Litanne Juste, une madan sara ? toute ?preuve

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Le large chapeau de paille, qu’elle porte sur sa t?te, prot?ge difficilement son visage du soleil de plomb qui domine le ciel. Un long sac la ceint, dissimulant sa jupe noir ?vas?e, assortie d’un t-shirt bleu, froiss?, ?puis?, cachant avec peine son sous-v?tement. Litanne s’assied sur un banc en bois, les pieds s?par?s du sol humide d’un sac jaun?tre sur lequel sont dispos?s ?? et l? des bananes, des avocats et des ignames qu’elle arrange avec ses mains fermes. Il est 11 h 20. Le March? de Bizoton, situ? entre la route des Rails et la route Nationale #2, est en pleine effervescence ce mardi 26 juillet 2022.

? l’entr?e sud du march?, le son aigu d’une ferronnerie qui y si?ge se joint aux voix des marchands qui discutent les prix avec leurs clients, entrecoup?s par les vrombissements de moteurs de voitures et de concerts de klaxons. Le tout forme un bruit assourdissant. Litanne doit augmenter l’acuit? de sa voix pour se faire entendre. <>, pr?cise la madan sara. <>, ajoute-t-elle, la voix fatigu?e, les paupi?res lourdes.

Litanne Juste ? l’?preuve de l’ins?curit?

Depuis 2005, Litanne Juste s’approvisionne en denr?es chez les paysans et les grossistes du march? de Beaumont, commune du d?partement de la Grand-Anse, pour venir les revendre ? Port-au-Prince. Le march? ? la 5e avenue a toujours ?t? sa destination jusqu’en 2021. <>, se souvient-elle.

En 17 ans, Litanne vit sa pire ann?e depuis qu’elle s’est vers?e dans ce n?goce. La cause, elle l’impute ? l’ins?curit?. <>, se plaint-elle.

Le march? de Bizoton : le refuge et ses contraintes

Appel? r?cemment march? Izo, nom du puissant chef de gang de Village de Dieu, le march? de Bizoton accueille depuis l’?clatement des hostilit?s entre des groupes arm?s ? Martissant le 1e juin 2021, les madan sara provenant de J?r?mie, des Cayes, de Jacmel, de Plaisance-du-Sud et d’autres r?gions du grand Sud.

Ce mercredi, plus d’une centaine de madan sara s’installent dans ce march? de fortune. La majorit?, avant l’affrontement des gangs ? Martissant, vendait au march? de la Croix-des-Bossales, ? la 5e avenue ou dans d’autres march?s situ?s au coeur de la capitale. Litanne voit dans cet entassement au march? de Bizoton, la cause des difficult?s ? l’?coulement de ses produits. <>, s’apitoie Litanne, ajoutant que souvent les denr?es pourrissent et sont jet?es. <>, dit-elle, pointant du doigt un panier d’avocats, <>

Apr?s le d?but de la guerre des gangs ? l’entr?e sud de la capitale, les madan sara, au prix de leur vie, ont tent? de regagner leur march? initial. Le prix fort qu’elles payaient aux chauffeurs qui donnent aux bandits un droit de passage a davantage pench? la balance d?ficitaire. <>, regrette Litanne.

Le prix du transport qui grimpe grossit le lot des probl?mes de Litanne. Les chauffeurs revoient ? la hausse le coup du trajet en raison d’une commission qu’ils donnent sur chaque voyage au gang qui contr?le le march?. << Le prix du sac d'ignames est pass? de 250 gourdes en janvier 2021 ? 500 gourdes aujourd'hui. Le panier d'avocats de 100 gourdes ? 250 gourdes. Le <> de bananes se paie ? 100 gourdes alors que nous le payions ? 50 gourdes en janvier 2021 >>.

L’acc?s limit? au quart du march? de la capitale

L’?conomiste Thomas Lalime utilise le concept de la <> pour expliquer ce qui se passe ? Bizoton. <>, analyse l’?conomiste. <> , d?taille l’?conomiste Danielle St Lot.

Le basculement de Litanne

Litanne vivait ? Village de Dieu jusqu’en 2020 dans une maison qu’elle avait construite avec son mari. L’ins?curit? qui s’est accrue dans cette zone l’a contrainte ? s’installer ? J?r?mie. Elle a continu? ? entretenir son commerce qui a r?sist? au ph?nom?ne de pays lock en 2019. <> Depuis la mont?e de l’ins?curit? dans le pays, la guerre des gangs ? Martissant en particulier, Litanne constate impuissamment sa descente aux enfers.

Les pertes se multiplient, les cr?dits contract?s ne l’aident pas ? redresser la barre. Sa dette s’?value aujourd’hui ? environ 100 mille gourdes sans compter les int?r?ts qui s’accumulent tous les mois. <>

Prise au pi?ge par la dette et l’ins?curit?, Litanne se remet au bon Dieu. Depuis son retour ? J?r?mie, elle n’a pas un toit fixe o? se reposer avec ses quatre enfants orphelins de p?re depuis 2020. <>, se confie-t-elle, le regard perdu dans le vide. Elle a r?cemment consenti un lourd cr?dit pour envoyer sa fille a?n?e de 18 ans rejoindre un parent en R?publique dominicaine. Elle envisage de placer le benjamin, trois ans, ? l’orphelinat.

Les madan sara, un pilier de l’?conomie

L’ins?curit? est un handicap pour les madan sara qui sont un pilier de l’?conomie ha?tienne. <> , explique le Dr Lalime. <>, ajoute l’?conomiste. Si aucune ?tude ne chiffre la part des madan sara dans l’?conomie ha?tienne, Danielle St Lot affirme qu’elles constituent l’?pine dorsale de l’?conomie informelle qui domine l’?conomie du pays ? environ 85 %.

Le march? de la cantine scolaire, une lueur d’espoir

Rien que dans le Grand Sud, 372 mille ?coliers b?n?ficient du Programme national de la cantine scolaire (PNCS) mis en place par le gouvernement ha?tien, fait savoir l’?conomiste St Lot, pr?cisant que les produits utilis?s sont majoritairement import?s. Cette ann?e, les autorit?s ?tatiques via ce programme comptent utiliser les produits locaux pour alimenter la cantine scolaire en vue d’?ponger une partie de la perte des madan sara.

<>, pr?cise Mme Jean Louis. Le protocole entrera en vigueur ? partir du mois de septembre, mois retenu pour la prochaine rentr?e scolaire.

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