La defaite de la justice haitienne semble etre permanente

The content originally appeared on: Le Nouvelliste

Decidement, rien ne va plus pour la justice haitienne. Les acteurs, a tort ou a raison, trouvent toujours une raison pour mettre sur pause le systeme judiciaire. Maintenant, ce sont les greffiers qui sont en greve illimitee. Les grevistes exigent, entre autres, l’adoption du statut des greffiers et l’augmentation graduelle de leur salaire.

Comme si la justice etait un service optionnel chez nous, presque une semaine apres le lancement de la greve, le pays vit sa vie. Les autorites chargees de faire fonctionner la justice sont tranquilles a leur poste. On les comprend dans la mesure ou la paralysie de la justice a cause de la greve des greffiers n’est pas une nouvelle. La Cour de cassation n’est-elle pas dysfonctionnelle depuis tantot deux ans ? La justice ne survit-elle pas en depit du fonctionnement aleatoire du palais de justice de Port-au-Prince au Bicentenaire a cause de l’insecurite ?

Si la justice survit aux arrets de travail repetes de ses membres, aux scandales de toutes sortes et au manque criant de moyens, elle peine cependant a remplir sa mission. La plupart de nos drames ne sont-ils pas lies au dysfonctionnement de la justice ? L’insecurite, la corruption, l’instabilite politique, l’insecurite fonciere… ont sans aucun doute leurs racines dans cette justice vassalisee par les autres pouvoirs de l’Etat.

Nos autorites politiques d’hier et d’aujourd’hui, avec la complicite de certains acteurs du systeme judiciaire, ont reussi a faire de la justice haitienne ce qu’elle est aujourd’hui. Cette justice qui n’arrive pas a faire la lumiere sur l’assassinat odieux d’un batonnier. A mesure que les jours passent, l’espoir de rendre justice a Me Monferrier Dorval s’amenuise. Le dossier du president Jovenel Moise n’est pas mieux loti. Plus de neuf mois apres cet assassinat, on dirait que le dossier est dans l’impasse, voire a la case depart. Alors que le pays attend que la justice fasse la lumiere sur ce dossier, les acteurs du systeme judiciaire a Port-au-Prince exhortent les autorites politiques de deplacer le palais de justice du Bicentenaire a cause de l’insecurite.

Dans la conjoncture actuelle, marquee par la multiplication des cas de kidnapping contre rancon, et le controle de certains quartiers par des gangs, tous les yeux sont rives sur la police pour qu’elle reprenne le controle de la situation. On oublie cependant si la justice doit etre le socle de l’Etat de droit qu’on reclame a tout bout de champ.

Rien ne montre que les autorites haitiennes comprennent encore la necessite de donner a la justice les moyens de faire son travail dans l’interet de tous. Ce nouveau mot d’ordre de greve des greffiers est la preuve que la justice est loin de sortir de l’auberge. Le dicton qui dit que la defaite de la justice est provisoire ne semble pas etre valable dans le cas de la justice haitienne. Celle-ci est trop longtemps dos au mur.