Ha?ti : les gangs arm?s pr?cipitent la classe moyenne en enfer

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L’Organisation de coop?ration et de d?veloppement ?conomiques (OCDE) d?finit la classe moyenne comme les personnes dont le revenu – apr?s imp?ts et transferts et ajust? en fonction de la taille du m?nage auquel elles appartiennent – se situe entre 75 % et 200 % du revenu m?dian. Celui-ci repr?sente le montant situ? au milieu de la distribution des revenus ajust?s, c’est-?-dire le montant tel que 50 % des personnes gagnent un montant sup?rieur et 50 % gagnent un montant inf?rieur. La classe moyenne d?signe alors les personnes dont la condition sociale se trouve au-dessus des classes pauvres et en-dessous des classes ais?es.

En Ha?ti, la repr?sentation graphique du nombre de personnes composant ces trois classes ?pouse la forme d’une pyramide o? la base repr?sentant les pauvres contient la grande majorit? des individus, la classe moyenne compte une proportion beaucoup plus faible alors que le sommet contient une infime fraction de la population totale. L’objectif ultime des politiques publiques progressistes est de transformer cette pyramide en un losange qui ferait passer une grande partie de la masse des pauvres ? la classe moyenne et une part de celle-ci ? la classe ais?e.

Au cours des cinq derni?res ann?es, puisqu’il n’existe aucune v?ritable politique de soutien ? la classe moyenne, on a plut?t observ? le contraire. Qui pis est, les gangs arm?s ont pr?cipit? une grande partie de la classe moyenne qui vivait d?j? dans la pr?carit? dans la pauvret? abjecte. Ils font ?galement r?gresser l’?lite ?conomique en polluant l’environnement des affaires.

Une menace pour la stabilit? financi?re du pays

Imaginez un salari? qui a d?pens? tout ce qu’il poss?dait, contract? des pr?ts bancaires ou des pr?ts aupr?s d’autres institutions financi?res comme l’Office national d’assurance-vieillesse (Ona) pour construire une maison ? Martissant, Tabarre, Pernier ou Croix-des-Bouquets. Maintenant que des gangs arm?s s’accaparent de ces zones, c’est toute la richesse accumul?e par ces m?nages au cours de leur p?riode de vie active et qui a ?t? investi dans ce projet de construction qui fond comme du beurre au four. Il existe beaucoup de professionnels qui ont d? abandonner leur maison sous la menace des gangs arm?s pour ?tre h?berg?s chez des amis ou chez un membre de la famille ?largie dans des conditions pr?caires. Ceux qui trouvent encore un peu de ressources financi?res vont louer un appartement dans une zone encore fr?quentable en attendant l’assaut des bandits.

Pendant ce temps, les emprunteurs qui ont contract? des pr?ts sont oblig?s de continuer ? payer les int?r?ts ? la banque en vue de sauvegarder leur r?putation et leur cote de cr?dit. Il s’agit cependant d’une situation insoutenable dans le temps tant pour les m?nages, les banques que le pays dans son ensemble. Certains disent que les banques ne financent pas suffisamment le secteur immobilier en Ha?ti pour que ce groupe puisse constituer une menace pour la stabilit? financi?re du pays. Mais le probl?me ne se limite pas uniquement au secteur immobilier. Il devient quasiment impossible d’entreprendre aujourd’hui dans la zone m?tropolitaine de Port-au-Prince dans son ensemble. Il faut pr?voir des d?fauts de paiement ? grande ?chelle si le climat d’ins?curit? actuel persiste.

Les banques ne pourront m?me pas saisir les maisons financ?es ou celles re?ues comme collat?ral pour l’octroi d’autres pr?ts puisqu’elles ne pourront plus ?tre vendues dans ces zones de non-droit. Un internaute m’avait fait remarquer que les banques souhaitent diminuer le risque de d?faut de paiement en choisissant de ne pas financer la construction de maisons dans les zones ? risque. Le probl?me, c’est que toute la zone m?tropolitaine est devenue ? haut risque de gangst?risation. Pour preuve, il y a cinq ans, Tabarre ?tait une zone tr?s paisible. De m?me que Pernier et Croix-des-Bouquets, voire Martissant, il y a 10 ans. Les grandes entreprises et la classe moyenne affluaient en grand nombre ? Tabarre. En tr?s peu de temps, cette commune est devenue une zone de non-droit domin?e par des gangs arm?s.

On m’a rapport? le cas d’une famille qui a fui Martissant pour se r?fugier ? Tabarre en construisant une nouvelle maison de toute urgence. Elle a d? abandonner ? nouveau cette r?sidence en catastrophe. Ceux qui peuvent quitter le pays le font en toute h?te pour n’importe quelle autre destination afin d’?chapper au kidnapping. M?me en dehors du pays, on n’est pas ?pargn? par ce fl?au puisque la diaspora est r?guli?rement sollicit?e en vue de fournir ou de compl?ter la ran?on.

Qui, aujourd’hui, ne connait pas un ami, un membre de sa famille ou un coll?gue qui a ?t? kidnapp? et pour lequel il fallat cotiser afin de sauver sa vie de la fosse aux gangs ? Personne. Ce sont autant de personnes appauvries. Ce sont autant de familles traumatis?es qui ne retrouveront jamais leur tranquillit? d’esprit. Des familles qui empruntent et hypoth?quent leur futur pour payer une ran?on. D’autres qui sont oblig?es de fouler aux pieds leur orgueil afin de solliciter l’aide d’un ami pour compl?ter une exorbitante ran?on. Plus alarmant encore : certaines familles ont connu plusieurs cas de kidnapping dans un court intervalle de temps. D’autres ont perdu des proches apr?s avoir vers? une parfois plusieurs fois. Pour elles, le cauchemar et le traumatisme seront multiples et permanents.

N?cessit? d’un appel ? l’aide de la communaut? internationale

Les habitants de la zone m?tropolitaine vivent aujourd’hui une catastrophe ?conomique et psychologique sans pr?c?dent. Ils se trouvent encercl?s de gangs arm?s et vivent l’angoisse quotidienne d’?tre kidnapp?s, ran?onn?s, pill?s, tortur?s et tu?s.

La classe que l’on consid?rait jadis comme ais?e subit aussi les cons?quences de l’invasion des gangs arm?s. Il suffit de penser aux anciens magasins du centre-ville de Port-au-Prince. Tous ont d? vider les lieux pour s’?tablir ailleurs. C’est une perte s?che colossale. ?videmment, les pertes ?conomiques demeurent secondaires compar?es aux nombreuses vies humaines fauch?es. Les diff?rents massacres perp?tr?s par les gangs arm?s t?moignent de l’ampleur du drame dans lequel ?volue l’aire m?tropolitaine de Port-au-Prince, voire le pays dans son ensemble. C’est pire que toutes les pertes ?conomiques que l’on pourrait comptabiliser.

Les autorit?s ne peuvent plus continuer de feindre ignorer cette cruelle r?alit?. Si les gangs arm?s ont envahi le palais de justice, menac? d’accaparer ce qui reste du Parlement et d?guerpi toutes les entreprises du centre-ville, le palais national et la Primature ne sauraient pr?tendre ? une quelconque exemption. Il n’y a qu’une seule et unique priorit? en Ha?ti aujourd’hui : r?tablir l’ordre et la s?curit?. Toutes les ressources humaines et financi?res n?cessaires ? l’atteinte de cet objectif doivent ?tre mobilis?es ? cette fin. Un plan national de s?curit? doit ?tre adopt? de toute urgence et un appel ? l’aide internationale doit ?tre lanc?. Il faut quand m?me noter et f?liciter l’effort louable de la Police nationale d’Ha?ti (PNH) qui a neutralis? beaucoup de criminels notoires ces derniers jours.

Ha?ti est en guerre. Elle est envahie par des gangs arm?s. Comme le pr?sident ukrainien Volodymyr Zelenskyy qui avait lanc? un appel au secours ? la communaut? internationale, Ha?ti se trouve dans une situation d’impuissance quasi-similaire face aux gangs arm?s et devrait lancer un cri de d?tresse ? la communaut? internationale. Mais avant d’arriver ? ce stade, comme Zelenskyy l’avait fait, les autorit?s ha?tiennes doivent faire montre d’une ferme volont? de d?fendre et de prot?ger les citoyens ha?tiens livr?s ? la gueule aux gangs.

Thomas Lalime

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