L’effet papillon

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Au moment o? les responsables des derni?res institutions pr?sentes au centre-ville doivent ?tre en train de s’interroger sur l’urgence ou pas de d?m?nager leur institution de leur adresse historique de Port-au-Prince devant les menaces des gangs, reviennent en m?moire les propos d’il y a une dizaine d’ann?es d’un ancien gouverneur de la Banque centrale.

Charles Castel pour ne pas le nommer, avait demand? lors de l’une de ses prises de parole remarqu?es, si un jour, ? force de reculer, un strat?ge ne proposera pas de d?placer la Banque de la R?publique d’Ha?ti ? Kenskoff.

Puisque tout le monde abandonne le centre-ville, cette commune montagneuse, loin de la capitale, pourrait devenir le refuge id?al, ironisait le banquier tout en lan?ant une vraie mise en garde.

Charles Castel, il faudra bien un jour lui rendre hommage, ?tait l’un des rares, de ceux qui avaient autorit?, qui souhaitaient la reconstruction du centre-ville de Port-au-Prince apr?s le s?isme du 12 janvier 2010.

Il n’a pas ?t? ?cout?.

Douze ans plus tard, les derniers combattants se rendent. Il n’y a plus rien au coeur de Port-au-Prince. La d?bandade avait commenc? apr?s les ?v?nements de 2004 et les pillages qui s’ensuivirent, puis elle s’est accentu?e avec le tremblement de terre et elle prend une autre forme avec l’?mergence de la toute-puissance des gangs depuis le 1erjuin 2021.

Aujourd’hui, les derniers qui se rendent au centre-ville de Port-au-Prince, pour y vendre ou y travailler, le font la peur au ventre les jours o? s’y rendre est possible. Chacun se demande quoi faire ? O? aller ?

La Digicel, Denis O’Brien en t?te, a perdu le pari de faire revivre le March? en fer. Et, ? partir de cette adresse historique, revivifier le centre-ville. L’investissement de plus de dix millions de dollars qu’O’Brien, le milliardaire avait fait de sa poche n’a pas ?t? suivi de l’effet papillon esp?r?.

Au fil des ann?es, la situation s’est d?grad?e au centre-ville et ni l’?glise catholique n’a foi en sa r?surrection, car elle n’a pas reconstruit sa cath?drale, ni les hommes d’affaires ne se sont jet?s sur les riches d?pouilles de ses meilleures adresses historiques.

De la PNH qui ne voulait pas assurer la s?curit? des magasins et d?p?ts du centre-ville apr?s le s?isme ? l’abandon total par les forces de s?curit? du p?rim?tre historique de la ville fond?e en 1749, la capitale ha?tienne vit des jours difficiles.

Beaucoup de rues et m?me des quartiers entiers sont laiss?s ? l’abandon par peur des gangs. Commerces, institutions publiques et priv?es comme les propri?taires et locataires de logements d’habitation fuient des quartiers autrefois paisibles mais devenus zones de guerre.

L’?talement de la peur gagne du terrain lentement mais s?rement. Sans aucune r?ponse des responsables publics ha?tiens. Dans la guerre de territoire qui se d?roule en Ha?ti dans certaines villes, seuls les gangs r?sistent. Les uns contre les autres. Les armes ? la main. Quand la police se pr?sente c’est simplement pour ouvrir une route ou contenir une avanc?e. Il n’y a pas de politique s?curitaire pour reprendre les quartiers perdus ou pour prot?ger les populations affect?es. On se demande m?me s’il existe une r?flexion pour endiguer les prochains d?bordements.

Une dispute pour un sujet banal peut d?g?n?rer en guerre de gangs meurtriers pendant des mois. Dans ce sens, l’effet papillon a des cons?quences durables parce que le mal a un terrain plus favorable que le bien ? Port-au-Prince.

L? o? les millions de la Digicel n’ont pas pu entra?ner un grand mouvement, les rafales des armes automatiques imposent l’emprise des gangs.

On peut vivre la situation actuelle de Port-au-Prince comme un cauchemar et attendre que le mauvais r?ve s’ach?ve. On peut l’?tudier pour ?viter que la plaie ne s’?tende. On peut ne rien faire, continuer ? faire comme si ce qui se passe n’est pas grave et attendre le prochain battement d’ailes qui se transformera en trag?die ailleurs.

Martissant a fait ?cole. Il est temps que les autorit?s se mettent ? l’?coute et commencent ? apprendre de leurs erreurs et renoncements.

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