Je me souviens de Marion L?andre comme un grand travailleur

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Impossible, depuis 1974, de ne pas convoquer les souvenirs de <> Coupe du Monde quand arrive une nouvelle ?dition. M?me si le football ha?tien ?tait splendide aujourd’hui, la marque laiss?e dans les esprits et dans les coeurs par les mondialistes ha?tiens de 1974 resterait encore ind?l?bile. Huit sont morts, dix vivent ? l’?tranger, quatre r?sident ? Port-au-Prince : Serge Ducoste, Guy Saint-Vil, Philippe Vorbe, Marion L?andre. J’ai une dette de reconnaissance envers eux tous. Pourquoi est-ce ? ce dernier que j’ai le plus pens? ? l’approche de cette Coupe du Monde ? Par le travail, Marion a surmont? des difficult?s qui ?teignent les ?mes ordinaires. Qui dit travail dit m?rite. Ainsi, je suis parmi une dizaine de personnalit?s du football qui avaient tr?s s?rieusement projet? de lui offrir ? Port-au-Prince un festin jubilaire ce 12 novembre ?coul?. Moment de fraternit? et de solidarit? interdits par les gangs. C’est m? par une d?sesp?rante id?e de compensation ? ce rat?, ? combien involontaire, que je tente de dresser ce portrait de Marion L?andre.

N? au Cap-Ha?tien le 9 mai 1945 au Cap-Ha?tien, l’enfant et adolescent Marion fut loin des scintillements des grands footballeurs capois, les Claude Nemorin, Joseph Obas, Rommel Pierrot, Claude Barth?lemy,Wilfrid Gervais <> et consorts . Donc, quand le 9 mai 1967, le dirigeant du Racing Andr? Josaphat, d’accord avec Auguste Robinson et Michel Jean-Joseph de l’ASC, vint le chercher, lui et Th?odore Jean-Baptiste <>, les fans du football capois voyaient partir un sympathique gar?on, n?anmoins simple rugueux d?fenseur. ? Port-au-Prince, Marion devint capitaine du Racing. ? la fin de sa carri?re, le 9 mai 1978, dans un stade Sylvio Cator en tenue de gala, son club lui organisera un jubil? de toute beaut?, avec le Violette en invit? de marque. Comme le Vieux Tigre le fera pour Philippe Vorbe neuf jours apr?s, avec le Racing comme invit? de marque.

Rien, pourtant, ne fut facile pour le bonhomme. Succ?der ? Andr? Auguste, le premier des fr?res Pelaw, pr?curseur en Ha?ti des arri?res lat?raux techniques, rapides et offensifs ?tait une gageure. En S?lection, Ren? Arg?lus <> de l’Aigle Noir, beaucoup moins brillant que son homologue Andr? Auguste, avait succ?d? ? celui-ci. A?n? largement trentenaire, avec Claudel Legros, de l’?quipe qui allait faire sensation ? San Salvador (0-3) le 28 septembre 1969, Gwo Ren? >> occupait fermement ce poste. Or la S?lection Nationale emplit les r?ves de Marion, de nuit comme de jour. Il avoue <>. En plus de Gwo Ren?, ind?boulonnable au poste d’arri?re droit, Wilfrid Louis du Don Bosco, petit par la taille et la corpulence, grand par la discipline, la pr?cocit? et le talent, lui barrait la route. Il a d?j? 26 ans quand Tassy ne l’emmena pas aux Jeux Panam?ricains de Cali, juillet 1971.

L’appel au Graal arrive le 13 novembre 1971 ? Port-au-Prince contre Nautico Recife du Br?sil, 1-1, penalty de Philippe Vorbe. Il encha?na par une titularisation aux ?liminatoires Concacaf des Jeux Olympiques de Munich ? Trinidad, une place qualificative sur six ?quipes. Alors que Ha?ti bouclera la comp?tition par une excellente 2e place, derri?re le Mexique, agr?ment?e des performances de Sanon et Bayonne, chacun 3 buts, et Vorbe ?lu MVP du tournoi, la poisse, Marion L?andre doit abandonner ses partenaires ? cause d’une fracture de la m?choire lors du second match contre le Honduras (3-1, Bayonne, Sanon, Tom Pouce).

Une fois gu?ri, sans ?tre titulaire, mis en lumi?re dans une pimpante formation du Racing qui survolera la Coupe Pradel de 1972, il est rappel? en S?lection. D’ailleurs, le 14 d?cembre 1972 ? Port-au-Prince, en match amical, il marquera un des trois buts contre Cura?ao, les deux autres ayant ?t? l’oeuvre de Manno Sanon. Ce ne fut qu’une ?claircie dans une mont?e des marches laborieuse. Beaucoup de sueur et de sang. Nager ? contre-courant pour une place au soleil. En effet, des circonstances diverses poussent Tassy ? convertir Pierre Bayonne en lat?ral droit. Concurrencer ce monstre, c’est d?fier un ?l?phant sur le terrain de la force. Et quand les indisponibilit?s cumul?es de Vorbe au milieu du terrain et Jean-Joseph en d?fense semblent lui ouvrir une place de titulaire au crucial premier match du Pr? Mondial, 1e d?cembre 1973 contre Cura?ao, une blessure ? l’aine handicape notre bon Marion. N?anmoins, <>. Aux yeux de Tassy, Bayonne ?tant indispensable au milieu du terrain en l’absence de Vorbe, ou en attaque ? c?t? de Sanon, le poste de lat?ral droit ?tait disponible pour la finesse technique de Wilfrid Louis du Don Bosco ou la pr?sence athl?tique de Marion L?andre du Racing. Les soins ? la cortisone de Docteur Rosarion ayant mis Marion en ?tat de jouer, Tassy le titularisa pour les trois matchs contre Guatemala, Honduras et Mexique.

Pour y arriver, il s’?tait fait juge de lui-m?me : travail en solo son amiti? avec le ballon. Son dribble est approximatif : il ?vite de porter le ballon, privil?gie toujours la passe, ? moins qu’il puisse utiliser le grand pont au fond du terrain pour centrer. Sa vitesse de course ?gale rarement celle de ses adversaires : il ne laisse pas d’espace dans son dos, il anticipe, adopte le recul-frein. Surtout, sa condition physique doit ?tre impeccable. Maniaque, il lui arrive en pleine nuit de se r?veiller en sursaut et travailler abdominaux, pectoraux et squats. Ses adversaires les plus redout?s ? Au d?but de sa carri?re ? Port-au-Prince, Manass? de l’Excelsior. Apr?s 1974, Gary Perrin du Victory et Jean Joseph Mathelier du Violette. Le vrai adversaire qui aurait pu faire passer Marion L?andre pour un charlot, il est Uruguayen et il s’appelle Ruben Corbo. Le 6 juin 1973, Ha?ti re?oit l’Uruguay au stade Sylvio Cator. Deux heures avant le match, l’entra?neur Tassy, pas psychologue pour un sou, effraie l’arri?re lat?ral droit du Racing en ces termes : <> Le d?fenseur perdit ses sens sur le coup. Durant toute la premi?re mi-temps, Corbo martyrisa Marion au point que le m?me Tassy – pr?parez votre ?clat de rires – lui cria du banc de touche : <> Et si la mi-temps, du reste tout le match, se termina 0-0, c’est gr?ce ? un Wilner Nazaire exceptionnel qui colmata toutes les br?ches de la d?fense ha?tienne. Dans ce registre, Marion cite volontiers l’ailier gauche am?ricain Mark Liveric du Cosmos qu’il a affront? en ?t? 1975 dans les rangs du Victory qui l’avait appel? en renfort ? l’occasion de son Tournoi International 30e Anniversaire r?unissant, en plus du Victory lui-m?me, New-York Cosmos, Miami Toros et Violette.

Pour qui sait analyser, cet ?pisode de la carri?re de Marion L?andre prend le sens d’un accomplissement absolu. Bien s?r, si le Violette n’?tait pas invit? ? la comp?tition, on peut parier que Franck Civil aurait sollicit? les services de Pierre Bayonne pour pallier la faiblesse du flanc droit de sa d?fense. Qu’importe, dans un tournoi de si haut niveau, trouver gr?ce aux exigences techniques l?gendaires de l’entra?neur Franck Civil, c’est obtenir un dipl?me universitaire summa cum laude. Franck a d? aussi mettre sur la balance la discipline du joueur, son exp?rience et sa rectitude. En 16 ans de carri?re, en ?tant d?fenseur rugueux, pas un seul carton rouge. Ce profil apparierait bien au m?tier d’entra?neur. Mario le devint par une formation au Mexique et divers stages de la Fifa ou du Comit? Olympique, jusqu’? avoir ?t? dipl?m? de la Fifa comme Formateur de Formateurs en entra?nement de football. S’il a eu plusieurs piges comme adjoint de Piontek et Tassy en S?lection et entra?n? le Racing, le Don Bosco, All Cap, Carioca, c’est son Bacardi de 1979-1981qui demeure son master class. Il ?tait alors un showman hors pair, gagnant ses matchs avec panache et retenant ses joueurs pour un retour au calme actif d?s le coup de sifflet final, appliquant ainsi ? la lettre l’une de ses nombreuses formules : <>.

Ayant fait tout cela et trouver les dispositions mentales et ?motionnelles pour savoir aimer Rose-Mary Henry, se marier avec elle, le tout Port-au-Prince pour t?moin et voir dans les yeux de trois enfants, Mario, Mo?se, Myriam, r?fl?chir l’image d’une famille unie, c’est faire honneur ? ses m?tiers de joueur et entra?neur de football et se proposer comme incarnation du travail qui paie.

Patrice Dumont

Novembre 2022

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