Kesner Pharel: la crise politique menace la survie des petites entreprises

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Que retenez-vous du Sommet international de la finance de cette ann?e?

Nous avons ainsi choisi la formule hybride puisque les 10e et 11e ?ditions ont ?t? tr?s suivies par des milliers d’internautes en Ha?ti et dans quelque dix autres pays. La reprise dans un h?tel de la capitale a ?t? r?alis?e sur invitation et on avait fait le choix des ?tudiants universitaires qui ont r?pondu ? l’appel.

Pour cette 12e ?dition, nous avons maintenu les deux plateformes mises en place au cours de l’?dition pr?c?dente, ce qui a permis d’avoir plus de panels au cours des trois journ?es. Quelque 40 panels avec plus de 70 intervenants, dont une trentaine de femmes. Des intervenants dans au moins 4 pays et des milliers d’internautes dans pr?s de dix pays. L’internationalisation de l’?v?nement nous oblige ? ?tablir une machine bien huil?e compos?e de plusieurs firmes locales (fastforward, chokarella,…) pour offrir un service de qualit? mondiale.

Quelles pr?sentations vous ont marqu? ?

Il serait plus facile de r?pondre <>. Mais il y en a qui ont ?t? particuli?rement cr?atives comme celles sur les PME et l’?ducation sup?rieure, les PME et l’industrie sportive, les PME et la commande publique, les PME et fiscalit? incitative, les d?fis et contraintes des PME exportatrices ?voluant dans le milieu rural ha?tien, le mod?le de Junior Stock Exchange ? la Jama?que, pour ne citer que celles-l?.

Cette ann?e, on a facilit? la participation des <>, des interm?diaires importants dans l’?conomie locale, qui ont fait bonne impression au cours de ce Sommet.

Nous sommes ?galement honor?s d’avoir des interventions de deux principaux responsables de l’?conomie ha?tienne : le ministre de l’Economie et des Finances et le gouverneur de la banque centrale prenant des engagements concernant la th?matique choisie : Financer les micro, petites et moyennes entreprises. Ils ont eu ? faire des annonces importantes apr?s leur r?cente participation aux r?unions de printemps de la Banque mondiale et du FMI.

Le Sommet portait sur les MPME, qu’est-ce qui a ?t? dit d’essentiel sur ce type d’entreprise en Ha?ti ?

Le panel d’ouverture a ?t? anim? par deux experts de la Banque mondiale, Amadou Dem et Anouk Pechevy, qui ont fait une analyse comparative de l’importance des PMEs dans diff?rents niveaux de pays. Dans les pays riches, 40% des emplois sont cr??s par les PME contre plus de 50% pour les pays ?mergents ; et pour les pays ? faibles revenus, plus de 60%. L’?tude de la Banque mondiale explique qu’en raison de la faible productivit?, les salaires des employ?s dans les MPME sont faibles et ne leur permettent pas de sortir de la pauvret?, ce qui devrait ?tre l’objectif final. Ces entreprises fonctionnent de fa?on informelle et ne b?n?ficient pas ainsi du support de l’Etat lorsque ce dernier est disponible.

On a discut? ?galement de la n?cessit? d’impliquer les MPME dans la commande publique pour qu’elles puissent b?n?ficier d’opportunit?s du budget national et du budget municipal. Ceci demande un certain regroupement des propri?taires de ces organisations pour influencer les d?cisions politiques et d?fendre leurs int?r?ts. Les <> pr?sentes au cours des trois journ?es ont eu la possibilit? de discuter avec le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque de la R?publique d’Ha?ti (BRH) pour pr?senter leurs points de vue.

Les principales autorit?s fiscales et mon?taires ont reconnu l’importance des MPME et ont rappel? des mesures en cours et annonc? de nouvelles mesures pour supporter cette cat?gorie d’entreprises.

A-t-on propos? des id?es nouvelles ou de nouvelles strat?gies pour permettre aux MPME de r?sister aux chocs du milieu ha?tien, voire de grandir dans ce contexte de crise multiforme ?

Le difficile environnement des affaires dans lequel les MPME ?voluent en Ha?ti pose de s?rieux probl?mes pour les responsables. Ils peuvent ?tre consid?r?s comme de v?ritables h?ros au cours des quatre derni?res ann?es, particuli?rement ceux dans la grande r?gion m?ridionale du pays. Il y a une forte d?capitalisation de certains entrepreneurs du pays. D’ailleurs beaucoup d’entre eux ont d? fermer leurs portes.

Nous avons utilis? un document r?alis? pour le pays en 2016 par Michael Porter, le c?l?bre professeur de Harvard University, expliquant l’importance de l’environnement des affaires pour faciliter la productivit? et la comp?titivit? ; deux facteurs fondamentaux pour que les MPME puissent am?liorer leurs chiffres d’affaires et assurer un meilleur contr?le des co?ts de production.

La crise politique qui n’arrive pas ? trouver une solution d?finitive de la part des diff?rents protagonistes alimente de plus en plus des risques pour les MPME, mena?ant leur survie. L’?tude de la Banque mondiale pr?sent?e au cours de l’?v?nement a r?v?l? que les MPME ont une dur?e de vie assez courte, environ cinq ans.

Nous avons encourag? aussi l’adoption de l’important concept de <> qui encourage le renforcement des liens entre les diff?rentes cat?gories d’entreprises dans une industrie comme l’agriculture. Ce concept devrait inciter les acteurs les plus importants dans une industrie ? travailler avec les entreprises petites et moyennes pour cr?er de la valeur ajout?e (la richesse) et favoriser un partage ?quitable de cette richesse entre les multiples partenaires.

Un autre point important discut? dans le Sommet est l’importance du <> aux MPME, ? savoir un appui pour renforcer la gouvernance de ces entreprises. On a parl? de l’environnement des affaires qui pose probl?me pour les MPME en Ha?ti. C’est une condition n?cessaire mais pas suffisante. Les leaders des MPME en Ha?ti doivent comprendre que le <> est une science et il doit ?tre int?gr? dans leur organisation pour qu’ils puissent g?n?rer des profits indispensables pour leur survie. Un regroupement de ces entreprises pourrait leur faciliter l’acquisition de services essentiels de support ? des co?ts moindres.

Que repr?sentent les MPME dans l’?conomie ha?tienne d’aujourd’hui ?

Les MPME sont loin d’?tre n?gligeables dans l’?conomie ha?tienne. Elles affichent les m?mes caract?ristiques que celles des pays ? faibles revenus qui cr?ent la majorit? des emplois (plus de 60%), mais qui ne sont pas bien r?mun?r?s. Il faut mettre le focus sur l’aspect qualitatif car la finalit?, c’est la qualit? de vie de la population. D’o? la n?cessit? de se concentrer sur d’autres facteurs comme l’?ducation, la sant?, les infrastructures, le march? du travail. Des politiques publiques doivent ?tre ?tablies, harmonis?es et appliqu?es. Les relations intersectorielles dans les fili?res et industries et des partenariats priv?-public doivent ?tre renforc?es pour que la richesse cr??e dans les diff?rents maillons de la cha?ne de valeur soit partag?e de fa?on plus ?quitable.

A partir du Sommet (interventions et d?bats), comment voyez-vous les perspectives pour les acteurs ?

Il reste beaucoup ? faire. D’abord, une solution ? la crise politique qui entrave l’?volution des MPMEs dont plusieurs propri?taires ont perdu leur capital et ont d? fermer les portes. On n’arrive pas ? maintenir la faible quantit? d’emplois cr??s dans l’?conomie ha?tienne, comme l’a soulign? le gouverneur de la BRH. Pendant que les pays les plus avanc?s ont pu apporter leur soutien ? cette cat?gorie d’entreprises, ceci n’a pas ?t? le cas des pays comme Ha?ti d?gradant ainsi la sant? financi?re de ces entreprises et affectant en outre celle de certains interm?diaires financiers.

Au niveau interne, les leaders des MPMEs devront prendre conscience de leurs faiblesses et identifier les mesures correctives pouvant contribuer ? l’am?lioration de leur performance.

Une caisse populaire a ?t? honor?e, SUCCES, comment voyez-vous la connexion entre le secteur corporatif et le reste de l’?conomie ?

Nous avons entam? cet exercice depuis quatre ans. La reprise de ce secteur par la Banque de la R?publique d’Ha?ti (BRH) apr?s la crise connue au d?but des ann?es 2000 a donn? lieu ? des r?sultats tr?s positifs. En effet, l’?tablissement de la loi du 26 juin 2002 sur les coop?ratives d’?pargne et de cr?dit a conduit les autorit?s mon?taires ? mettre en place au sein de la banque centrale une unit? sp?cialis?e pour assurer la supervision des CEC avec la m?me rigueur que les banques commerciales.

Les gagnants de ce prix annuel des coop?ratives d’?pargne et de cr?dit au niveau du Sommet sont : Caisse Populaire COOPECLAS de Lascahobas dans le Plateau central en 2017 ; Caisse Populaire Sainte-Anne de Camp-Perrin (CAPOSAC) dans le d?partement du Sud en 2018 ; K?s Popil? Espwa Gwo M?n (KPEGM) en 2019 et Caisse Populaire SUCCES dans le d?partement du Sud-Est en 2022.

Le Sommet ne s’accompagne pas d’annonce, les entreprises ha?tiennes et le secteur public se font plut?t discrets pendant le Sommet. Comptez-vous les inciter ? utiliser la plateforme pour annoncer des initiatives, des projets, des r?sultats d’?tudes ou d’enqu?tes ?

On ne fait pas de grandes annonces en g?n?ral apr?s le Sommet. C’est un espace de r?flexions qui devrait int?resser autant le monde acad?mique que celui des affaires. Mais l’absence de cr?ativit? et d’innovation des uns et le manque d’int?r?t des autres pour ne pas parler de conservatisme expliquent leur discr?tion dans leur engagement au niveau du Sommet. Nous maintiendrons notre travail d’encourager des d?bats ?conomiques et financiers au plus haut niveau pour placer le pays sur la voie du d?veloppement. Nous ne pouvons pas les forcer ? agir et ? jouer le r?le de leadership n?cessaire pour faciliter la croissance indispensable en vue d’am?liorer les conditions de vie de la population.

Quels bilans pour 2022 et que visez-vous d?j? pour 2023 ? Le panth?on de la finance est en veilleuse, pourquoi et qu’en sera-t-il l’ann?e prochaine ?

Nous n’avons pas intronis? de nouveaux membres au cours des trois derni?res ?ditions du Sommet au niveau de la Galerie d’Honneur de la Finance d’Ha?ti suite ? l’?mergence de la crise sanitaire en 2020. On compte le faire au cours de la prochaine ?dition. Je profite de l’occasion pour rappeler les membres de la Galerie : Guito Toussaint et Carl F. Braun (2011), Gladys Coupet et Henri Bazin (2012), Joseph Paillant et Pierre Marie Boisson (2013), Mireille M?rov? Pierre, Charles Clermont et Lhermite Fran?ois (2014), Adrien Castra, Jean Philippe Prosper et Jean-Marie Claude Pierre-Louis (2015), Marie Carmelle Jean-Marie et Bonivert Claude (2016), Maxime D. Charles (2017), Robert Paret (2018) et Charles Castel (2019).

Nous avons aussi pens? ? honorer depuis 2016 des jeunes femmes de moins de quarante ans ?voluant dans le secteur financier qui repr?sentent des leaders ?mergents. Celles qui ont ?t? choisies : Mica Pierre Bruno (2016), Fabienne Rimpel (2017), Shella Ludia Fleurantin (2018) et Willyne Myrthil Silias (2019).

Propos recueillis par Frantz Duval