L’ins?curit? est une bombe ? fragmentation

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Par Pierre-Raymond DUMAS

Le cas de l’apr?s-Aristide en 2004 est n?anmoins digne d’int?r?t et vaut la peine que l’on s’y penche aujourd’hui – ? l’heure o? les niveaux de l’ins?curit? et du banditisme atteignent des paliers tr?s inqui?tants – car le chaos atteignit ? l’?poque une soci?t? aux abois et d?truisit la cr?dibilit? du r?gime en place, ? savoir l’administration d?cri?e de Jean-Bertrand Aristide. La compr?hension de cet ?pisode ha?tien dramatique est donc susceptible de nous fournir des pistes dans le cadre de la conjoncture de 2022 o? les enl?vements en s?rie p?sent d?sormais lourdement et sur l’?conomie et sur le moral des citoyens. La transition d’Ariel Henry est ballott?e entre l’ins?curit? grandissante, l’attitude ind?cise de la communaut? internationale et l’opposition aux mille visages et aux agendas divergents.

L’Ha?ti aristidienne de l’?poque ?tait marqu?e par une grande violence accompagn?e de constants assassinats, un peu comme la pr?sidence d?vastatrice de Jovenel Mo?se et notre monde de 2022. La r??lection de Ren? Pr?val en 2006 nous a h?las d?montr? avec clart? que nos dirigeants ne se d?cident ? lutter contre l’ins?curit? qu’? partir du moment o? ils n’ont plus d’autre choix ! Pourtant, l’ins?curit? est un mauvais g?nie qui – sorti de sa bouteille – n’y est remis qu’avec d’extr?mes difficult?s. Sous un gouvernement d?cri?, l’ins?curit? peut s’acc?l?rer de mani?re spectaculaire et sa dynamique mortif?re devient d?s lors quasi impossible ? ?tre enray?e, en tout cas avec des co?ts socio?conomiques d’une lourdeur affolante. Il n’en reste pas moins que la s?curit? ne fut pas la priorit? absolue des responsables politiques ha?tiens de l’?poque qui ne se d?cid?rent ? la combattre qu’? partir du moment o? elle fut ? l’origine d’un chaos social, politique et ?conomique incommensurable.

Voil? pourquoi, s’il ne devait y avoir qu’un seul enseignement ? tirer de l’hyperins?curit? dans notre contexte actuel, ? Martissant comme dans la plaine du Cul-de-Sac ou ? Pernier, il devrait consister en une le?on de courage et de volontarisme. Comme l’?crivait le philosophe anglais John Locke, <>. L’exposition m?diatique des d?faillances et limites de la PNH oblige les dirigeants ha?tiens ? affronter les r?alit?s d?sagr?ables jusque-l? repouss?es sous le tapis. La crise globale de 2004 avec l’Op?ration Bagdad, qui a vu ce pays s’effondrer sur le plan s?curitaire, en donne un avant-go?t. Cette parenth?se tragique n’est pas aujourd’hui close ! L’insuffisance polici?re arrache tous les masques. On peut ne pas aimer son parcours professionnel, on peut ne pas aimer ses actes politiques comme pr?sident provisoire, on peut m?me ne pas aimer l’homme ; en revanche, aucun lecteur s?rieux ne peut nier l’?vidente minutie, l’incontestable utilit?, le travail consid?rable que constitue un livre comme Le Livre Noir de l’Ins?curit? (2001) de Prosper Avril. La d?monstration est ?pouvantable ! OEuvre sombre et pessimiste. Qu’importe son livre ? Pour nous, la question n’est pas de savoir si la compilation de l’ancien pr?sident est atroce, nous devons nous demander si elle est vraie. Elle l’est.

Etant donn? le cynisme des politiques actuellement men?es et leur violence, il para?t compliqu? d’imaginer que la d?magogie populiste va reculer. Mais la v?rit? peut progresser ? travers les personnalit?s et forces saines et montrer qu’il y a une autre alternative. Il y a finalement, dans l’Histoire, assez peu d’exemples d’une extr?me droite et gauche populistes d?magogiques qui progressent mais que les forces du bien ont su repousser ? temps. Car le populisme sous toutes ses formes trouve un terreau fertile dans des situations de d?tresse sociale r?voltantes (pauvret?, analphab?tisme, ch?mage, etc.). Les Ha?tiens se disent attach?s ? la d?mocratie. Mais profond?ment d??us par leurs ?lus et leurs institutions, au point qu’un quart d’entre eux accepteraient un r?gime plus muscl? pour combattre l’ins?curit? et l’anarchie. L’aspiration ? une dictature reste marginale aujourd’hui en Ha?ti. Ce qui ne l’est pas du tout, c’est le discr?dit des ?lites et la baisse de la participation aux ?lections. Comment une telle chose a-t-elle pu arriver ? Et pourquoi rien n’a-t-il ?t? fait ? Le fait est que notre d?mocratie assure une position confortable aux ?lus – couverts par une immunit? – le plus souvent aux ordres – ce qui ne les incite pas aux changements d’envergure. Ils s’accommodent tr?s bien d’un r?gime politique qui, objectivement, fait le bonheur d’une minorit? et beaucoup de laiss?s-pour-compte.

Seule une impulsion nationale apportera un grand bol d’air ? cette d?mocratie au rabais. Il y a urgence, car elle est contest?e jusque dans son fonctionnement et sa l?gitimit? : pourtant rien ne bouge. Rien qui laisse penser qu’? la t?te de l’Etat et de l’?conomie nationale, on a pris note de ce mal.