Le promeneur de chiens de Garaudy Laguerre

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Rastignac, ce personage balzacien de lambitieux-type, neglige un temps par les romanciers en faveur du <>, n’est pas mort. Il se metamorphose et prend d’autres visages, d’autres couleurs de peau, comme dans ce bon roman de l’ecrivain Gauraudy Laguerre, ecrit en 2021 aux Etats-Unis et sorti sous presse le 11 janvier 2022.

Ce roman de 343 pages, <> dont l’action se passe en majorite a New York, aux Etats-Unis, fait le portrait psychosocial et retrace la destinee d’un jeune arriviste, issu d’une classe moyenne inferieure et haitienne, aux origins proletariennes, noir de peau, de pere inconnu et de famille monoparentale.

Genese d’un Rastignac

Pierre Narcisse, jeune diplomate ambitieux, de formation et de competence incertaines, laissant a desirer, est fils unique d’une <> qui a trime, <> comme on dit chez nous, au sens honnete et sexuel du terme, pour se faire une place au soleil, une petite mais bonne position. Sa mere, s’est depensee pour lui donner une certaine education jusqu’au secondaire, tout en facillitant l’emigration plus ou moins licite de ses propres freres et soeurs ou de parents, aux Etats-Unis d’Amerique a l’age de 19 ans, a la mort de sa mere decedee d’un cancer, Pierre Narcisse se retrouve en possession d’une maison, d’un fonds de commerce et de quelques comptes bancaires. Orphelin, il partage sa vie entre courir les jupes, dopant les filles et des reunions de jeunes intellectuels communistes, de culture politique marxiste et superficielle, insufisante, comme lui. Il les eblouit par son verbe, son ascendant, son culot et sa pretendue erudition. Comme tout ce beau monde, Pierre Narcisse se croit et se dit revolutionnaire. En fait, il reve de grimper l’echelle sociale, et complexe par sa nuance epidermique, veut <> la race, revant egalement d’epouser une mulatresse au moins, et au plus une femme blanche.

Disons aussi que la maison et la chambre de Pierre Narcisse se pretent genereusement aux rendez-vous galants de ses amis. Nous pouvons arreter la ce preambule pour quelques considerations d’ordre narratologique.

_Voix narratives_

Ce roman est raconte par un narrateur inconnu, principalement, a la troisieme personne, omniscient, qui parle du passe et du present des personnages, de leur vie a New York aux Etats-Unis et en Haiti il connait leurs pensees profondes, leurs etats d’ame, leurs fantasmes. C’est la classique focalization zero, la vision ” par derriere” de Pouillon, le <> selon Gerard Genette.

Sans parler precisement d’audience et de recits enchasses, il arrive aux personnages principaux Narcisse, Hanah, Grace et meme Djafou de raconter des tranches de l’histoire d’Haiti, melangeant etrangement des faits et personnages, a dessein ou par anachronisme, d’evoquer les origines, l’histoire ou le destin de leurs parents, la mere en particulier (Hannah et Grace qui la recherchent). De maniere succinte, en esperant de voir principalement Pierre Narcisse, roi de l’esboufe, profiter de ces occasions pour impressionner son auditoire, son interlocuteur, par une pseudo-erudition.

L’ordre dans la narration et la temporalite.

Il est en gros lineaire, mais pas tout a fait. Il n’est pas non plus anarchique et bouleverse comme dans l’heritage du <>. Au premier chapitre, on raconte, “in mediasres” , le bapteme de Sarah, fille, en seconde noces, de Pierre Narcisse et de Grace, sa nouvelle femme, <> a la peau claire et aux cheveux crepus, choisie pour regenerer la race. Une eclipse rapide nous amene dix ans plus tard a New York, ou l’on parle des histoires racontees a Sarah par son pere voulant lui apprendre a travailler dur et la discipline pour reussir.

Une seconde ellipse, ou eclipse soudaine du temps, nous transporte en 2004, toujours a New York et dans le meme appartement, ou le personage principal, Pierre Narcisse, est tendu, angoisse, et sur le point de perdre une partie qu’il croyait gagner par un plan de carriere infaillible, avec un triangle sentimental inespere. On est presque a la fin de l’histoire : des incidents tragiques ont eu lieu. Narcisse est seul dans son appartement, il a perdu l’estime de sa maitresse, de sa femme et de sa fille qui sont sorties et parties… peut-etre pour toujours. Le lecteur refait le parcours, l’itineraire et le destin du personage principal qui les revoient dans son esprit. Et c’est ainsi que du deuxieme au troisieme chapitre on se renseigne sur les origines de Pierre Narcisse, son passe en Haiti, ses frasques, jusqu’a son arrivee a New York ou les circonstances et sa carriere l’ont conduit. C’est un portrait haut et en couleur de cet ambitieux, de ses atouts, astuces et de ses lacunes ou failles, usage donc modere de prolepses et analepses.

Le style

Le roman se laisse lire agreablement, dans un style clair et fonctionnel, sans mystere, sans fioritures et de figures de style, pretextes a litterarite. Quelques relachements et regrettables coquilles, a corriger dans une edition definitive.

-Thematique-

A cote du theme principal, de l’ambition, de l’arrivisme de cet individu de classe moyenne inferieure, des sous-themes complexifient la thematique du roman, et la diversifient notablement:

Le racisme et le complexe d’inferiorite :

Narcisse est le produit du milieu haitien et de ses prejuges de couleur, ou le Noir est devalorise, ou la femme a la peau claire et la mulatresse sont revalorisantes et convoitees, pour <> la progeniture et assurer sa promotion sociale, son admission dans les cercles fermes, les milieu aises. Diplomate, il a des liaisons avec des femmes blanches. Quand il a une maitresse polonaise, il devient force d’amour.

Le <>, la frime, la paresse: L’impreparation et l’incompetence des fonctionnaires de nos missions diplomatiques qui sont souvent des <> des <> ou <>, ignorant les grands dossiers, intervenant mal a propos. L’inanite desdites commissions de l’ O.N.U, pretextes aux membres de ces comites pour arrondir leurs salaires, pour voyager, et beneficier de mirobolants <>.

L’intrigue enfin

On reprend la trame de l’histoire esquissee dans le preambule plus haut, la ou on l’avait laisse :

…Voici donc Pierre Narcisse, membre de la representation diplomatique a New York aupres de l’O.N.U, apres s’etre retrouve directeur des affaires cultrurelles au departement des Affaires etrangeres en Haiti. Il aura beneficie d’une bourse de formation, a Oxford en Angleterre, ou il a passe la plus claire partie de son temps a courir apres les filles, sans rien ajouter a ses competences intellectuelles. Formation ecourtee par ses frasques et ses dettes. Un premier sejour diplomatique aux Bahamas avec sa seconde epouse Grace, la <> a la peau claire de laquelle il a une fille de sa premiere femme, Claudine, noire de peau et de poil egalement. Narcisse, desappointe, aime sincerement ses trois enfants.

Que fait-il exactement de son temps ? Il s’habille elegament assiste routinierement aux assemblees ordinaires ou generales de l’O.N.U, n’emet aucune opinion tranchante, elude les questions embarassantes, brouille son identite et s’arrange toujours pour faire des conquetes feministes, pour avoir des aventures passageres. Il ne maitrise aucune question, aucun dossier a fond mais il impressionne. Pierre Plaitaux, sort tard la nuit et se rend dans les restaurants en vue avec ses proies; il rentre ambitieux revant et manoeuvant pour plus d’ascension sociale.

Et puis, un jour Narcisse, le diplomate play-boy, coureur, athee, libertin et pseudo-revolutionnaire, tombe amoureux, eperdu, et seduit une consoeur polonaise, Hannah, belle comme tout. C’est la passion inattendue et inesperee qui bouleverse sa vie, il perd sa contenance, il est malade et jaloux, ce macho. Il semble atteindre le faite de ses ambitions, au septieme ciel de ses reves de transfert social. Amaral, <> et sodomite en matiere de sexe, il ambitionne et lui propose meme un menage a trois, evoque aux oreilles de sa femme qu’il espere convertir au prealable aux plaisirs lesbiens.

Mais Hannah, la Polonaise, Grace, sa femme, sont taraudees par une quete obsessionnelle remontant a l’enfance : celle de leurs meres inconnues ou mortes dont elles sont a la recherche. L’univers et les plans bien echafaudes de Pierre Narcisse s’ecrouleront comme un chateau de cartes. La surprise sera de taille.

Appreciations

C’est un roman formidable de rebondissements, c’est une peinture psychosociale, reussie, d’un ambitieux type, froid calculateur, jouisseur sans scrupules, superficiel, mais pris au piege, sur le tard, des sentiments. Pierre Narcisse, en CARACTEROLOGIE de Roger Lesenne est un realiste ou <> : Non emotif-actif-primaire

A lire absolument

Roland Leonard