Les effets devastateurs du seisme sur l’environnement naturel du Grand Sud d’Haiti

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Une triple crise sevit actuellement dans la region du Sud-Ouest d’Haiti et se manifeste par la degradation des ecosystemes, la perte de biodiversite et l’aggravation des evenements meteorologiques extremes lies aux changements climatiques. Le tremblement de terre de magnitude 7,2 qui a touche, le 14 aout 2021, dans la peninsule du Sud d’Haiti, les departements du Sud, des Nippes et de la Grande-Anse, est venu exacerber une situation deja critique ou, a l’heure actuelle, les ecosystemes sont fragilises par les activites humaines et de frequents evenements climatiques extremes.

Pour y remedier, une strategie de reconstruction, articulee autour de 3 axes complementaires, est envisagee moyennant des couts de relevement, en cours d’evaluation, estimes entre 25 et 50 millions de dollars americains. Ces 3 axes complementaires forment la restauration des ecosystemes, plus particulierement une vaste campagne de reboisement et de restauration des ecosystemes cotiers et marins et la mise en place d’un systeme integre de gestion des dechets, de meme que l’integration multisectorielle des enjeux environnementaux transversaux ainsi que la gouvernance environnementale.

Les effets du seisme, recenses en fonction des trois grandes categories environnementales, a savoir ecosystemes/nature, climat (adaptation/attenuation) et pollution/dechets, ont provoque des dommages inestimables sur les ecosystemes forestiers, cotiers et marins. Au detriment du bien-etre des populations sinistrees qui est intimement lie aux services rendus par les ecosystemes ainsi qu’a leur capacite de resilience face aux changements climatiques.

Ce premier constat des degats environnementaux est issu de l’evaluation environnementale sectorielle post-seisme, assorti de l’evaluation des besoins post-catastrophe (PDNA) lancee par le Premier ministre, le Dr Ariel Henry, le 31 aout 2021, dans le cadre d’un atelier de deux jours organise par le ministere de la Planification et de la Cooperation externe, avec le soutien des Nations unies, de l’Union europeenne, et de la Banque mondiale, avec egalement la participation de la Banque interamericaine de developpement, de l’Agence caribeenne de gestion des urgences en cas de catastrophe et de la Banque caribeenne de developpement.

D’une biodiversite exceptionnelle, la region du Sud-Ouest d’Haiti abrite la reserve de biosphere du massif de La Hotte qui s’etend sur 30 des communes des departements du Sud, des Nippes et de la Grande-Anse, et inclut 8 aires protegees terrestres et marines. De plus, le Parc national Macaya, a cheval entre les departements du Sud et de la Grande-Anse et au sein duquel se trouve l’une des dernieres forets vierges d’Haiti, represente la premiere zone de haute importance pour la biodiversite dans la Caraibe.

En d’autres termes, cette region est donc dotee d’une biodiversite et d’ecosystemes riches qui sont en capacite, si proteges et valorises, de fournir des services ecosystemiques essentiels a la resilience et au developpement local (moyens de subsistance, securite alimentaire, regulation de l’eau, protection contre les risques naturels, sante et bien-etre).

Les premieres evaluations denotent combien l’environnement naturel est tres severement touche par les effets devastateurs du seisme. A plusieurs endroits dans les trois departements, des glissements de terrain, eboulements et affaissements ont ete observes. La situation est particulierement critique dans le Departement du Sud, aux abords de l’aire naturelle protegee du parc Macaya ou les releves terrains realises demontrent que des eboulements et glissements de terrain se sont produits dans toute la zone du Parc et sa vicinite.

<>, detaillent les images satellites, en date du 23 aout 2021, recueillies aupres du CEOS [1], ci-apres, et qui font etat d’un total de 856,19 ha de glissements de terrain dans l’emprise d’une zone restreinte de 3679 ha situee dans le parc Macaya.

Par ailleurs, le seisme a occasionne une perte directe de couvert forestier ainsi qu’une augmentation claire de la pression sur les ressources forestieres, constatees dans les trois departements touches. <>, rapportent les premiers releves du constat realise dans les trois departements susmentionnes.

Ce constat s’applique egalement aux plantations de mangroves dans les aires marines protegees dans la peninsule du Sud d’Haiti, faisant l’objet d’une augmentation significative des pressions anthropiques sur les ressources ligneuses de la mangrove se traduisant par une intensification nette de leur coupe pour la reconstruction des maisonnettes ou pour la production de charbon de bois.

Ce braconnage s’il n’est pas freine a temps conduira tot ou tard a un risque de reduction de la surface de la mangrove et une affectation de la qualite des eaux. <>, alertent les etudes d’impacts apres avoir recenses egalement de nombreuses rivieres impactees par les affaissements ou les glissements de terrain dans les trois departements. Une diminution du debit et le tarissement de certaines sources, de meme que de la turbidite, y est aussi constatee.

Au-dela des retombees inquietantes sur l’ecosysteme et la biodiversite d’une maniere generale, les problemes importants de gestion des dechets, provenant des debris des infrastructures detruites, se sont intensifies par suite du tremblement de terre, et une proliferation des dechets plastiques et biomedicaux est egalement constatee.

Dans l’attente d’une etude plus poussee afin de determiner l’impact du seisme sur la production d’energie, le reseau electrique est endommage a plusieurs endroits. A Saut Mathurine notamment, l’envahissement du reservoir de la centrale hydroelectrique par des eboulis laisse augurer une utilisation alternative d’energie de source thermique apte a generer une augmentation des gaz a effet de serre (GES). De meme, l’augmentation de l’utilisation du charbon pour la cuisson peut avoir un impact sur les emissions de GES.

L’impact des effets environnementaux du tremblement de terre etant transversal, et donc multisectoriel, toute action entreprise en relevement devra imperativement produire des gains nets de biodiversite pour ces habitats critiques et ameliorer la resilience des ecosystemes et des populations, avec une attention particuliere pour les groupes les plus vulnerables et les plus touches.

Les pertes environnementales, en termes de services ecosystemiques, contribuent largement aux pertes enregistrees par les differents autres secteurs entrainant notamment une baisse de la production et des rendements agricoles, une insecurite alimentaire, un risque accru de destruction des infrastructures en aval des glissements de terrain provoques par l’erosion, une pression sur les ressources halieutiques dus a l’augmentation de la sedimentation et a la pollution, et des consequences sur la sante de la population dues a la contamination des ressources hydriques et a la proliferation des dechets.

Le PDNA est une methodologie mondiale developpee par les Nations unies, la Banque mondiale et l’Union europeenne qui porte sur l’impact des catastrophes declenchees par les risques naturels et les crises liees aux conflits, tout en tirant parti de l’expertise, des capacites et des ressources des trois institutions pour soutenir des processus diriges par le gouvernement.