La haine du peuple

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C’est l’aboutissement d’une gestion dingue, marqu?e par le d?shonneur et la corruption : tous gouvernements confondus, provisoires et ?lus, militaires et civils, lavalassiens et T?t Kale. ?a continue, ?a continue ! La situation est devenue aujourd’hui totalement impr?visible. Ce qui m’inqui?te aujourd’hui c’est le sentiment qu’il n’y a plus rien d’important, sauf le droit de dire qu’il n’y a plus d’espoir pour le peuple, je fais r?f?rence au plus grand nombre, ? la grande masse des d?sh?rit?s. Ce qui est proprement choquant, c’est que les malheurs, le droit de pleurer, de r?ler, de manifester, soient devenus notre seule conqu?te collective. Impossible donc de parler de transparence. Justifi?e en tous points, la fronde anti-?lites dirigeantes et ?conomiques semble s’?tre accrue en m?me temps qu’elle est devenue amplement confuse et disparate.

L’image t?l?vis?e d’un autre temps, la langue de bois, le verbiage lavalassien / aristidien et l’image contest?e de vieil apparatchik sombre, raide, mena?ant, fig?, lift? et botox? de cette classe politique discr?dit?e – qui, pour plusieurs g?n?rations, remettent en m?moire ces visages controvers?s de l’agitation et de la confrontation, ceux des Namphy, des Manigat, des Avril, des C?dras, des Bazin, des Aristide, des Pr?val, des Martelly et des Mo?se – fait un contraste saisissant avec la modernit?, la jeunesse, l’?thique, la force de conviction et le discours travaill? mais direct et efficace de <> et hommes de m?dias comme Roro Pharel, Bob C, Jerry Tardieu, Clarens Renois ou Etzer Emile qui, eux, font totalement partie de ce XXIe si?cle aussi malheureux que le pr?c?dent, r?seaux sociaux et sitcom compris. L’?puisement du syst?me politique ha?tien ainsi que son absence criante de r?sultats pour les couches pauvres ajoutent au d?senchantement g?n?ral, alors que s’accro?t le m?pris de classe envers des personnes, des jeunes en particulier, qui se tournent vers l’ext?rieur (Br?sil, Chili, Mexique, Etats-Unis, Canada) parce que leur avenir est foutu ici-bas.

En quoi le discours politique a-t-il chang? depuis belle lurette ? Il n’a pas fondamentalement chang?, sauf dans les th?matiques. On a des th?mes ?conomiques qui sont apparus notamment avec ces quatre ardents promoteurs du renouveau qui ont inscrit dans le d?bat des termes qui n’y ?taient pas auparavant. Je pense au d?calage insupportable entre le peuple et les ?lus qui a fait de notre soci?t? un volcan pr?t ? exploser. Si ces formules et th?matiques sont nouvelles, je ne pense pas qu’on puisse dire que la parole r?formiste se soit assez diffus?e. Pourquoi nos forces politiques et ?conomiques d’hier sont-elles collectivement aussi insensibles au sort du peuple ? Sans doute est-ce d’abord aujourd’hui parce que nous sommes une soci?t? manag?e par des groupes sans coh?sion, sans projet de soci?t?, mais guid?e par la cupidit?, le ?te-toi-que-je-m’y-mette, la culture du sauve-qui-peut individuel qui ne reconna?t que les r?ussites personnelles, compensables, sinon douteuses. Une soci?t? o? l’int?r?t g?n?ral est pi?tin?, est une soci?t? insensible ? l’?galit? des chances, immunis?e ? l’?gard de tout scandale, puisqu’il n’y reste rien ? transgresser, rien ? profaner. C’est le r?gne de l’impunit? ! Cela montre que la question de l’?tat de droit, un ?tat au service de la nation, est tout sauf abstraite ou purement sp?culative. Or la fonction du bien commun, plus particuli?rement de l’option pr?f?rentielle pour les pauvres qui constituent la majorit? des laiss?s-pour-compte, est vitale pour briser la complaisance d’une soci?t? ? elle-m?me.

Invoquer la description moqueuse d’une Ha?ti toujours en crise, comme le fit au XIXe si?cle le pamphl?taire et ?conomiste Edmond Paul – une Ha?ti forte de plusieurs millions de sujets, sans compter les sujets de m?contentement -, ne va pas suffire. D’abord, les politiques ont laiss? le syst?me d?river vers autre chose que la d?mocratie, vers l’instabilit? permanente, le chaos. Nous avons ab?m? le projet de d?mocratie en travestissant l’?tat de droit, qui devrait nous obliger ? vivre ensemble, pacifiquement, par une praxis qui pose la justice et la transparence comme seuls juges de toutes les d?cisions qui doivent ?tre prises, y compris les d?cisions politiques et ?conomiques. Ce pourrissement est devenu un marqueur d’un pays au bord du pr?cipice et nos responsables politiques ainsi que nos op?rateurs ?conomiques sont d?cri?s et inefficaces : les m?dias et les r?seaux sociaux distribuent les bons et les mauvais points du haut de leur chaire dans un d?luge d’anath?mes et de bons sentiments, acc?l?rant l’?tiolement d’une nation ?clat?e, sans avenir, qui m?riterait certainement mieux.

Tant bien que mal, la r?sistance <> conna?t ses adeptes et parfois elle r?ussit ? faire barrage. D’abord au coeur m?me de certaines organisations de la soci?t? civile, o? le pluralisme politique n’a pas disparu, o? la lutte contre la corruption peut parfois s’exprimer sans menacer la paix publique, voire en la r?clamant (avec le RNDDH par exemple). Actuellement, on n’a aucune id?e de la mani?re dont les choses vont se terminer.

Comme vient de nous le rappeler, sur un ton d?sabus?, l’ambassadeur am?ricain Kenneth Merten, <>.

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