La mise en quarantaine

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Apr?s l’Ind?pendance et en dehors du racisme end?mique chez les Occidentaux, en dehors du fait que tout autour d’Ha?ti ces nations avaient maintenu l’esclavage, les colons craignaient l’influence que la r?volution des anciens esclaves d’Ha?ti pouvait avoir sur leurs plantations, bases de l’?conomie colonialiste et esclavagiste. Les ?tats-Unis d’Am?rique, l’Angleterre, l’Am?rique du Sud et l’Am?rique centrale, pour ne citer que ceux-ci, n?gociaient et commer?aient avec Ha?ti en sous-bassement donc hypocritement, car ils vendaient armes, munitions et denr?es ? Ha?ti.

Le n?gre ? leur vue ?tait un paria et une r?volution n?gre bousculant l’ordre ?conomique mondiale au moyen de la seule r?volte r?ussie dans l’histoire de l’humanit? doit ?tre en permanence banalis?e. Tout ce qui a trait ? ces n?gres devrait ?tre r?prim?e, “n?gativ?e” ? l’extr?me et ? l’extase jusqu’au fantasme, quant condamn?e a decrescendo, jusqu’? une disparition totale au profit du colonialisme imp?rialisme…

Dans la vision occidentale, la r?volution ha?tienne tant extraordinaire qu’elle f?t ne doit et ne devrait jamais pas passer… et Ha?ti fut mise en quarantaine, alors effac?e de tout roulement mon?taire, ?conomique et financi?re (sauf pour imposer des indemnit?s participant ? cet effacement programm?e), et priv?e en cours de route de tout transfert de nouvelles technologies. Eh bien, une telle r?volution renait toujours de ces cendres. Le monde a bien chang? et, la pi?ce ma?tresse contre cet “autre” g?nocide programm? pour Ha?ti : la culture ha?tienne !

Il faut, au prime abord, sp?cifier que sous Jean-Pierre Boyer <> (Ant?nor Firmin – M. Roosevelt, pr?sident des ?tats-Unis et la R?publique d’Ha?ti, 1905)

Ensuite, <>. (Alexandre Bonneau, Ha?ti, son progr?s – son avenir, 1862)

En 1838, l’administration de Louis Philippe reconsid?ra la politique de Charles X et un double trait? mettait l’emphase, d’une part, sur la reconnaissance de l’ind?pendance d’Ha?ti, et d’autre part sur la r?duction de ladite indemnit? ? 90 millions de francs et dont le paiement n’?tait plus attach?e ? la reconnaissance proprement dite. La Hollande, la Prusse, la Su?de et le Danemark reconnaissaient l’ind?pendance d’Ha?ti peu apr?s.

De plus, sur un autre flanc plus pr?s d’Ha?ti et de ses voisins – consid?ration latine et continentale, en d?pit des aides fournies par Dessalines ? Miranda en 1805 et par P?tion ? Bolivar en 1816 dans le cadre de la guerre victorieuse de lib?ration de l’Am?rique latine – qui forgea quelques ann?es plus tard le Venezuela, la Colombie, le P?rou, l’?quateur et la Bolivie, Ainsi, Ha?ti porta l’Am?rique du Sud sur les fonts baptismaux. N?anmoins, c?dant aux exigences de l’Union am?ricaine, influenc? par les am?ricains esclavagistes – Bolivar exclut Ha?ti du Congr?s de Panama qui consacrait l’ind?pendance des nouveaux ?tats de l’Am?rique m?ridionale en 1821. En 1826, il y eut un second congr?s ? Panama qui, cette fois, visait plut?t l’organisation d’une solidarit? interam?ricaine. Toujours ? l’instigation de Bolivar, influenc? encore par les Am?ricains, Ha?ti ?tait ? nouveau exclue.

Pour justifier cette seconde exclusion, les Etats-Unis pr?text?rent l’accord d’indemnisation avec la France, en d’autres termes l’ordonnance de Charles X du 17 avril 1825, pour modeler une attitude contre Ha?ti, la premi?re R?publique noire. Dans un message au Congr?s am?ricain le 6 d?cembre 1825, <>.

Qui plus est, <>. (Dant?s Bellegarde, La nation ha?tienne, 1938)

De surcro?t, les pays de l’Am?rique latine qu’Ha?ti avait aid?s victorieusement dans leur guerre de lib?ration, la Colombie, le P?rou, etc. avaient aussi encourag? la mise ? l’?cart d’Ha?ti du Congr?s de Panama. Sauf le Guatemala, par contre, avait opt? pour la pr?sence d’Ha?ti, mais sa voie fut rapidement ?touff?e. La cons?quence imm?diate du refus hostile de la participation d’Ha?ti ? ce congr?s h?misph?rique fut un grand silence et une ali?nation totale qui dura jusqu’? la fin de la deuxi?me Guerre Mondiale (1945), alors que des ?tats noirs de l’Afrique et de la Cara?be faisaient irruption sur la sc?ne internationale. (Jean Coradin, Histoire diplomatique d’Ha?ti 1804-1843, Tome I, 1987)

Toutefois, apr?s d’actives n?gociations avec les puissances internationales, Ha?ti finit par signer un Concordat avec le Saint-Si?ge le 28 mars 1860. La reconnaissance d’Ha?ti devenait admise hypocritement en apparence. En fonction de la guerre de S?cession, les ?tats-Unis reconnurent l’ind?pendance d’Ha?ti le 5 Juin 1862. Le 1er juin 1880, sous Salomon, Ha?ti joint l’Union postale internationale… tr?s peu d’actions ensuite tendant vers la reconnaissance d’Ha?ti pendant quelques d?cennies, quand arriva l’occupation am?ricaine de 1915.

Et cette mise en quarantaine s’est accentu?e avec toutes les marionnettes install?es au pouvoir par les Am?ricains jusqu’en 1946. Ils se sont d?fait du pr?sident Estim? sous la coupole d’une des institutions remani?s par eux et pour eux, l’arm?e d’Ha?ti en 1950 ; idem en 1991 pour ainsi dire, idem en 2004 sous d’autres formes, idem en 2010 manipulant le suffrage… et la quarantaine continue jusqu’? nos jours.

* Extrait de Face au monde, L’Histoire d’Ha?ti – Anecdotes, illustr?, ISBN 978-99970-71-08-8, B?ljw?t Publications, Port-au-Prince, 2019, pp. 92-98. Disponible en librairies et sur www.amazon.com/author/jeanledanfils.

JEAN LEDAN FILS