Incertitudes economiques : Quelle posture pour les entreprises ?

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La Chambre franco-haitienne de commerce et d’industrie (CFHCI) a organise le jeudi 11 novembre une causerie-debat en ligne autour du theme <>. Un panel compose de Mme Kim Sassine, de M. Gerard Laborde et de M. Ralph Edmond, trois representants du milieu des affaires a debattu respectivement chacun en ce qui le concerne des problemes relevant de son secteur d’activite tout en proposant des solutions permettant de faire face a la crise avec des couts reduits.

D’entree de jeu, le president de la Chambre franco-haitienne de commerce et d’industrie (CFHCI), l’homme d’affaires Gregory Brandt, dans le souci de contextualiser cette assise, a mis en exergue le climat de haute tension qui caracterise le pays depuis un certain temps. Cette tension qui s’est accrue avec l’avenement de la Covid-19 est alimentee par deux sources principales : une source locale et une source internationale.

<>, a fait remarquer le president de la CFHCI, Gregory Brandt.

Quant a la source internationale, elle tient du fait qu’Haiti est un pays d’importation. La moindre crise internationale a des repercussions directes sur le pays. Ce que M. Brandt designe sous l’appellation de risque etranger. A titre d’exemple, il a mentionne la flambee des prix de l’energie et des produits agricoles qui ont augmente respectivement de de 16 et de 28% par rapport a la periode d’avant Covid-19. Selon l’homme d’affaires, la crise a impacte le secteur des affaires a plusieurs niveaux c’est-a-dire l’approvisionnement, la logistique, le risque financier et devalorisation du capital, la fuite des cerveaux, etc.

Poursuivant sur la meme lancee que le president du CFHCI, l’economiste Etzer Emile qui assurait le role de moderateur des debats a egalement souligne l’incertitude qui caracterise le contexte actuel. Il a d’abord mis l’emphase sur la premiere economie du monde les Etats-Unis qui fait face a un leger ralentissement. L’inflation americaine, a-t-il, a atteint un pic de 6% en juillet dernier. Sur le marche international aussi les prix sont a la hausse. La FAO a fait etat d’une hausse de 1,8% d’augmentation des produits alimentaire en un mois. Quant aux produits petroliers, ils ont connu une augmentation de prix de 80% en 12 mois.

Pour mieux evaluer la situation economique d’Haiti, Etzer Emile s’est refere a la croissance qui, selon lui, est l’expression de l’activite economique d’un pays. Avec trois annees consecutives de croissance negative Haiti est en pleine recession avec un PIB par habitant evalue 700 dollars. La crise du carburant telle qu’elle se presente actuellement est le dernier signe de la faillite de l’Etat. Cette crise a egalement provoque la faillite de plusieurs entreprises du secteur prive et des pertes d’emplois assez importantes. Sans oublier la contre-performance enregistree au niveau du Tresor public ou les recettes de l’Etat n’ont pas depasse 65% des previsions.

Les trois intervenants principaux de la matinee, qu’il s’agisse de Kim Sassine de DEMSA, de Gerard Laborde de la Digicel ou de Ralph Edmond de Farmatrix, ils sont tous unanimes a souligner dans leur expose, la faiblesse de l’Etat haitien face a la crise multiforme qui met a mal tous les secteurs d’activite du pays.

La crime maritime

Kim Sassine, directrice de vente chez DEMSA (Developpement Maritime S.A) est intervenue sur les obstacles de la chaine logistique mondiale depuis l’avenement de la covid-19. La fermeture des frontieres internationales occasionnees par le coronavirus, a constitue un obstacle tres important a l’evolution du commerce mondial et condamne plusieurs entreprises a la faillite. C’est fort de cela que Kim Sassine a souligne l’effet domino de la covid et de ses variants.

Il s’ensuit que l’offre mondiale a ete copieusement affaiblie alors que la demande n’a pas diminue. Le blocage du Canal de Suez du 23 au 28 mars 2021, par le navire <> entraine d’importantes repercussions economiques dans le monde. Ce canal qui relie la mer Rouge a la Mediterranee est un point de passage crucial pour le commerce international. Environ 10% du commerce mondial passe par ce canal. Cela a occasionne un embouteillage de bateaux en attente a Los Angeles.

D’autre part, la penurie de chauffeurs routiers en Europe et aux Etats-Unis rend difficile l’acheminement de containers. Ainsi, la crise maritime mondiale engendree en grande partie par les mesures barrieres contre la Covid-19 a eu des repercussions importantes sur le commerce mondial qui a fortement contracte. Les contraintes de la chaine d’approvisionnement et son cortege de rarete, d’inflation et de chomage ont franchi meme les frontieres haitiennes.

Qui pis est, ces retombees nefastes de la crise maritime semble partir pour s’inscrire dans la duree, a en croire la responsable de la DEMSA qui affirme que la baisse des prix sur le marche international n’est pas pour demain. Les perspectives d’une continuite de la tendance haussiere de l’inflation sont a considerer.

En guise d’alternative aux contraintes de la crise maritime et de ses corollaires, Kim Sassine conseille aux importateurs de se detourner des marches americains et chinois et viser les marches intra-Amerique latine et Caraibes. Ceci dans le but de diversifier les sources d’origine afin de diminuer les couts et la duree du transport.

Les investissements doivent etre proteges.

Le deuxieme intervenant est Gerard Laborde qui travaille au sein de la Digicel. Dans son intervention, il a mis l’accent sur la necessite de proteger les investissements dans le pays. Cependant l’Etat fait preuve d’une faiblesse accablante et ne dispose pas des moyens d’une telle politique. La preuve, la loi de l’Etat regissant la matiere date de 1977, une epoque ou la telephonie mobile n’etait qu’un reve.

Decrivant la situation d’impasse que traverse la Digicel, M. Laborde explique que depuis le debut des operations de la compagnie en Haiti, la Digicel avait plusieurs sites situes dans les zones rouges du pays. A un certain moment, quand il y avait des problemes, les techniciens pouvaient se deplacer a n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, rappelle-t-il.

Outre l’insecurite, de nombreux cas de vandalisme ont ete enregistres sur des sites. Ce qui a oblige la compagnie a deplacer 28 sites de leur place originelles. Suite aux nombreux cas de vol et de saccage constates sur les sites, les responsables de la Digicel se sont vu dans l’obligation de porter les cas susmentionnes devant les juridictions legales.

Les chiffres presentes par Gerard Laborde pour montrer la situation d’insecurite qui sevit dans le pays et ses effets nocifs sur l’investissement sont assez critiques. En effet, du mois de janvier au mois d’avril 2021, la compagnie a enregistre 400 coupures de cables de fibres optiques. Plus de 1000 cas de vols de carburant et d’equipements, etc.

En combinant le total des vols de carburant et d’equipements enregistres de janvier 2021 a aujourd’hui par la Digicel, cela donne un montant de 889 000 dollars americains. Le cout des coupures de cables pour la meme periode est evalue a 653 000 dollars. Quant au cout de l’insecurite et de la relocalisation des sites de la compagnie, il est evalue a 580 000 dollars. Soit une perte totale comptabilisee a 2 122 000 dollars americains.

Le responsable de la Digicel a egalement souligne le probleme d’interferences dans les bandes des 850Mhz et 900MHz provoquees par des medias (radio et TV). Ces interferences radio affectent actuellement les services de la Digicel dans la bande suscitee dans les zones de Port-de-Paix, des Gonaives, de St Marc, de Jacmel et l’aire metropolitaine de Port-au-Prince.

Ces prejudices graves subis par la compagnie ont des repercussions negatives sur le service offert a la clientele, explique Gerard Laborde, qui en depit de tout a fait valoir le desir de la compagnie de rester en Haiti et de continuer a investir.

<>, rassure-t-il, en invitant les politiques a se serrer la main sinon on va tous vers l’abime.

L’importance de la responsabilite sociale des entreprises

Pour sa part, le PDG de Farmatrix, M. Ralph Edmond dans sa prise de parole a mis en avant l’insecurite qui n’est pas un phenomene nouveau. Elle est plutot endemique en Haiti. Selon lui, l’insecurite a toujours prevalu en Haiti a certaines periodes bien distinctes comme au cours de la periode precedant l’occupation americaine de 1914 a 1930 ; la periode de 2004 a 2008 avec le depart du president Aristide et aussi de 2018 a nos jours.

Quelle posture pour notre entreprise en periode d’incertitude, s’interroge l’homme d’affaires ?

Contraire a d’autres analystes, Ralph Edmond croit que la vraie insecurite elle est sociale et humanitaire. Fort de cela, il accorde une importance primordiale a la Responsabilite sociale des entreprise (RSE), un concept assez recent qui, a cote de l’aspect purement economique et financier des entreprises, prend egalement en compte d’autres enjeux sociaux, environnementaux, ethiques, etc. relatifs a leurs activites.

La responsabilite sociale de l’entreprise se base sur 7 piliers qui sont la gouvernance de l’organisation, les droits de l’homme, les relations et conditions de travail, l’environnement, la loyaute des pratiques, les questions relatives aux consommateurs, les communautes et le developpement local.

La pratique de la RSE non seulement ameliore l’image de l’entreprise, mais aussi elle inspire la confiance des consommateurs, fidelise les salaries et stimule l’innovation, a en croire le gerant de Farmatrix. En effet, Ralph Edmond affirme que son adhesion infaillible a 5 des 7 piliers de la RSE a permis a son entreprise d’echapper au phenomene de la fuite des cerveaux pendant la grave crise d’insecurite et d’instabilite politique qui mine le pays depuis plus de trois ans.

En d’autres termes, pratiquer la responsabilite sociale est un moyen pour les entreprises de contribuer au developpement durable de leur communaute. Le PDG de Farmatrix en s’engageant dans la protection de l’environnement, dans les relatons et conditions de travail, dans la loyaute des pratiques, etc., participe activement a l’amelioration des conditions de vie dans la communaute.

Enfin, dans le souci de responsabiliser ses pairs dans leurs obligations face au fisc, Ralph Edmond a preconise : <>. Des mots qui ont eu une forte resonance parmi les parmi les participants aux debats et qui ont touche d’autres membres du panel notamment Mme Kim Sassine qui, a la fin des debats, a plaide pour une participation des entreprises au sein des chambres de commerce.

Cyprien L. Gary