Insecurite, Etat, culture populaire…

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Le lancement du programme <> et du documentaire realise par Jean-Claude Bourjolly, <>, s’est bien passe dans une conjoncture difficile. Le jour de la projection pour la presse, pratiquement sous nos yeux, a la sortie de l’evenement, une tentative de kidnapping. Ce n’est pas vivre quand mettre les pieds dehors c’est deja risquer sa vie.

Les questions des journalistes comme celles du grand public temoignent de deux choses : l’ignorance d’un certain nombre de pratiques culturelles qui sont pourtant des elements majeurs de notre patrimoine symbolique et l’interet que ces pratiques peuvent susciter une fois qu’on a pris connaissance de leur existence.

Quelque chose a change. Nous ne sommes plus au temps ou, sauf de rares exceptions, toute pratique culturelle d’origine populaire etait vue avec mepris. Aujourd’hui, l’exception semble plutot etre l’aliene ou l’assimile qui considere avec suspicion les pratiques culturelles populaires. Ceux qui ne veulent toujours pas considerer le creole comme une langue. Ceux qui ne voient dans les pratiques populaires que l’expression de <> et du <>. Il en est encore quelques-uns, helas.

Mais ce progres dans la perception ne resout pas le probleme de l’ignorance. Surtout il annonce l’ampleur d’un chemin a faire a l’envers : remplacer toutes les pratiques et structures d’exclusion par des pratiques et structures de reconnaissance et de valorisation. Sortir du paradigme de l’imitation, de cette culture du littoral au regard fixe sur l’ailleurs. Enfin se tourner vers soi, en considerant comme partie de soi et referent identitaire non exclusif les pratiques symboliques populaires. Defaire ce que l’Etat, les elites ou oligarchies ont fait.

On peut se demander s’il est urgent de parler de ces choses pendant qu’on tue impunement et qu’un pouvoir de facto qui ne porte ni sens ni promesse se pavane et se perpetue. Oui, c’est urgent. Car c’est aussi ce mepris du populaire qui nous a conduit a la situation sociopolitique actuelle. Des pouvoirs et des <> ont condamne une majorite de citoyens a un refoule qui a produit du ressentiment, a des inegalites sociales telles que ce pays n’a pas produit d’ethique transversale, et condamne les jeunes d’origine populaire grandissant en milieu urbain a etre coupes de leurs racines culturelles.

J’ai vu les reactions des jeunes d’origine populaire a l’idee de pouvoir apprendre enfin quelque chose qui leur appartient. J’ai vu aussi celle des maitres de l’Artibonite face a ce premier pas vers la reconnaissance qu’ils meritent. Il y a urgence. Ce n’est pas seulement pour l’etablissement d’un pouvoir legitime qu’il faut lutter. C’est aussi pour la transformation des conditions d’existence des masses qu’il faut lutter, et cela implique la valorisation de leurs pratiques culturelles. C’est encore pour un pays en paix avec ses pratiques culturelles, respectueux de lui-meme qu’il faut lutter.