Medicaments generiques et essentiels : la bete noire de l’industrie pharmaceutique

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Par Dr Erold Joseph

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German Velasquez

4 novembre 2021

Afin que nul ne pretexte d’ignorance

Selon la Declaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789, tous les hommes sont egaux. En realite, certains s’averent <> que d’autres. L’inegalite devant la maladie et la mort, exprimee a travers les indicateurs de sante, s’avere de jour en jour de plus en plus criante dans le monde, en depit des progres medicaux colossaux. Naitre dans un pays du nord vous garantit une bien meilleure sante et qualite de vie que celui du sud. L’esperance de vie a la naissance dans les <> est en effet au moins 18 a 20 fois inferieure a celle des pays du Nord. Autrement dit, vous mourez en moyenne 18 a 20 ans plus tot selon que vous naissez et vivez en Afrique ou en Haiti au lieu de le faire aux Etats-Unis, au Canada ou en France, d’ou l’emigration. Pensez-y la prochaine fois que vous reviendrez. Ces <> proviennent essentiellement du developpement economique et, partant, de la difference dans les conditions de vie, lesquelles impactent les multiples determinants comportementaux et socio-environnementaux de la sante. Quand on tombe malade, le retour a la normale passe essentiellement et immanquablement (pas exclusivement) par la disponibilite des medicaments a un cout abordable.Toutefois un habitant de la planete sur trois n’y a pas regulierement acces, et les trois quarts vivent dans des pays en voie de developpement dans lesquels ne sont consommees que 8 % des ventes mondiales de produits pharmaceutiques.

Qu’appelle-t-on medicaments essentiels ?

Ce sont ceux qui sont les plus importants et urgents pour une collectivite donnee. Generalement ils sont produits dans les pays avances et plus precisement par leurs firmes pharmaceutiques qui disposent de la richesse et de la technologie necessaires. Ces societes a but lucratif les exportent dans les pays pauvres a un cout eleve, generalement prohibitif. Dans les annees 1970, devant la difficulte pour ces nations pauvres de traiter leurs malades, l’Organisation mondiale de la Sante (OMS) lance au niveau mondial, la <>. Les pays devaient, avec le support de cette institution, constituer une liste des produits de base les plus importants, en fonction des pathologies les plus courantes chez eux. Il s’agissait de rationaliser l’usage des medicaments. En effet, 80% de ceux qui existent sur le marche ne sont pas vraiment necessaires. Ils sont generalement le resultat d’un marketing et d’un lobbying intenses visant a promouvoir le meme principe actif sous des formes attrayantes diverses (boite, emballage, couleur, gout etc), et des noms commerciaux differents, tout en faisant croire qu’il s’agit d’un nouveau produit lequel devient plus cher. En 1977, un groupe d’experts de l’OMS, institution dirigee alors par Halfdan Mahler, etablit une liste mondiale modele de 208 medicaments essentiels, c’est-a-dire basiques et vraiment necessaires. Il invite les differents pays a agir de meme, au niveau local.Tout ceci est officialise en 1981 par la creation du <> (PAME). Le PAME avait pour objectif de <>. Ces Etats devaient en meme temps elaborer une politique pharmaceutique nationale axee sur ces drogues essentielles et les soins primaires, ce conformement a la Conference d’Alma Ata de 1978. En Haiti, l’initiative geree conjointement par le ministere de la Sante publique et l’OMS se nomme PROMESS. Cette structure remplace, depuis deux decennies, l’ancienne Agence d’approvisionnement des pharmacies communautaires (AGAPCO). Soulignons que la grande majorite des medicaments essentiels sont egalement des produits generiques.

Qu’est-ce qu’un medicament generique ?

Les grands inventeurs ont souvent vu leurs nouvelles decouvertes volees par des individus ou organisations qui en ont ensuite injustement profite. Le concept (devenu droit) de <> permet de proteger les premiers. En 1883, la <> consacre ce droit qui etait alors tres lie au commerce et le demeurera jusqu’a nos jours. Le prix Nobel d’economie de 1972, Kenneth Arrow, avait pourtant bien compris la necessite, d’une part, d’encourager la recherche scientifique et d’autre part, de rendre les resultats issus de cette derniere,favorables au bien-etre de la societe, voire de l’humanite toute entiere. Un equilibre extremement difficile a trouver ! Pour l’economiste, une nouvelle decouverte ne saurait etre prise en charge par le marche (la trompeuse main invisible d’Adam Smith), lequel ne vise que le profit, au detriment de l’equite et de la justice sociale. Ceci s’avere encore plus vrai quand il s’agit de sante, de medicament et de maladie.

Pour parvenir a l’equilibre profit/equite, il est signe en 1994, en Argentine, a Marrakech, un Accord sur les Droits de propriete intellectuelle touchant au commerce : l’ADPIC ou <>.Cet accord mondial incluait desormais les produits pharmaceutiques (medicaments, vaccins, tests diagnostiques.etc.). L’Etat subventionne la recherche pour l’industrie pharmaceutique via l’impot des contribuables. Il controle l’efficacite et l’innocuite (effets indesirables) du nouveau produit appele princeps. La firme detient alors le monopole de la materialisation et de la vente du medicament, ceci durant une vingtaine d’annees. En revanche, elle doit la rendre accessible a la population locale tant du point de vue du cout que de la quantite. Apres ce laps de temps, le brevet se termine. La drogue originale ou <> peut desormais etre repliquee et vendue par n’importe autre structure competente en la matiere. C’est desormais un <>, peu couteux, simple, accessible et modestement presente. Il appartient desormais au domaine public: l’industrie pharmaceutique a pu en tirer tout son profit. Un medicament generique est donc un medicament original ou <> dont le brevet arrive a expiration apres 20 ans de monopole et qui peut desormais etre fabrique par une firme autre que celle qui l’a invente. Dans les cas d’urgence (grande epidemie mortelle), l’on a prevu theoriquement des <>, c’est-a-dire des exceptions prematurees a la regle du brevet.

Pays developpes et pays en developpement face aux brevets pharmaceutiques

L’imposition del’ADPIC, en 1994, via l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), aux <>,consacrait l’hegemonie des firmes pharmaceutiques issues des pays riches. Pour ces derniers, le brevet constituait une regulation interne efficace allant dans le sens de l’interet commun et du bien-etre de leur propre population. Quant aux pays pauvres, peu organises, contraints de modifier leur legislation en faveur d’un monopole de deux decennies, ils perdaient l’acces aux medicaments et donc, aux soins. Ils n’avaient plus que leur medecine naturelle, a cette epoque ou le VIH/SIDA faisait rage et ou les antiretroviraux brevetes ne se retrouvaient que de l’autre cote de la barriere. D’ou la phrase celebre de Bernard Kouchner, a l’epoque : <> Jusque-la, certains pays emergents de l’epoque, comme le Bresil, l’Inde, la Thailande, disposant de la technologie necessaire, et non lies par les brevets, fabriquaient,en copiant ou en utilisant d’autres techniques comme l’ingenierie inverse, des medicaments generiques, rendant ces derniers accessibles aux <>. Tout ceci etait dorenavant interdit et les pays recalcitrants comme les Philippines, l’Inde, le Bangladesh et l’Afrique du Sud etaient menaces et classes sur la liste noire des grandes puissances comme les Etats-Unis et l’Angleterre.

La reconnaissance officielle, en pleine pandemie de VIH, des brevets medicamenteux par les pays du Sud, sous la pression des firmes pharmaceutiques soutenues par leurs pays d’origine (ceux du Nord), constituait un veritable <> pour reprendre les termes de German Velasquez, alors responsable du programme des medicaments essentiels a l’OMS. Durant ce hold-up de 20 ans correspondant a la duree des brevets, les prix des nouveaux produits, (les antiretroviraux a l’epoque) grimpaient regulierement, rendant ces derniers inaccessibles aux pays pauvres ou les gens mouraient par dizaines de milliers, des infections opportunistes consecutives au VIH. Pour calmer les ardeurs des activistes antimondialistes de l’epoque, l’on crea, (charite oblige) d’abord l’ONUSIDA dirige par le venere Peter Piot, puis le <>..Ces deux institutions devaient faciliter un certain acces therapeutique aux pays du Sud, Haiti comprise. L’Organisation mondiale de la Sante, toujours entre l’enclume et le marteau, entre compromis et compromission, se voyait desormais pratiquement mise sur la touche dans la gestion de la pandemie.

Covid-19 : la lutte contre les medicaments essentiels et generiques se poursuit

Le Sars Cov2, apparu en juillet 2019, aurait-il subitement change l’attitude des firmes pharmaceutiques des pays avances vis-a-vis des medicaments essentiels et generiques ? Sur le chemin de Damas, ces dernieres ont-elles renonce au brevet, a leurs profits mirobolants, ce au profit de l’equite ? Nullement. Incapables de trouver rapidement une nouvelle molecule therapeutique efficace, elles ont combattu ferocement, avec le support de leur gouvernement, et d’une poignee de scientifiques et d’organisations affilies, tout traitement precoce base sur des medicaments vieux d’au moins un demi-siecle tels la chloroquine et l’ivermectine. Il est certes permis de douter, scientifiquement parlant, de l’efficacite de ces derniers dans le cas de la Covid 19. Mais ce combat acharne contre des molecules inoffensives et leurs promoteurs, cette abstention therapeutique imposee au detriment du serment d’Hippocrate, et par-dessus tout, la creation d’une psychose de peur, expliquent, pour une bonne part, le grand nombre de deces observes dans le monde. Tout cela aura facilite la production rapide d’un certain nombre de vaccins brevetes, prepayes et imposes de force, pourvus d’une certaine efficacite, mais responsables de l’apparition de nouveaux variants. Contre ces derniers, il faudra fabriquer constamment de nouveaux vaccins et ainsi de suite. Vaccination perpetuelle, comme pour la grippe, et pour tous. Entre-temps, de nouveaux antiviraux brevetes apparaissent regulierement ces derniers temps et sont approuves a la vitesse de l’eclair. Tout ceci pour le grand bonheur de l’industrie pharmaceutique, de ses allies, et pour la relance de l’economie mondiale.

Dr Erold JOSEPH,

Pneumologue et expert en promotion de la sante

Courriels: [email protected] et [email protected]

Petite bibliographie

1Benjamin Coriat et.Fabienne Orsi, Brevets pharmaceutiques et sante publique : le cas de l’acces aux antiretroviraux, Economie publique, no 12, 2003

2. Pascale Brudon, Medicaments essentiels : le mythe de Sisyphe, open edition, 2001

3.German Velasquez, Origine et evolution du concept du medicament essentiel promu par l’OMS, 1991, 2018

4.German Velasquez, vaccins, medicaments et brevets, l’Harmattan, 2021

4.OMS, Programme mondial a moyen terme, medicaments et vaccins essentiels, EDV/MTP,1991

5. Ministere de la Sante Publique et de la Population (MSPP), Liste nationale des medicaments essentiels, janvier 2020, 2e edition

6. Alain Vaguet, L’espace politique des medicaments, open journal, 26fevrier 2015

7. Marion Navarro, L’industrie pharmaceutique, Cairn.info, no 5, 2009

8. Didier Raoult et Olivia Recasens, La verite sur les vaccins, Michel Lafond, 2018

9.Didier Raoult, Epidemies, vrais dangers et fausses alertes, 2020

10.Bertrand Russel, Science et religion, Gallimard, 1971

11.Erold Joseph, le Covid 19 en Haiti : quand economie, sante et education deviennent antinomiques, in <>, Chaire UNESCO Education et Sante et Centre Collaborateur OMS, 2020

12.Erold Joseph, L’evangile du vaccin, in <> et <>, 29 juillet 2021