Les quatre issues

The content originally appeared on: Le Nouvelliste

Devenue irr?futable et apparement in?luctable, la multiforme crise ha?tienne impose avec urgence une solution. Disons d’embl?e qu’il s’agit, avant tout, d’une crise politique dont la gen?se est la lutte pour le pouvoir. Quelles seraient les possibles issues pour arr?ter cette descente aux enfers ?

D’abord un pr?alable. D’un c?t? il ne para?t gu?re possible, ne serait-ce que pour des raisons g?opolitiques et historiques (l’exemple de la R?volution Cubaine), miser sur une hypoth?tique issue r?volutionnaire. De l’autre, il est inadmisible que le pourrissement de cette catastrophe devienne une norme.

Nous savons tous que la capacit? d’endurer la souffrance du peuple ha?tien est ?lastique et tend vers infini. Certains ?trangers voient m?me une qualit? lorqu’ils ?voquent leur caract?re r?silient ! ?tant donn? sa naissance aux forceps au d?but du XIX?me si?cle, certains Ha?tiens voient une sorte d’expiation historique. Pour moi, ni l’une ni l’autre interpr?tation doit ?tre retenue. J’ai un seul et unique objectif : mettre fin ? ce calvaire permanent car aucun peuple ne doit ?tre soumis ? autant d’?preuves. Point.

Voyons donc, ensuite, quels sont les quatre issues possible.

La premi?re est la possibilit? d’une nouvelle Op?ration de Maintien de la Paix des Nations Unies, une sorte de MINUSTAH II. Elle me para?t improbable. Ses seuls soutiens sont le Gouvernement dominicain et Luis Almagro de l’OEA. Tous les deux y comptent peu. En plus, il est impossible d’effacer le r?cent et r?tentissant ?chec de la MINUSTAH I (2004-2017). Enfin, il faudrait une R?solution du Conseil de S?curit? des Nations Unies. Or, la conjoncture internationale et les r?ticences chinoises et russes exprim?s lors des derniers d?bats sur Ha?ti montrent que ces deux pays, d?tenteurs du pouvoir de veto, ne seraient pas enclins ? cette solution. Sans mentionner ?videmment les r?ticences des ?tats de la r?gion. N’oublions pas qu’absent l’apport militaire de l’Am?rique du Sud – jusqu’? 73% du total des ses Casques Bleus – la MINUSTAH I n’aurait pas eu lieu.

La deuxi?me issue serait faire r?alit? le fervant d?sir des nationalistes de la droite dominicaine et d’Edmond Mulet pour un retour ? 1915. Sous le couvert d’urgence humanitaire, les Marines US occuperait le pays. Avec un culot sans limite et sans vergogne, Mulet ose donner des conseils. Or, l’Histoire r?cente d?montre son r?le de premier plan dans l’origine de la crise actuelle. N’emp?che qu’il propose en novembre 2019 que <>.

Existe-t-il un aveu plus clair d’un ?chec lorsque le diplomate fait appel au militaire pour faire ce que lui aurait d? faire ? Sachant que les D?mocrates sont tout autant interventionnistes que les R?publicains, cette <> n’est pas ? exclure.

La troisi?me issue serait une solution exclusivement ha?tienne avec la signature et la mise en oeuvre d’un Accord entre les diff?rents Accords. Essentiellement entre les actuels occupants du pouvoir et l’Accord de Montana.

Depuis Max Weber on sait que l’action en politique est tributaire de l’antith?se entre deux morales : celle de la responsabilit? et celle de la conviction. La premi?re guide Ariel Henry et le Core Groupe. La deuxi?me sert d’inspiration ? l’Accord de Montana.

Jusqu’? pr?sent ces deux morales ne se rencontrent pas. Et pour cause ! Car les deux, tout en jurant les pieds joints qu’ils feront appel aux ?lecteurs, en fait veulent commander une nouvelle transition (la douzi?me depuis 1986 !).

Aux antipodes de l’Ha?tianit? – caract?re de ce qui est ha?tien – le pays est touch? par le v?rus de l’Ha?tianite (sans accent). De quoi s’agi-t-il ? Il s’agit de la discorde dominante a m?me de d?chirer le tissu social. Les politiques se regardent en chien de fa?ence, se consid?rent comme des ennemis et chacun s’adjuge le titre de repr?sentant des int?r?ts du peuple. La m?fiance est partout. La malhon?tet? intellectuelle s’impose, la loyaut? dispara?t, personne ne fait amende honorable et ne reconna?t ses erreurs et encore moins l’?ventuel m?rite de l’adversaire devenu bellig?rant ? abattre. Dans ces conditions, il devient impossible une solution exclusivement ha?tienne.

Donc, la quatri?me issue fait appel ? une m?diation internationale. Je suis conscient de ses limites et limitations. ?galement de ses ?checs par le pass?. Il n’emp?che que c’est la seule et n?anmoins ?troite voie possible. J’oserais m?me avancer l’hypoth?se que cette m?diation doit souffler le chaud et le froid. Doit ?tre en mesure d’accorder des prix et des troph?s. Mais ?galement des punitions. Pour utiliser une formulation trop connue dans les Am?riques : <>. Sans quoi elle ne r?ussira pas.

Pour cel? il faut des personnalit?s respect?es, au-dessus de tout soup?on, expertes en <> et ?galement d?tentrices d’un pouvoir moral, politique et mat?riel. Le lecteur se rend compte que ces oiseaux rares ne sont pas habitu?s des cieux ha?tiens.

Il n’emp?che, enfin, que nous posions la question que f?che : est-ce que les acteurs ha?tiens veulent mettre un point final ? cette h?catombe ? Ou, comme souvent moi-m?me j’ai soutenu, ? savoir que la crise permanente est le r?sultat d’un <> sciemment entretenu.

Or il faudrait une culture du compromis, de la responsabilit? collective, un sens de l’int?r?t public, une compr?hension de l’Histoire. Bref, une culture d?mocratique o? la politique devient la science du possible et non la tribune de la d?magogie.

L’histoire r?cente du pays n’incite gu?re ? l’optimisme. Cependant pour Ha?ti dans sa marche insens? vers le chaos, c’est le seul sentier possible avant la chute dans le pr?cipice de la d?cheance comme nation.

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