Kai, mon passeport et mes 34 ans !

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M fin granmoun ! Non, attendez, je suis serieuse ! C’est un constat assez melancolique, en fait. Riez autant que vous voulez, mais rien ne me fait plus de peine que de realiser la <> tranquille de ma jeunesse et de mon energie. Moi qui enchainais les nuits blanches arrosees, qui sautais entre les avions et les trains pour couvrir les festivals, les bals ; moi qui suivais les groupes musicaux pour Ticket de villes en villes, de pays en pays… Franchement ! Je pousse un soupir emu en sirotant cette tasse de cafe qui balaie ma fatigue, en me disant : <>

Pff ! Merci a Richard Cave et son groupe Kai de m’avoir fait comprendre que je ne devais plus forcer la dose. Apres avoir suivi le groupe deux petites nuits entre Boston et Orlando aux Etats-Unis, j’ai dormi 18 heures d’affilee. Oui, 18 heures ! J’en suis encore choquee. Et alors que je me retournais sur mon oreiller, les muscles endoloris et la tete lourde de decibels, les musiciens ayant a peine atterri sur le sol de New York, mettaient deja le feu a Amazura Night Club. A kisa yo fet ? Ki mote ki sou yo ? Un seul mot : chapeau !

Apres la dissolution de Carimi en 2016, dont je ne me suis toujours pas remise d’ailleurs, meme apres une longue conversation avec Richard Cave vendredi soir, j’avais une dent (je l’ai encore… un peu… ok ok, pas vraiment) contre les trois messieurs. Je ne pouvais pas apprecier a leur juste valeur les groupes Kai et Vayb. Mais si la bande a Mickael Guirand a eu un succes assez rapide avec son premier album, le groupe de Richard, malgre deux gros hits immediats (malade et Kanse), a un peu traine pour arriver au-devant de l’echiquier musical. Aujourd’hui, avec un disque tres apprecie paru en 2021, des chansons avec de gros potentiels et des collaborations applaudies, enfin Kai est sur toutes les levres. Sans compter que le keyboardiste timide et reserve que le public a connu en la personne de Richard Cave n’est plus. Alors la, pas du tout ! La petite chenille est devenue un gros papillon, confiant, heureux et totalement maitre de son jeu. Un joyeux constat pour moi qui cotoie l’artiste depuis plus de quinze ans. La fan a ete tres vite conquise et la journaliste vraiment tres surprise de decouvrir ce nouvel aspect.

Les femmes qui ont toujours raffole de ses yeux gris vert et de sa gentillesse en profitent donc pour s’arracher le band leader. J’avoue qu’a plusieurs reprises je me suis retenue de taper sur les mains baladeuses de jeunes filles (la maman en moi ? A bon entendeur Audrey ! ) qui ne se privaient pas de toucher partout le chanteur qui, lui, adore se faire aguicheur. C’est aussi la que j’ai compris que je devenais une ti granmoun. Ou kwe m te konsa devan djaz yo ? Medam yo san pitye. Elles prennent avec appetit ce qu’elles veulent. Je n’ai pas croise beaucoup d’hommes devant Kai. Yo te la, mais ils sont sagement restes a l’arriere, aux aguets. Apres tout, ils savent que meme apres trois heures de cris, de gestes, de sourires, de clins d’oeil aux artistes, elles rentreront la plupart du temps bredouille. Ils seront donc la a ce moment pour les consoler. Et puis, les filles, faute de Richard, un Jhonny ou un Jude fera l’affaire. Apres avoir vu de mes yeux les exploits des <>, j’ai compris que si une soiree n’a pas de tables et de chaises, elle n’est pas faite pour moi. Voila.

Pendant ce temps-la, entre mes vols, je perds aussi mon passeport. En vingt ans de voyages, de monte desann dans tous les recoins du monde, c’est une premiere dans ma vie de globe-trotteuse, et cela m’a beaucoup atteinte. Mais bon, ainsi va la vie. Si j’ai appris au moins une chose avec l’age, c’est qu’on a toujours le choix. Je pouvais m’apitoyer sur mon sort autant que je voulais, mais je n’allais pas miraculeusement retrouver mon passeport. J’ai choisi donc de secouer mon amertume et de profiter au maximum que je pouvais de ce sejour impromptu. Et meme si je pouvais voyager entre les Etats avec mon permis de conduire haitien, cela ne voulait quand meme pas dire que j’allais repartir avec Kai dans d’autres soirees folles. Oh, que non ! Zo granmoun pa pran.

Si le compas de Kai rappelle un peu celui de Carimi, la bande s’est cree une vraie identite. Pas le <> de certains groupes, pas le <> de certains autres, mais un compas dous, pwop, avec beaucoup de groove, qui fait le bonheur des fans. Le groupe est une sorte de famille heureuse menee par un maestro T-Klod papa poule qui veille apres chacun de ses coequipiers, sans oublier un Fito infatigable, imperturbable, discipline qui fait bien marcher l’equipe avec son eternel calme. Aussi, ces derniers jours, j’ai eu le plaisir de cotoyer un Richard Cave enfin complet, sans stress, heureux et totalement a sa place; fier de son album <> que le public connait deja par coeur. <>, avoue le chanteur les yeux brillants.

En attendant de revoir Kai sur scene en Haiti, quand/si le climat securitaire le permet un jour, gavez-vous de l’album sur les plateformes d’ecoute de musique en ligne. Ou partez les voir dans un autre pays si vous le pouvez… Mais faites attention a votre passeport !