Le Dr Henri Ronald Ford : de la 1re avenue Bolosse a l’excellence medicale aux USA

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Aujourd’hui, il est le doyen de l’ecole de medecine de l’Universite de Miami, achevant ainsi ce que ses collegues considerent comme etant le dernier chapitre du reve americain. Le Dr Henri Ronald Ford est venu plusieurs fois en Haiti, il ne se rappelle meme plus le nombre de fois depuis le tremblement de terre. Malgre son parcours eblouissant, Haiti reste la crete luisante de sa carriere. La ou, toute proportion gardee, tout a commence. Lui-meme n’a pas tarde a le reconnaitre. <>.

Au premier avion, le Dr Ford a pris avec ses deux freres, eux aussi medecins, la direction d’Haiti. Le reste, comme on dit, appartient a l’histoire. D’un enfant opere dans les locaux de l’ambassade americaine a cette petite fille avec un morceau de beton incruste dans son crane, le Dr Henri Ronald Ford a sauve des vies avec une pudeur et une exaltation hollywoodienne.

<>. “Haiti Health Heroes: Saving the children: Henri Ford, MD”. “Un medecin retourne dans son pays d’origine pour aider >>. “. ”Henri Ford : docteur sans frontieres”. De la revue hebdomadaire de Los Angeles University au National Public Radio de Washington, D.C, il est facile de trouver une vingtaine d’articles et d’emissions qui parlent de l’implication du Dr Ford apres le seisme du 12 janvier 2010.

Cet evenement malheureux, qui s’est abattu il y a 12 ans sur Haiti, a donne a la carriere du Dr Ford une allure anachronique. Si sa carriere a pris une tournure extraordinaire apres le tremblement de terre, il le doit aux valeurs qu’on a inculquees a cet adolescent de Bolosse il y a des lustres.

Henri Ronald Ford est ne en Haiti a la premiere avenue Bolosse d’une famille de 9 enfants dont il est le 6e. Son pere, pasteur de profession, le guida vers le couloir normal de la reussite. Il a debute a l’impasse Lavaud, Ecole Republique du Liberia qui dependait a l’epoque des Freres du Sacre-Coeur avant d’entrer, un peu plus tard, au Petit seminaire college Saint-Martial. “La formation que j’ai recue dans ces ecoles a ete determinante dans mon parcours, que ce soit a l’ecole ou a l’universite”.

Humaniste par devoir, il a decide tres tot de donner a sa vie une dimension sociale, de se fixer des objectifs visant a aider la communaute. “Rendre un service a quelqu’un chaque jour”, tel est l’essentiel de son premier engagement envers les autres, tire de la promesse du Louveteau qu’il avait prononcee et jure de respecter.

C’est la peur de ne pas pouvoir respecter cette promesse a 13 ans, dans un pays etranger, dans une langue qu’il ne parlait pas, qui explique les episodes nostalgiques qui ont jonche ses premieres annees aux Etats-Unis.

Tres tot, il s’est pose la meme question que son homonyme Henry Ford, illustre industriel americain qui semble avoir une grande influence sur lui : <> Finalement, ils ont eu la meme reponse. <> Ce principe en tete, il traverse d’un pas de geant l’ecole secondaire John Jay malgre le fait qu’il ne parlait pas l’anglais a son arrivee.

Stratifie par ses professeurs qu’il a su galvaniser par son intelligence, Henri Ronald Ford n’a pas cache son envie d’apprivoiser cette societe a laquelle il n’etait pas destine. Tout est une question de defi, d’exigence, d’energie et parfois de rage. <>. Il fallait etudier, car dit-il, <>.

Cette trajectoire d’excellence tracee au scalpel et au bistouri ebreche lui a permis de decrocher son diplome dans les affaires publiques et internationales avec mention A.B a l’Universite de Princeton en 1980. En 1984, il a obtenu un doctorat en medecine de la “Harvard Medical School”.

De Harvard a “Weill Cornell Medical College” ou il a effectue son internat et sa residence chirurgicale, il est considere comme une star de la medecine. Un article de l’universite Weill Cornell Medical College a braque les projecteurs sur l’excellence de ce jeune Haitien, une excellence qui, deja, anoblit les gens et les choses.

Anime de la volonte d’arriver au summum du savoir scientifique, il a aussi ete a l’Universite de Pittsburgh pour une recherche en immunologie au departement de chirurgie ou il a fait une sous-specialite en chirurgie pediatrique.

Dans cet hopital, l’un des meilleurs en chirurgie pediatrique, le Dr Henri Ronald Ford est plebiscite par ses collegues pour sa maniere d’agreger les talents. Il reconnait plus tard que la reussite d’une personne depend de ceux qui l’entourent et sa capacite a faire travailler pleinement toutes les competences.

Pourquoi la chirurgie pediatrique ? Cette question pourrait paraitre anodine si le Dr Ford, mi-pragmatique mi-dogmatique, n’avait pas une explication. << A mon niveau, par rapport a mon education, en pensant au gamin qui deambulait a Portail Leogane comme ce fut mon cas, il n'etait pas question d'exercer une profession et de gagner de l'argent. Je me demandais avant toute chose comment est-ce que je peux ne pas etre un anonyme, un chirurgien de trop. Est-ce que je peux faire la difference ? Ou est-ce que je peux faire la plus grande difference ?", revele le Dr Ford.

Tout ce qu’il a fait visait a repondre a cette question fondamentale : ou est-ce que je peux faire la difference ?

Ennuye un petit temps, voulant a tout prix mettre sa matiere grise en ebullition, il a occupe le poste d’administrateur de l’Universite de Princeton apres avoir recu une maitrise en administration de la sante a l’Universite de Californie.

Pour lui, la medecine n’est pas juste une profession, c’est un apostolat. C’est ce qui a explique sa decision de quitter Pittsburgh quand l’Universite de Los Angeles l’avait sollicite en 2005.

<>, explique le Dr Ford.

La bas, il avait la certitude absolue qu’il allait terminer sa carriere comme instructeur clinique et chirurgien pediatrique. <>, esperait le Dr Ford. <>, dit-on souvent pour decrire une carriere aboutie. Etre chef de service en medecine, c’est souvent l’horizon inatteignable et toujours l’accomplissement indepassable. C’est le bout du rouleau. C’est un poste confie a une sommite proche de la retraite qui aura tout fait et tout vu dans son domaine d’intervention.

Le Dr Henri Ronald Ford s’est toujours revele etre une fontaine jaculatoire de lumiere, qui attribue aux defis une dimension hors du commun. Ainsi, il arrive a mettre le doigt sur ce qui peut etre considere comme le grenier de la medecine. Avant ses recherches, les enfants prematures (surtout les grands prematures) mourraient d’une affection congenitale qu’on appelle enterocolite necrosante. Les meilleurs chirurgiens du monde avaient fait de brillantes operations chirurgicales mais qui se sont toutes soldees par la mort dans les jours qui suivaient l’intervention jusqu’a ce qu’un jour le Dr Henri Ronald Ford et son equipe arrivent a percer le mystere. Le Dr Henri Ronald Ford a decrit pour la premiere fois la pathogenese de l’enterocolite necrosante. Cela ne pouvait en aucune maniere passer inapercue.

En debut de quarantaine, il est promu chef de service de chirurgie pediatrique et vice-doyen de la faculte de medecine de l’Universite de Los Angeles. L’immensite de ce qu’il a fait lui a valu d’etre place a la tete de la societe americaine de chirurgie pediatrique. Il a recu le “National Humanism Award by American Association of Medical Colleges”, qui reconnait son mentorat aux etudiants en medecine, la decouverte et la mise en oeuvre d’alternatives chirurgicales pour plusieurs troubles pediatriques. La critique medicale lui attribue le titre de sauveur de ces enfants grace aux resultats de ses recherches.

Pourquoi laisser Los Angeles pour l’Universite de Miami ?

La reponse eut un retentissement : “pour pouvoir faire une plus grande difference dans la vie des gens”.

Il y a environ quatre ans, l’Universite de Miami lui a propose un poste de doyen, le summum du parcours d’un medecin qui se consacre a la vie academique. Ses collegues considerent ce poste comme le dernier chapitre du reve americain. Etre doyen d’une ecole de medecine apres avoir ete chef de service de chirurgie pediatrique a l’hopital pour enfants de Los Angeles, quoi de mieux pour un Americain d’origine haitienne dont la famille a du fuir de toute urgence la dictature de Papa Doc ?

<< Quand j'ai ete nomme doyen de l'ecole de medecine de l'Universite de Miami, les Haitiens qui habitent la-bas ont ete plus contents de cette nomination que moi. Je me suis dit que cela me correspondait bien puisque dans la vie de ces gens, j'allais pouvoir faire une difference. J'espere pouvoir changer les regards dedaigneux qu'on porte quotidiennement sur les Haitiens. J'espere que les autres auront beaucoup plus de respect pour les Haitiens quand ils sauront qu'un des leurs est doyen d'une des plus grandes ecoles de medecine de la Floride.

Le Dr Henri Ronald Ford n’est pas juste un medecin, il est l’incarnation d’un podemos a l’haitienne. Une maniere de convertir l’indignation en changement.

En 2015, il a mis sa carriere sur la table en prenant le risque de separer des siamoises qui partagaient certains organes a l’hopital universitaire de Mirebalais. <>, reconnait le Dr Ford.

Le Dr Henri Ronald Ford est aussi singulier que transcendantal, il a etabli des programmes a l’Hopital de l’Universite d’Etat d’Haiti, il a forme des etudiants et des residents, il a opere benevolement a l’hopital Albert Schweitzer, il fait des miracles a l’hopital Bernard Mevs, etc.

A ce titre, il rend un vibrant hommage aux tres doues Drs Bitar de l’hopital Bernard Mevs qui l’ont toujours accompagne, notamment lors de la separation des siamoises. Ils symbolisent pour lui, sans etre les seuls, le present de la pratique chirurgicale en Haiti.

Le Dr Ford allie la discipline, l’intelligence, un succes mondialement reconnu, l’amour de la terre natale, quitte a risquer sa vie, l’humanisme et l’investissement dans la posterite. On ne croise pas un Dr Henri Ronald Ford a chaque coin de rue, une personne qui fait tellement de choses et qui, par ailleurs, revendique son origine haitienne dans chacune de ses multiples prises de parole. Un natif de Port au Prince qui arrive a faire beaucoup plus pour le monde que le monde n’a fait pour lui.

Il croit avant tout au travail. Il ne croit pas aux formules magiques, mais a ce credo” L’echec n’est jamais definitif. Non veut dire pas maintenant, il faut reessayer. Echouer, c’est avoir la possibilite de recommencer de maniere plus intelligente”.