Le New York Times retrace l’histoire de la dette de l’ind?pendance d’Ha?ti

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Le New York Times, quotidien new-yorkais distribu? internationalement et l’un des plus grands journaux am?ricains, vient de consacrer un dossier exclusif ? la dette de l’ind?pendance d’Ha?ti et au processus de r?paration auquel la premi?re R?publique noire devrait avoir droit (1). Le dossier, constitu? de quatre articles, est sign? des quatre journalistes suivants : Catherine Porter, Constant M?heut, Matt Apuzzo et Selam Gebrekidan. Ces derniers ont mis plus d’un an de travail acharn? afin de retracer dans les moindres d?tails l’histoire de la dette de l’ind?pendance d’Ha?ti. Pour y parvenir, ils ont visit? des centres de documentation les plus cr?dibles ? travers le monde et rencontr? des historiens, ?conomistes et chercheurs ha?tiens et ?trangers.

L’histoire est racont?e en quatre articles, ainsi qu’avec un article graphique, nous a confirm? Constant M?heut, l’un des auteurs de la s?rie d’articles. <>, a-t-il fait savoir. Les articles ont tous ?t? traduits en fran?ais et, pour la premi?re fois dans l’histoire du New York Times, en cr?ole ha?tien. <>, pr?cise Constant M?heut qui avait, entre autres, r?alis? de nombreuses entrevues avec des sp?cialistes ha?tiens et ?trangers sur la question.

Les quatre journalistes du New York Times ont ?t? second?s par une ?quipe de plus d’une douzaine de chercheurs attitr?s. Le New York Times leur a accord? une ann?e pour fouiller dans des archives sur deux continents et ils ont voyag? dans plusieurs pays pour interviewer des experts. Le journal am?ricain a ?galement mis ses meilleurs designers, graphistes et ?diteurs sur le projet pour s’assurer que le package final serait ? la hauteur du sujet.

Le New York Times ne publie g?n?ralement pas de m?thodologie, avoue Constant M?heut. Mais, pour ce dossier, il a estim? qu’il ?tait tr?s important de faire conna?tre la somme des sources historiques ? partir desquelles l’?quipe a travaill? pour produire les quatre articles. Des historiens ont confirm? au journal am?ricain qu’aucune recherche n’avait encore calcul? le montant de la <> pay?e par Ha?ti avec pr?cision. En ce sens, le dossier du New York Times peut ouvrir de nouveaux horizons acad?miques en Ha?ti comme ailleurs. Le quotidien am?ricain a d?cid? de publier ses donn?es brutes sur la <>, collect?es aupr?s de nombreuses sources, ? la fois dans un effort de transparence et dans l’espoir que cela stimulera les recherches sur le sujet. Il esp?re que la s?rie d’articles suscitera et ?clairera un d?bat anim?.

Une ran?on plut?t qu’une dette

La colonie de Saint-Domingue, rappelle le New York Times, a ?t? <>.

Nos anc?tres ont mis fin ? l’oppression f?roce des Colons en 1791 par la premi?re r?volte d’esclaves victorieuse du monde moderne. <>, lit-on dans l’article intitul? <>.

Paradoxalement, apr?s l’ind?pendance du pays, plusieurs g?n?rations d’Ha?tiens ont ?t? contraintes d’indemniser les familles de leurs anciens ma?tres esclavagistes. Parmi celles-ci, le New York Times cite l’imp?ratrice du Br?sil, le gendre du tsar russe Nicolas Ier, le dernier chancelier imp?rial d’Allemagne, et le g?n?ral Gaston de Galliffet, surnomm? le <> apr?s sa r?pression sanglante de l’insurrection parisienne de 1871.

Ce fardeau, reconnait le journal am?ricain, a pes? sur Ha?ti jusque dans le courant du 20e si?cle. Et les richesses que les anciens esclaves tiraient de la terre ont g?n?r? d’immenses profits pour le Cr?dit industriel et commercial, ou CIC, une banque qui a cofinanc? la tour Eiffel, et pour ses investisseurs. <>, apprend-on ? la lecture de l’article.

<>, ?crivent les auteurs, comme pour admettre que le g?teau a ?t? partag? entre les grandes puissances europ?ennes et am?ricaines.

<>, s’interroge le New York Times.

Sa r?ponse : <>

La France avait fait payer cet affront ? leurs descendants – en esp?ces. Sous la menace permanente d’un retour forc? ? l’esclavage. Vingt-et-un an apr?s la proclamation de leur ind?pendance par les h?ros r?volutionnaires ha?tiens et leur serment de mourir plut?t que retomber sous la coupe de la France, des navires de guerre fran?ais surgissaient au large d’Ha?ti. Dans ce contexte, outre le paiement de la ran?on, Ha?ti va devoir investir massivement dans la fortification pour ?viter le retour ? l’esclavage. Elle n’avait donc plus de ressources pour consacrer ? la construction des infrastructures de d?veloppement ?conomique et social.

Le montant pay? par Ha?ti est rest? un myst?re, jusqu’? aujourd’hui, a confi? le New York Times. Pour y apporter une r?ponse fiable, il a parcouru des archives centenaires. Ce sont les r?sultats de ces recherches que le journal am?ricain a rendu publics ? compter de ce week-end. La <> d’Ha?ti, c’est-?-dire la ran?on et l’emprunt pour la payer, a pr?cipit? Ha?ti sur la voie de la pauvret? et du sous-d?veloppement, admet le quotidien new-yorkais. Le principal b?n?ficiaire du pr?t ? Ha?ti en 1875, selon le New York Times, est le Cr?dit Industriel et Commercial.

Comment r?parer cette injustice qui a plomb? le d?collage ?conomique d’Ha?ti? Telle est la question qui irrite les grandes puissances imp?rialistes d’aujourd’hui.

Thomas Lalime

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(1): https://www.nytimes.com/fr/2022/05/20/world/haiti-france-dette-reparations.html