Kidnapping: Qu’est-ce qu’on fait ?

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Les kidnappeurs continuent d’ecumer nos rues. Mardi, une tentative d’enlevement a vire au drame. Jacques Faubert Etienne, cadre de la BRH, a ete crible de balles en essayant d’echapper aux griffes de ses ravisseurs a la rue Chareron. En decembre dernier, M Etienne, pere d’enfants en bas-age, avait pu s’echapper d’une premiere tentative de kidnapping. Sur les reseaux sociaux, les photos de la victime ont ete partagees, des temoignages et hommage emus aussi.

Pour certains, Jacques Faubert Etienne aurait pu, aurait du partir, quitter le pays comme tant d’autres. Il devait fuir. En Republique dominicaine, aux USA, au Canada… ou dans d’autres pays ou l’Etat existe, ou l’Etat de droit n’est pas une fiction, ou le bien-etre est un objectif aprement poursuivi.

Pour un pays qui compte peu de cerveaux, perdre un jeune professionnel de ce calibre est un coup dur.

Si juger ceux qui partent serait contre-productif, il faut cependant interpeller ceux qui restent, par obligation, par choix.

Alors qu’est-ce qu’on fait ?

Faut-il continuer a subir tous les assauts des kidnappeurs sans reagir, sans agir ?

Pour le moment, les lignes ne bougent pas. Le gouvernement n’investit pas dans les moyens a donner a la PNH. Le pays attend que les donateurs traditionnels de la PNH mettent la main a la poche.

Le rendez-vous du grand sommet sur la securite n’est pas convoque. S’il y a un groupe de travail sur l’insecurite, il est devenu discret.

Aucune universite, publique ou privee, aucun think thank n’a pris l’initiative de proposer, de porter le debat dans les communautes. Le secteur prive casque. Des entreprises ferment dans les zones controlees par les gangs. Les contrebandiers, de vrais sangsues -et pas que- paient pour leur securite. Les fournisseurs de services se trouvent dans les rangs des forces publiques et des gangs aussi. Les <> qui tirent profit de l’insecurite.

Que faire passe aussi par l’identification et a la deconstruction d’un discours pernicieux de normalisation du kidnapping, des kidnappeurs. Par ignorance ou de maniere interessee, il y a une victimisation des auteurs des kidnappings.

Il existe aussi cet encouragement explicite a negocier avec les gangs, avec les ravisseurs, comme si c’etait une fatalite. Ensuite vient l’apologie a peine voilee des kidnappeurs, l’acceptation de son statut, une consolidation de sa representation, une etape importante dans la normalisation des criminels et du phenomene. Dans les quartiers ou des victimes sont sequestrees, des membres de la population ont fini par developper leur propre systeme de valeur. Ils voient la personne sequestree comme de la <>, un objet a echanger. Il y a des temoignages de personnes sequestrees qui decrivent des fetes, la jouissance du quartier quand on amene une victime. C’est parfois le quartier qui aide a surveiller la victime. Il y a une interaction avec un ecosysteme qui permet de blanchir l’argent du kidnapping.

Pour perpetuer le statu quo, s’assurer de la superpuissance de cette infrastructure politico-criminelle, les elements de cet ecosysteme, interdependants, feront front commun lors des prochaines elections. L’argent de la drogue, de la contrebande, l’argent des rancons, les fonds publics detournes pourront se retrouver dans un <> pour faire elire des criminels.

Face a la conquete methodique et efficace des mafieux, il n’y a pas encore une alternative. Forte. Puissante. Pourquoi la frange saine des societes des affaires, politiques et de la societe civile est incapable de construire un autre discours sur Haiti, de constituer la masse critique, la masse populaire, levier important, pour inventer un autre avenir ?

Par rapport a cette incapacite, les perspectives sont connues. Le pire. L’aggravation du climat de securite. Il est aussi possible qu’emerge un discours vantant un homme fort, avec des relents d’exaltation de la dictature. En dernier ressort, il peut y avoir ce sursaut pour construire un avenir autre. Pour faire communaute face a nos maux, dont le kidnapping.