L’Affaire Du Machias

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L’Histoire d’Ha?ti – Simples faits est une riche compilation de textes, que le lecteur lira avec int?r?t et d?lectation. Elle se distingue par sa grande vari?t? th?matique, touchant ? diverses p?riodes historiques : pr?colombienne, coloniale, nationale. Cette derni?re p?riode est de loin la plus pr?sente dans l’ouvrage. En dehors d’une riche documentation concernant LA QUESTION DE LA NAVASE, L’AFFAIRE RUBALCAVA & LA PARTICIPATION DU PR?SIDENT GEFFRARD A LA RESTAURATION DOMINICAINE, L’AFFAIRE DU MACHIAS, pour ne citer que ceux-ci… La grande Histoire y c?toie la “petite histoire”.

De ce grand ensemble de textes se d?tache, avec quelle force et quelle actualit?, le pr?cieux t?moignage de Demesvar Delorme – t?moin de l’?v?nement – sur le tremblement de terre du 7 mai 1842, qui d?truisit la ville du Cap-Ha?tien. Par l’ampleur de ce t?moignage autant que par son int?r?t documentaire, la relation de ce douloureux fait historique par l’auteur des Th?oriciens au pouvoir repr?sente une pi?ce litt?raire de premi?re valeur. Jean Ledan fils a choisi de pr?senter ce document en annexe, car il nous interpelle aussi. ? un moment o? le risque sismique est devenu une pr?occupation nationale avec laquelle nous, Ha?tiens, devons apprendre ? vivre, n’est-ce pas comme un appel ? la vigilance que ce texte nous lance ?

L’Histoire d’Ha?ti – Simples faits : un livre pour apprendre, pour se souvenir, et r?fl?chir : l’AFFAIRE DU MACHIAS

[…] Washington avait not? le d?ploiement de la marine de guerre allemande lors de l’affaire L?ders en d?cembre 1897, impliquant deux navires allemands, Le Charlotte et Le Stein, et lors de l’explosion du Cr?te-?-Pierrot – l’affaire Amiral Killick en septembre 1902, impliquant un autre navire allemand, Le Panther. Il ?tait m?me bruit ? l’?poque que Berlin comptait installer une station de charbon au profit de la marine allemande au M?le Saint-Nicolas. Un peu plus tard, alors que les Allemands perfectionnaient une nouvelle technologie sous-marine, une guerre d’une dimension continentale et jusque-l? inconnue dans l’histoire du monde ?clatait en Europe en 1914, la Premi?re Guerre mondiale ; les ?tats-Unis pr?paraient silencieusement leur participation ? cette guerre, le pr?sident Woodrow Wilson d?cida l’occupation d’Ha?ti.

D?j?, en ao?t 1911, le pr?sident Leconte avait sollicit? un pr?t de deux millions de dollars de la National City Bank de New York ; celle-ci exigea en retour la remise de nos douanes au gouvernement am?ricain, selon un prescrit du D?partement d’Etat. Une seconde fois, en 1914, en deux occasions sous la pr?sidence d’Oreste Zamor, les E.U.A. r?it?r?rent cette exigence, qui fut encore d?nonc?e par le gouvernement ha?tien. Sous la pr?sidence de Davilmar Th?odore, les Am?ricains essay?rent ? nouveau et conditionn?rent la reconnaissance du gouvernement ? l’acceptation de la convention douani?re. La m?me demande continua sous la pr?sidence de Vilbrun Guillaume Sam.

Les hostilit?s de la Banque de la R?publique d’Ha?ti, alors banque fran?aise alli?e au D?partement d’Etat am?ricain contre Ha?ti, prirent une autre tournure en juillet 1914. La Banque, sur instructions de la National City Bank, s’?vertuait ? <>. La Banque suspendit d’abord et annula compl?tement ensuite la Convention budg?taire pour l’exercice fiscal 1914-1915. L’article 12 de cette convention exigeait des avances de la Banque au gouvernement, sommes pr?vues pour le paiement des employ?s de l’Etat. Auparavant, une lettre dat?e du 9 juin 1914 du ministre am?ricain Bailly Blanchard au D?partement d’Etat r?v?lait le plan machiav?lique de cette coalition franco-am?ricaine contre Ha?ti

De plus, le 1er ao?t 1914, toujours sous Oreste Zamor, la Banque r?clamait du gouvernement l’arr?t des op?rations de retrait du papier-monnaie, ce qui provoqua pour la R?publique un manque ? gagner, car <>. Qui plus est, la banque refusa de verser le montant pr?vu en cas de retrait du papier-monnaie en vertu d’une loi du 14 ao?t 1914. Entre-temps, Oreste Zamor perdit le pouvoir et Davilmar Th?odore arriva ? la pr?sidence.

Peu de temps apr?s son accession au pouvoir, Davilmar Th?odore (7 novembre 1914 – 23 f?vrier 1915), dans une r?plique aux Am?ricains le 15 d?cembre, confirmait : <>

Peu avant, s’?taient r?unis au D?partement d’Etat le secr?taire d’Etat, Bryan, chef de la diplomatie am?ricaine, Werhane, vice-pr?sident de la National City Bank, Roger Farnham, homme d’affaires install? en Ha?ti et le directeur de la Banque, Desrue ; pr?cisions de Farnham ? la Commission s?natoriale d’enqu?te.

Le 17 d?cembre 1914, vers une heure de l’apr?s-midi, la population autour de la place Geffrard vit avec grand ?tonnement le spectacle de quelques marines am?ricains qui venaient tout juste de descendre de la rade. Tout le monde se demandait ce qui se passait et, totalement stup?faite, cette population vit les Am?ricains se diriger vers la Banque de la R?publique d’Ha?ti, d’o? ils ressortirent peu apr?s avec des caisses d’or de l’Etat qu’ils transport?rent d’abord ? bord d’un navire de guerre am?ricain, Le Machias, ensuite ? la National City Bank de New York.

Les fonds de l’Etat avaient ?t? ” d?tourn?s ” ! D’apr?s le journal Le Matin du 14 janvier 1915, ces fonds en or repr?sentaient la valeur de 500.000 dollars qui se trouvaient en d?p?t dans les caves de la Banque de la R?publique d’Ha?ti, institution fran?aise, et qui refusait de donner au gouvernement ha?tien son d? si un accord de protectorat n’?tait pas sign? avec les E.U.A. Le Matin disait encore qu’ils y ?taient pour garantir les paiements du gouvernement ha?tien ? la Banque. Cet argent repr?sentait aussi une encaisse d’or affect?e au retrait du papier-monnaie. Apr?s ce coup, le service de la Tr?sorerie fut retir? de la banque et confi? au consortium Simmonds Fr?res & Roberts Dutton & Co.

The New York Herald, dans sa livraison du 26 novembre 1914 (traduite par Le Matin du 12 janvier 1915), n’h?sitait pas ? publier : <> […]

Extrait en partie de L’affaire du Machias, (* Pour le texte complet, voir Jean Ledan fils, L’Histoire d’Ha?ti – Simples faits, illustr?, ISBN : 978-99970-4-421-1, B?ljw?t Publications, Port-au-Prince, 2015, pp. 214-221.)

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