La troublante vie de ces habitants de Butte Boyer et de Croix-des-Missions

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Il est environ neuf heures. Des poubelles renvers?es jonchent les trottoirs et une odeur pestilentielle se r?pand dans les rues poussi?reuses. ? la mairie de Tabarre, une foule immense s’aligne dans l’espoir de trouver quelque chose ? se mettre sous la dent. On y voit des jeunes, des moins jeunes et m?me des vieillards. Le Programme alimentaire mondial (PAM) est leur seule chance de ne pas dormir le ventre creux. Entre-temps, ils discutent, blaguent ; certains r?ussissent m?me ? rire ; une fa?on de tromper la terreur qui pointe au fond de leurs yeux. Ce sont des habitants de Butte-Boyer et de Croix-des-Missions depuis l’affrontement entre les gangs 400 Mawozo et Chen Mechan, leur situation est devenue encore plus lamentable.

Ketl?ne Brunache, la voix impr?gn?e de souffrance et avec de grands plis de tristesse sur son visage, confie au Nouvelliste sa d?solation. ?g?e de 34 ans, elle vend des sous-v?tements depuis des ann?es au march? de Tabarre. Avant le d?but de l’affrontement, Ketl?ne vivait avec le p?re de son unique fils dans le quartier de <>. Depuis, son mari a disparu. Elle a visit? des h?pitaux, des commissariats en vain.

<< Quand on tue une personne dans la zone on ne donne pas le corps, on le br?le >>, ajoute Ketl?ne. << On vit une petite vie de mis?re, explique-t-elle. << Je dors comme du b?tail avec mon fils. Il a de la fi?vre et de la grippe. On manque de tout ; de nourriture et d'eau, de soins de sant? >>.

Ketl?ne veut retourner dans sa ville natale, aux Cayes, mais elle n’est pas en mesure de payer les frais de transport. Elle a peur d’emprunter la route du Sud o? les bandits s?ment la terreur ? toute heure du jour et de la nuit. Ketl?ne nous parle de sa vie ant?rieure par des bribes de phrases et d’une voix teint?e d’angoisse. Quand elle confie son malheur, sa voix change de rythme et devient plus un murmure, comme si elle ?tait fatigu?e de raconter ses souffrances. Ketl?ne est en col?re contre elle-m?me, contre l’?tat et contre son avenir incertain dans ce d?sert de violence. La native des Cayes semble ?puis?e de vivre.

Cela fait plusieurs semaines que Charles Italienne fr?quente la mairie de Tabarre, pour se nourrir, et ses enfants qui sont au nombre de sept. ?g?e de 34 ans, elle vit au coeur de Butte-Boyer 39. Sous la menace des bandits et afin de pr?server sa vie, elle a laiss? sa maison dont les murs furent impact?s de plus de sept projectiles. Les maisons de ses voisins ont ?t? incendi?es. << Je viens ici chaque jour. C’est le seul moyen de nourrir mes enfants. Sinon, qu’est -ce qu’ils vont manger ? Je n’ai pas d’argent pour acheter de la nourriture et les enfants ne vont plus ? l’?cole >>, l?che Ketl?ne, qui demande ? l’Etat de l’aider financi?rement.

La mis?re est partout

Wilkens Pierre Louis, 59 ans, vit depuis 20 ans dans la zone avec sa soeur. Pendant la premi?re semaine du conflit entre les groupes arm?s, il ne pouvait se d?placer. Aujourd’hui, fatigu? d’entendre le bruit des balles, il pr?f?re dormir dans la rue. << Pourquoi l’?tat ne se soucie pas un peu de nous ? >>, se demande-t-il.

Dans la plaine du Cul-de-Sac, la mis?re est partout. Les sinistr?s de Butte-Boyer et de Croix-des-Missions vivent toujours dans la peur. Les ?coles restent ferm?es. Les habitants de Gran Lakou, Anba Mabou et Marekaj n’ont plus rien ; plus de travail. Les enfants, au lieu d’aller ? l’?cole, jouent dans la cour de la mairie de Tabarre en esp?rant trouver un plat chaud pour ?chapper ? la faim.