Le tunnel

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Et si toutes ces propositions de sortie de multicrise se transformaient in fine en plateformes ?lectorales ? Cette transition post-Jovenel Mo?se ne peut pas durer ind?finiment. L’acc?s aux postes de commande se gagne ? travers des ?lections libres ou, je le reconnais sans ambages, contest?es. Ha?ti est sans doute un Etat failli, plus proche d’une autocratie, mais je ne crois pas qu’il le soit irr?m?diablement. Les transitions ha?tiennes, quels que soient leurs tenants, n’ont pour aboutissement que de cr?er un climat de s?curit? (1) pour r?tablir rapidement l’ordre ou la normalit? d?mocratique par voie des urnes (2). Ni plus ni moins. Tout autre agenda ne peut susciter que perplexit? et plus d’agitation. Le plus souvent, et l? aussi c’est une r?gle historique, les gains politiques de crise en Ha?ti sont de court terme et s’effacent rapidement dans la confrontation aux ?preuves des ?lections improbables ou contest?es.

Tout le monde veut assauter le pouvoir, enfin la grande majorit? de nos concitoyens, anciens dirigeants conspu?s, parfois ?pingl?s pour leur mauvaise gestion, parlementaires jamais r??lus, opportunistes imp?nitents, candidats malheureux, affairistes de tout acabit. Le patriotisme, la passion du bien public, l’esprit r?publicain sont mis de c?t? dans ce carnaval de non-droit : il faut revenir aux principes fondamentaux de la d?mocratie lib?rale. On ne peut pas ?tre juge et parti(e) ? la fois. Cela vous rappelle quelque chose ? Contrairement ? 1990 avec Me Ertha Pascal Trouillot et ? 2004 avec Boniface Alexandre / G?rard Latortue qui ont facilit? l’organisation d’?lections g?n?rales libres et pacifiques, on est mal parti aujourd’hui. Comme on le sait, la transition atypique men?e par Jocelerme Privert (14 f?vrier 2016 – 7 f?vrier 2017), ?lu au second degr? par le Parlement, constitue une exception ? plusieurs ?gards et ne ressemble pas aux deux pouvoirs int?rimaires susmentionn?s sur un certain nombre de points. Aggrav?e par une ins?curit? accompagn?e par une s?rie d’enl?vements spectaculaires, qui montre l’impuissance manifeste de la PNH, la situation actuelle o? tous les rebondissements paraissent possibles est un v?ritable gu?pier, un nid de vip?res. Nous avons un foss? entre la mani?re dont la soci?t? vit et les institutions, elles ne sont plus connect?es aux citoyens du XXIe si?cle.

L’explosion d?mographique menace notre pays tout entier ! C’est l? un des probl?mes de la crise politique, et cela se passe dans tous les domaines ; il faut donc adapter les institutions, mais avec quelles ressources humaines et logistiques, car la soci?t? ne se reconna?t plus dans celles-ci, car les institutions qui, ? hauteur des hommes d’autrefois, ne correspondent pas aux grands technologiques et sociologiques actuels ? Le pire est probable d?sormais en Ha?ti. Le comportement des uns et des autres rel?ve d’une sorte de cannibalisme assez curieux, hors de port?e des meilleurs sociologues, politologues et psychologues. Les d?s sont pip?s avec ces regroupements de partis politiques et d’associations de la soci?t? civile en lutte pour diriger et organiser les ?lections alors que bon nombre de leurs membres seront candidats. Noy? sous une vague d’enl?vements sans limites, le pays continue de s’enfoncer. On aura tout vu dans ce pays d’agitateurs et d’?ternels opposants… Qui d?cide de l’avenir, qui prend des d?cisions pour la d?termination du pr?sent ? Tout cela, ce sont des questions concr?tes qui ont directement prise sur la vie des citoyens.

Il faut remettre la d?mocratie sur ses pieds, et la base est l’?ducation et la justice ; il ne faut pas isoler, marginaliser la jeunesse, mais la faire coexister avec l’?ducation et la justice. Le mal est d?j? fait ?… Quel accord ? Une solution ha?tienne ? Comment faire comprendre ? ces promoteurs de d?saccords que la sortie du tunnel – le retour ? la normalit? constitutionnelle – ne peut venir que d’une formule sens?e, bas?e sur la neutralit? et l’ind?pendance des autorit?s de transition, et non sur des combinaisons partisanes pour s?parer le g?teau gouvernemental. Les institutions sont en d?calage, nous avons des probl?mes transnationaux pour des institutions nationales.