La f?te des morts au cimeti?re de Port-au-Prince en temps de peyi l?k

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Mardi 1er novembre 2022, jour des morts. Il est une heure de l’apr?s-midi quand on emprunte dans un autobus la route de Martissant menant au centre-ville de Port-au-Prince. Comme l’an dernier, ? pareille ?poque, le tableau que pr?sente cette zone est sombre. Le chaos. C’est comme si on prenait le couloir de la mort pour aller se recueillir aux pieds des morts, au grand cimeti?re de Port-au -Prince. Dans ce quartier vid? de ses habitants, on observe des maisons d?truites, incendi?es et abandonn?es. A la porti?re d’un camion, au march? Lajoie, gise le sang. L’asphalte est d?fonc?. D?tritus, immondices, herbes folles jonchent la route.

Sur cette route o? la vie ne respire plus, les passagers ont la peur au ventre; le danger est imminent. L’autobus roule lentement mais s?rement. On peut entendre des d?tonations d’armes automatiques, des rafales. Dans l’autobus, r?gne un silence de cimeti?re. Sur le trajet, on pouvait observer des jeunes gens bien arm?s. Mitrailleuse en bandouli?re, cigarette en main, ils soutirent de l’argent aux chauffeurs, en ?change du droit de passage. Le jour des morts est pareil aux autres jours dans cette zone.

Au cimeti?re de Port-au-Prince, comme ? l’accoutum?e, les morts s’offrent aux visiteurs. A l’entr?e, un stand est dress? pour l’occasion. Sur le stand, tournent en boucle des tubes vodous, rab?day, rap krey?l. Beaucoup de gens se massent devant le stand. Vodouisants, adeptes, f?tards et simples curieux dansent, boivent du tafia et fument. C’est le jour des morts. Des marchands exposent leurs diff?rents produits. Bougies, clairin, allumettes, poudre, fritures, boissons gazeuses, pour ne citer que ceux-l?, se conjuguent au rythme de la musique.

A l’int?rieur du cimeti?re, des gens vont et viennent. V?tus de blanc, noir ou toute autre couleur, ils investissent la demeure des morts. On peut observer certaines femmes portant fi?rement leur robe blanche, des hommes, eux, tout de noir vetus, chapeau noir, foulard violet au cou. Ils se mettent dans la peau de <>. Malgr? le contexte socio-politique chaotique, ils ont fait le d?placement pour venir saluer la m?moire de leurs proches disparus. Pour c?l?brer la f?te des Morts, ils se sont donn?s rendez-vous ? cette adresse mortuaire.

Journ?e de d?votion

C’est tout un rituel, en ce jour sp?cial. Bougie en main, ils jettent du clairin par terre. Ils se parlent et parlent aux invisibles. <>. Ils chantent et tombent en transe. D’autres d?posent des gerbes sur des caveaux ou r?parent une tombe. La plupart viennent remercier les esprits; d’autres viennent formuler des requ?tes aux morts. <>, adresse une jeune femme ? l’image esprit Grann Brigitte.

A la croix symbolisant Bawon Lakwa, ? l’est du cimeti?re, comme tous les ans, il y a un embouteillage monstre. Les gens se bousculent pour ?tre ? ses pieds. C’est la principale attraction des participants. Certains viennent remercier Bawon pour un bien qu’il a fait. On l’asperge de clairin et offre de la nourriture. Banane, pois, du riz, ignames, tyaka, cassave, pain, caf? logent l’espace. D’autres allument des bougies, fument une cigarette et lui adressent des pri?res. Dans un cuir, on pouvait constater des billets de 100 gourdes et de 500 gourdes offerts ? cet esprit consid?r? comme le ma?tre des lieux. <>, observe une femme frisant la cinquantaine.

L’ambiance est folle

Outre la d?votion des vodouisants, l’ambiance est aussi de la partie. Sous l’arbre mapou, commun?ment appel? <>, non loin de l’?glise <>, des f?tards se d?foulent ? coeur joie. Sur le site Mapiang, lieu de d?votion, des tambourineurs animent l’espace pendant toute la journ?e. Les airs vodous fusent. En fin d’apr?s-midi, la bande M?lodie Rara a d?fil? dans le cimeti?re. Le temps d’un apr?s-midi, les gens ont oubli? leurs angoisses.

La f?te des morts au cimeti?re de Port-au-Prince, un acte de r?sistance

Pr?sent ? l’occasion au cimeti?re de Port-au-Prince , le po?te Ricardo Boucher voit en cette manifestation un bon signe. Il dit assimiler l’affluence des gens au cimeti?re comme un acte de r?sistance. <>, a d?clar? le performeur, exhortant les Ha?tiens ? ne pas laisser p?rir cette tradition comme tendent ? dispara?tre d’autres choses dans le pays.

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