Ha?ti, peur, ind?cision et inaction

The content originally appeared on: Le Nouvelliste

Chaque Ha?tien entend ces derniers jours un tic-tac oppressant. S’agit-il du bruit du temps qui passe dans la grande horloge du temps ou le cliquetis du compte ? rebours de la bombe sociale, s?curitaire et ?conomique ?

Chacun a sa r?ponse.

Pendant qu’une course folle amuse les r?seaux sociaux et les m?dias, pendant que nous banalisons le malheur des autres, rions de celui qui est le n?tre, des entreprises se meurent, les madan sara de tout le pays perdent le peu dont dispose leur commerce, le chaos g?n?ralis? affirme sa force.

Le lundi 3 octobre 2022, la rentr?e des classes n’aura pas lieu. Celle, dans les normes, des tribunaux non plus. De plus en plus de prisonniers meurent de faim dans les prisons ha?tiennes et pr?s de 7 millions d’Ha?tiens jonglent avec l’ins?curit? alimentaire.

Banques, supermarch?s, consulats et ambassades attendent de voir les premi?res heures de chaque jour pour savoir si leurs portes restent ferm?es.

Personne ne sait qui ou quoi va allonger la liste des victimes de la crise multiforme actuelle. Nous nous enfon?ons et pour cette raison il faut mettre sur la table la question de la gouvernance.

Qui aura le pouvoir dans les prochains jours ou dans les prochaines semaines ?

La question est pertinente. Elle ne doit choquer personne. On doit chercher la r?ponse sereinement pour ?viter les surprises d?vastatrices.

Devant le vacuum ?vident, construit minutieusement par le gouvernement du premier ministre Ariel Henry, la question se pose : combien de temps cette ?quipe peut-elle encore rester nominalement au pouvoir ?

Le PM actuel, devant l’?chec de sa gouvernance, peut, de son plein gr?, changer certains ministres pour donner un nouveau souffle ? son attelage. Il peut aussi remettre au conseil des ministres sa d?mission.

Les ministres, entre eux et parmi eux, choisissent alors un nouveau chef de gouvernement.

Cette option est proche de ce qui se passe depuis le renvoi par la Chambre des d?put?s du premier ministre Jean-Henry C?ant.

Ariel Henry mis ? part, ? chaque fois, c’est un ministre qui est devenu premier ministre.

Le S?nat, ce qu’il en reste, peut aussi h?riter du pouvoir. Cependant, m?me si les s?nateurs sont les derniers ?lus de la R?publique, rien dans les lois actuelles ne permet ? un s?nateur de devenir pr?sident ou premier ministre, il faudrait que cette initiative ?mane du Core Group (derni?re autorit? de nomination d’un premier ministre) ou d’Ariel Henry lui-m?me.

Dans un autre cas de figure, des policiers ou des militaires peuvent faire un coup d’?tat.

Pour la PNH se serait une premi?re mais pour les Forces Arm?es d’Ha?ti se serait revenir ? d’anciennes pratiques qui n’ont pas port? chance ? l’institution militaire.

En parler un 30 septembre est d’ailleurs morbide. Le coup d’?tat sanglant du 30 septembre 1991 n’est pas un exploit dont nos g?n?raux et strat?ges peuvent s’enorgueillir.

Il y a aussi l’option du vrai coup de force. Les gangs peuvent prendre le pouvoir, soutenus par leurs alli?s politiques et les hommes d’argent qui les parrainent. ? chaque fois qu’il y a des tirs nourris au centre-ville, certains s’imaginent un chef de gang s’autoproclamant ma?tre du pays.

La derni?re fois que des membres de la soci?t? civile et du monde des affaires se sont mis ? genoux pour accueillir des bandes arm?es cela remonte ? 2004. On conna?t la suite.

Cela n’avait pas r?ussi aux protagonistes.

Si en 2004 le pouvoir avait fini entre les mains du pr?sident de la Cour de cassation, cette fois, la Constitution a chang?. Une telle prise de fonction n’est plus permise aux juges, d’ailleurs la Cour de cassation est devenue l’ombre d’elle-m?me.

Il n’y a pas de pr?sident ? la Cour et les juges comme la justice sont d?cri?s.

Le dernier pr?sident ?lu au second degr? comme le pr?voit la Constitution en vigueur a ?t? le s?nateur Jocelerme Privert.

Aujourd’hui il n’y a plus de Parlement pour r??diter l’exploit.

Les ?lections au second degr? et en petit comit? du pr?sident et du premier ministre de l’accord de Montana n’ont pas de force l?gale m?me si certains poussent pour leur donner chair. Sauf que, de l’?lection ? aujourd’hui, l’entente cordiale s’est effrit?e au sein du groupe dit de Montana, porteur de l’accord du m?me nom.

Aujourd’hui toutes les options de prise ou de transmission du pouvoir sont sans l?gitimit?, sans l?galit? et sans appui populaire.

Aucune solution de sortie de crise n’a l’adh?sion des groupes organis?s ou l’appui du peuple.

Reste un bricolage nouveau que seule la communaut? internationale peut sortir comme un lapin de son chapeau.

Aurons-nous dans les prochains jours un gouvernement ayant ? sa t?te Ariel Henry nouvelle version ou avec un autre politique ou un membre de la soci?t? civile ou un membre ?minent de la diaspora entour? de technocrates, hors des int?r?ts politiques connus, appuy? par une force militaire dont la nature reste ? d?terminer et assur? de recevoir les appuis financier, technique et strat?gique que le gouvernement Henry I et m?me l’administration Mo?se, avant, n’ont pas re?u ?

Dans les derni?res manifestations, certains Ha?tiens souhaitent la venue de soldats russes ou chinois, le retour d’une mission de paix ou celui des soldats am?ricains tout simplement.

Pour beaucoup d’Ha?tiens, pris ? la gorge par l’angoisse, la question n’est pas qui viendra ni pour faire quoi ou pendant combien de temps, mais quand ils viendront, tant la peur s’?tend.

Au contraire de cette option, on peut aussi continuer avec Ariel Henry ou toute autre gouvernement compos? de nationalistes convaincus que la PNH peut r?soudre les probl?mes de s?curit? et que la bonne gestion des finances publiques va permettre au pays de passer le cap d?sastreux.

Ce <> est un sentiment politique plus qu’une doctrine. Il anime tous ceux qui sont au pouvoir ou qui y aspirent et qui veulent ?tre libres de leurs initiatives.

Dans le pass?, cette posture nationaliste a souvent accouch? de lendemains plus compliqu?s.

?tait-ce ? cause des mauvaises personnes en charge ou de la faiblesse de la proposition pour un pays ?

La science politique ha?tienne n’a pas encore tranch?.

Sans boule de cristal, difficile de r?pondre ? la question de qui aura le pouvoir dans les prochains jours. Sans boule de cristal on peut cependant affirmer que la posture du gouvernement actuel, qui attend que le feu s’?teigne et que le lait refroidisse, expose le pays et les Ha?tiens ? toutes les aventures.

Sans boule de cristal on peut aussi affirmer que la communaut? internationale, apr?s mille erreurs et occup?e ? ses multiples affaires, ne va pas se presser de voler au secours d’Ha?ti pour de nouveaux projets incertains.

Ha?ti est dans le pi?ge parfait de l’impasse, en ce 30 septembre 2022. Le pays est dans l’ind?cision, le refus de choisir. Les Ha?tiens ne savent pas quoi faire de bon. Ce qui est la pire des situations.

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