, Ha?ti se retrouve ? l’aube d’une nouvelle ann?e fiscale qui ne s’annonce pas rose. Au troisi?me jour de l’ouverture de l’exercice fiscal 2022-2023, Ha?ti ne montre aucun signe probant d’un possible redressement de la situation socio?conomique chaotique du pays sinon qu’une serie de catastrophes en cascade annonc?e dans un pays ou 60% de la population vivent au seuil de la pauvret?.

Pour ce lundi 3 octobre 2022 qui devrait correspondre ? l’ouverture officielle de l’ann?e scolaire, la vie en Ha?ti est en mode pause compl?te. M?me l’Administration publique fait profil tr?s bas dans une conjoncture rythm?e depuis quelques semaines par la violence des gangs arm?s les revendications populaires v?h?mentes et l’intransigeance des autorit?s ?tatiques tr?s propices ? une crise humanitaire multiforme qui commence ? prendre forme dans le pays.

Quand on pense ? la menace de l’ins?curit? alimentaire qui touche environ la moiti? de la population (5.6 millions d’Ha?tiens, selon les chiffres vulgaris?s par les Nations-Unies et a l’inaction du gouvernement vis-?-vis de ce ph?nom?ne, on se demande si la col?re de la population n’est pas justifi?e. Plus encore, l’inflation grandissante (30,5% en juillet dernier), qui est en grande partie responsable de l’ins?curit? alimentaire en cassant le pouvoir d’achat des familles, loin d’?tre apprivois?e s’est vu alimenter par le gouvernement qui a d?cid? le 11 septembre dernier d’ajuster fortement a la hausse les prix du carburants. Ainsi des ajustements de 128%, de 90% et de 89% ? la hausse ont ?t? respectivement op?r?s sur la gazoline, sur le diesel et sur le k?ros?ne.

M?me quand elle n’est pas encore en application, cette mesure du gouvernement a mis le pays en ?bullition depuis le 12 septembre. Trois semaines plus tard, le pays est totalement ? l’arr?t. Le gros commerce est quasiment au repos avec les routes bloqu?es et la menaces des manifestants pyromanes. Les stations d’essence ne fonctionnent plus ; la terminale de Varreux qui stocke 70% du gaz disponible au pays est bloqu?e. Le carburant est devenu plus rare que l’or dans les pompes. On comprend alors qu’il soit vendu ? prix d’or sur le march? informel.

En m?me temps, des entreprises ayant pignon sur rue dans l’aire m?tropolitaine de Port-au-Prince annoncent tour ? tour la cessation de leur service ? cause de la raret? de carburant. L’industrie textile subit actuellement non seulement le contre-coup de la rarete du carburant mais aussi des exc?s de col?re des manifestants qui ont saccag? des entreprises du secteur dont le CODEVI. Les banques commerciales et certains supermarch?s ont r?duit de moiti? leur horaire de fonctionnement ; des stations de radio se sont effac?es tout simplement[g1] du cadran, des h?pitaux annoncent leur incapacit? ? desservir la population comme l’accoutum?e ? cause du gaz plus que jamais rare sur le march? formel.

Que pouvait-on esp?rer d’une telle mesure que la hausse de l’inflation et de l’ins?curit? alimentaire, deux ?p?es de Damocl?s qui menacent la survie des couches d?favoris?es. Personne ne saurait minimiser le poids de la subvention du gaz dans le d?ficit budg?taire, cependant l’ent?tement des autorit?s ? vouloir syst?matiquement actionner le bouton du carburant au lieu de chercher ailleurs les moyens d renflouer le tr?sor public est symptomatique de la paresse de l’Etat qui juge qu’il est plus ais? de punir le peuple plut?t que de faire payer ceux qui ont des dettes envers l’Etat.

L’un des plus grand fl?aux qui menacent la survie de la nation est l’ins?curit? produite par les gangs arm?s. D?capitalisation, ch?mage, migration externe, sous-investissement, criminalit?, famine, d?croissance, etc, ce sont les effets nocifs de l’ins?curit? que l’Etat ne s’est jamais engag? ? combattre. Le grand Sud qui regroupe les d?partements du Sud, de la Grand ‘Anse, du Sud-Est et des Nippes sans oublier la r?gion des Palmes, est la grande victime des gangs arm?s depuis le blocage de la Route nationale #2 par ces derniers en juin 2021.

Quand la faim s’invite aux catastrophes

17 mois plus tard, le grand Sud a du mal ? commercer ou ? s’approvisionner en produits alimentaires, en produits p?troliers et d’autres produits de premi?re n?cessit?. La raret? des produits p?troliers est plus durement ressentie dans le grand Sud que dans les autres r?gions du pays. Le gallon de gazoline est vendu actuellement ? environ 5 000 gourdes dans la ville des Cayes. Cela explique aussi le fait que m?me dans les publications mensuelles de l’Institut ha?tien de statistique et d’informatique (IHSI), le rench?rissement de la vie est toujours plus prononc? dans le Sud qu’ailleurs.

Compte tenu de la d?t?rioration affirm?e des conditions de la vie de la population en Ha?ti, la faim s’est invit?e au menu de nos catastrophes. En moins d’un an, environ un million d’Ha?tiens se sont ajout?s a la liste des personnes concern?es par l’ins?curit? alimentaire. De 4.6 millions de gens d?nombr?s en d?but d’ann?e, le chiffre est pass? ? 5.6 millions selon les donn?es des responsables des Nations Unies. Les centres p?nitentiaires du pays sont les premiers th??tres des sc?nes de mort par la faim.

En effet dans un rapport relatif aux conditions d’incarc?rations dans les prisons ha?tiennes des publi? vers la fin du mois de juin, le Conseil de S?curit? des Nations-Unies a fait de 54 prisonniers morts de malnutritions dans les centres carc?raux ha?tiens de janvier ? avril 2022. Un autre rapport de l’Office de protection du Citoyen (OPC) a montr? que 23 aout au 27 septembre 2022 plus d’une douzaine de prisonniers 12 autres prisonniers sont morts de faim ou de mauvaise conditions d’incarc?ration dans les prisons civiles des Cayes, de St-Marc, de Fort- Libert?, de J?r?mie, de Petit-Goave et de Jacmel.

Point n’est besoin de dresser une liste des cons?quences nocives de l’annonce de la mont?e du gaz comme la raret? de l’eau, la disponibilit? des services de s?curit? et de sant?. Les barricades enflamm?es ne laissent pas trop de place aux urgences. Dans une telle conjoncture, les personnes malades, les femmes enceintes, les personnes ?g?es se retrouvent en danger.

A la rue Chochotte, dans le quartier de Babiole, des locataires d’un immeuble sont r?veill?s le lundi 26 septembre par l’odeur pestilentielle qui ?chappait d’un appartement voisin. Apres moult conciliabules et h?sitations, ils ont d?cid? de frapper ? la porte ou ?manait l’odeur. Comme personne ne r?pondait, on a appel? la Police qui est venue d?foncer la porte. Au grand d?sarroi des voisins, le septuag?naire assez sympathique qui a habitait seul l’appartement avait succombe plus de trois jours auparavant des suites d’un malaise. La situation anarchique du pays n’a pas permis aux voisins pr?occup?s de trop se soucier de son absence.

One ne peut ne pas souligner le retour fracassant du chol?ra dans ha?tienne. Environ huit morts de cette deuxi?me vague sont d?j? comptabilis?s dans les registres du minist?re de la Sante publique. Nous fallait-il un fl?au de plus ? Sommes-nous assez arm?s pour faire face ? cette catastrophe sanitaire qui s’annonce. D’aucuns disent que la pr?sence du chol?ra dans l’actualit? est une caution que nous sommes en train de payer ? la nature pour nous avoir ?pargn? de Fiona.

Cyprien L: Gary

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