Les coop?ratives d’?pargne et de cr?dit ont-ils surmont? le krach de 2002 ?

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Jocelyn Jean Baptiste et Louisemane Beaubrun, cadres ? la Direction de l’inspection g?n?rale des caisses populaires (DIGCP) de la Banque de la R?publique d’Ha?ti (BRH), ont pr?sent? un survol de la situation financi?re des coop?ratives d’?pargne et de cr?dit (CEC) entre septembre 2020 et septembre 2021 ? la 12e ?dition du Sommet international de la finance, organis?e par le Group Croissance ? l’h?tel Marriott les 25, 26 et 27 avril 2022. <>, ont-ils indiqu?.

Par d?finition, une coop?rative est une association de personnes volontairement r?unies pour satisfaire leurs aspirations et besoins ?conomiques, sociaux et culturels dont l’objectif principal est de collecter l’?pargne de ses membres et de leur accorder du cr?dit. Dans un pays o? l’acc?s au cr?dit demeure tr?s limit? et souvent restreint ? un petit groupe sp?cifique, il est donc normal que la coop?rative comme mouvement attire la population. C’est donc sans surprise que ce mouvement allait connaitre un essor consid?rable mais aussi anarchique au cours des ann?es 90.

L’absence d’un cadre l?gal et d’institution de contr?le allait conduire au krach de 2002 o? un grand nombre de soci?taires avaient perdu toute leur ?pargne plac?e dans les CEC. Cet ?v?nement a ?t? v?cu comme un vrai coup de massue sur la t?te des soci?taires victimes. La loi du 26 juin 2002 sur la constitution, l’organisation, le contr?le et la surveillance des coop?ratives d’?pargne et de cr?dit (CEC) a permis de combler cette lacune et aid? au rel?vement du secteur. Cette loi a ?t? compl?t?e par le d?cret du 5 juin 2020 sur les institutions de microfinance.

? voir l’?volution de la situation financi?re du secteur coop?ratif de septembre 2020 ? septembre 2021 pr?sent?e par les cadres de la DIGCP, on est tent? de croire que la population ha?tienne a bel et bien repris confiance au dit mouvement.

Une hausse de 59 % de l’exc?dent net d’exploitation entre septembre 2020 et setpembre 2021

Au 30 septembre 2021, environ 74 coop?ratives financi?res de premier niveau ?taient recens?es dans les dix d?partements du pays par la DIGCP. Le d?partement de l’Ouest comptait le plus grand nombre avec 16 coop?ratives et celui de l’Artibonite avec 10. S’ensuivent les d?partements du Nord-Ouest et du Sud-Est avec 9 coop?ratives chacun, devant les d?partements du Centre et du Sud (7). Le Nord et la Grand’Anse, avec trois coop?ratives chacun, occupent le bas du classement, juste apr?s le d?partement des Nippes contenant cinq coop?ratives.

La DIGCP d?nombre deux f?d?rations de CEC: Le Levier et Le Soci?taire ainsi qu’une association, en l’occurrence l’Association nationale des caisses populaires ha?tiennes (ANACAPH). Au 30 septembre 2021, Le Levier disposait de 41 CEC-membres tandis Le Soci?taire en avait 10. ? la m?me date, l’actif des coop?ratives s’?levait ? 21,9 milliards de gourdes, soit une hausse de 22,3 %. Plus de la moiti? de ce montant (11,5 milliards de gourdes) a ?t? utilis? pour l’octroi des pr?ts. L’avoir des membres ou les fonds propres s’?levait ? 4,1 milliards comptant pour 19 % de l’actif total, alors que le minimum exig? par la norme relative ? la capitalisation est de 12.5%. Il a augment? de 18 % entre septembre 2020 et septembre 2021.

Le rendement de l’actif (ROA) des CEC a augment? de 1,29 point de pourcentage, passant de 3,75% en 2020 ? 5,04% en 2021. De son c?t?, le rendement de l’avoir (ROE) a affich? une hausse significative en passant de 18,19 % au 30 septembre 2020 ? 24,43% un an plus tard, soit une progression de 6,24 points de pourcentage. Les pr?ts nets ont cru de 4 points de pourcentage de plus que la croissance des d?p?ts. Ils totalisaient 11 milliards de gourdes et repr?sentaient 67 % des d?p?ts au 30 septembre 2021.

Les coop?ratives d?tenaient un montant de liquidit?s qui s’?levait ? 8,7 milliards de gourdes ? la fin de l’exercice fiscal 2020-2021. Ce montant a connu une progression de 36 % par rapport ? septembre 2020. Le ratio de liquidit? est ?valu? ? 53,24% du passif d?p?t, alors que le minimum exig? par la norme relative ? la gestion des liquidit?s est de 25%. Les CEC d?tiennent donc suffisamment de liquidit?s, ce qui leur conf?re une marge significative pour octroyer plus de cr?dit. Ils ont r?alis? un exc?dent net d’exploitation d’un milliard de gourdes, un montant en hausse de 59 % compar? ? l’ann?e pr?c?dente.

L’autre bonne performance du secteur a ?t? la baisse substantielle des provisions pour cr?ances douteuses qui sont pass?es de 693 millions de gourdes en 2020 ? 546 millions au 30 septembre 2021, soit une diminution de 21 %.

Une assez grande concentration

Au cours de l’exercice 2020-2021, notent Jocelyn Jean Baptiste et Louisemane Beaubrun, l’activit? du secteur coop?ratif a ?t? domin?e par les vingt plus grandes coop?ratives d’?pargne et de cr?dit (CEC) du pays. Leur actif, leur portefeuille de cr?dit et leur ?pargne, par rapport au total de l’actif du secteur, repr?sentaient respectivement 74,1 %, 75,5 % et 73.8%. Les trois plus grandes coop?ratives d’?pargne et de cr?dit d?tiennent 25,3 % des actifs totaux du secteur. SOCOLAVIM occupe la 1?re place avec un actif repr?sentant plus de 2 milliards de gourdes, soit 9,60% de l’actif total du secteur. Elle est suivie de CAPOSAC avec 1,8 milliard de gourdes (8,34%) et CPF du Cap-Haitien avec 1,6 milliard de gourdes (7,37%).

? la fin de l’exercice fiscal en 2020-2021, la DIGCP recensait 1 189 915 membres de CEC dont 60 % d’hommes, 36 % de femmes et 4 % de personnes morales (entreprises, associations). Les dirigeants des CEC ?taient au nombre de 817 : 79 % d’hommes et 21% de femmes. Le secteur embauchait 1 874 employ?s dont 64% d’hommes et 36% de femmes. Les CEC peuvent donc jouer un r?le important dans le financement des micros, petites et moyennes entreprises en Ha?ti (MPME) ainsi que dans la cr?ation d’emplois.

? en croire les cadres de la DIGCP, les CEC subissent, elles aussi, les frais de l’ins?curit? ambiante tout en demeurant assez rentables. Ils pr?cisent : <>

Ce fonds a ?t? cr?? par la BRH afin de financer les CEC qui sont en difficult? financi?re afin qu’elles puissent faire face ? des besoins de financement soit pour soutenir leur croissance ou pour financer un projet.

?tant donn? que les CEC sont ?parpill?es sur tout le territoire national et offrent des services financiers vari?s, poursuivent Jocelyn Jean Baptiste et Louisemane Beaubrun, elles se pr?sentent comme le meilleur outil d’inclusion financi?re dont le pays dispose pour toucher les personnes habitant dans les zones les plus recul?es du pays.

On reproche cependant aux CEC de trop se rapprocher des banques commerciales. Elles financent le commerce ? 42,69%, le logement ? 28,92% et la consommation ? 16,44%. La part des cr?dits allou?s au secteur agricole ne repr?sente que 5,68%. La concentration au financement du commerce demeure trop ?lev?e m?me si elle peut s’expliquer par une plus forte rentabilit? du secteur ainsi qu’? un niveau de risque moins ?lev?, compar? ? l’agriculture.

Thomas Lalime

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Performances des CEC entre 2020 et 2021

Source : BRH/ DIGCP

R?partition des CEC par rang et milieu g?ographique

Source : BRH/ DIGCP