Non, les ?tats-Unis n’ont pas essay? de renverser le pr?sident Jean-Bertrand Aristide en Ha?ti. Opinion de James B. Foley

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Le r?cent reportage exceptionnel du New York Times sur la cruelle indemnit? impos?e par la France ? Ha?ti, nouvellement ind?pendant, au d?but du 19e si?cle, et son impact profond?ment dommageable sur le pays appauvri jusqu’? ce jour, a malheureusement ?t? entach? d’une grossi?re d?formation de l’histoire r?cente.

En particulier, l’affirmation selon laquelle les ?tats-Unis ont collabor? avec la France pour monter un coup d’?tat contre le pr?sident d?mocratiquement ?lu d’Ha?ti, Jean-Bertrand Aristide, une affirmation faite par d’anciens fonctionnaires fran?ais, est fausse.

Il est vrai qu’en tant qu’ambassadeur des ?tats-Unis, j’ai consult? mes principaux homologues internationaux en Ha?ti, y compris les Fran?ais, dans le cadre de l’effort diplomatique que j’ai men? pour forger un compromis entre les protagonistes politiques et emp?cher la d?t?rioration de la situation de s’effondrer compl?tement.

La responsabilit? d’Aristide et de ses associ?s dans l’emploi de gangs de rue criminels pour intimider et terroriser les opposants politiques ?tait, dans ce contexte, un sujet de pr?occupation aigu pour les ?tats-Unis et leurs partenaires internationaux.

Mais la politique am?ricaine n’a jamais consist? ? rechercher ou ? soutenir l’?viction d’Aristide, que nous avons reconnu comme le dirigeant d?ment ?lu du pays. Nos n?gociations ?taient centr?es sur les r?formes de gouvernance et l’ach?vement du mandat d’Aristide. C’?tait d’ailleurs un point de friction majeur entre la France et les ?tats-Unis.

Je n’ai pas manqu? d’?tre r?primand? par des responsables fran?ais – y compris par le philosophe-envoy? R?gis Debray lors de sa visite marquante ? Port-au-Prince en d?cembre 2003 – pour ce qu’ils consid?raient comme une politique am?ricaine de soutien ? un dictateur enclin ? la violence. C’?tait ?galement l’opinion quasi unanime des partis politiques d’opposition ha?tiens et du large groupe d’organisations de la soci?t? civile contre Aristide.

Pendant de nombreux mois, j’ai fait tout ce qui ?tait en mon pouvoir pour parvenir ? une r?solution n?goci?e de l’impasse politique et pour sauver la pr?sidence d’Aristide jusqu’? ce que, dans les derniers jours tumultueux de la fin f?vrier 2004, je me consacre d’urgence ? emp?cher les rebelles sans foi ni loi de prendre le pouvoir et, finalement, ? sauver la vie d’Aristide, alors que la capitale sombrait dans l’anarchie.

Je ne peux expliquer ces r?centes affirmations fran?aises non factuelles de la complicit? des ?tats-Unis dans l’?viction d’Aristide que comme un reflet de ce que la France elle-m?me d?sirait et a pu ?tre. La s?rie m’a appris plus que ce que j’avais compris ? l’?poque sur la profondeur de l’animosit? de la France envers Aristide et son d?sir de le voir partir.

Il semble raisonnable aujourd’hui de sp?culer sur les liens potentiels avec la r?bellion qui a chass? Aristide du pouvoir, mais cet ?pisode reste entour? de myst?re. Je peux ?galement imaginer que les Fran?ais, qui n’?taient pas au courant de nos efforts intensifs pour d?jouer les parties anarchiques en conflit ou des circonstances dans lesquelles Aristide m’a demand? un sauvetage par les ?tats-Unis, doivent supposer que les ?tats-Unis ont eux-m?mes cyniquement organis? le r?sultat qu’ils recherchaient depuis le d?but.

L’ambassadeur fran?ais et Debray – lors d’une visite ult?rieure en Ha?ti – m’ont reproch? avec v?h?mence de ne pas avoir consult? les Fran?ais au cours des derniers jours de la crise et, en particulier, en ce qui concerne le d?part d’Aristide. Encore une fois, ils ne savaient rien des discussions intensives que j’ai eues avec Aristide, ? sa demande, dans la nuit avant que nous n’acceptions de d?p?cher un avion pour le mettre en s?curit?.

Il est vrai, comme le rapporte le Times, que les Fran?ais sont intervenus une fois que l’avion a quitt? l’espace a?rien ha?tien. ? notre grande surprise, Aristide avait choisi l’Afrique du Sud comme destination, mais le secr?taire d’?tat am?ricain Colin Powell n’a joint le pr?sident sud-africain pour lui transmettre sa demande qu’apr?s le d?collage de l’avion de Port-au-Prince, et il a essuy? une rebuffade inattendue. (L’Afrique du Sud a dit oui, mais devait retarder la r?ception d’Aristide de quelques semaines). Je crois savoir que Powell a alors contact? les Fran?ais, dans l’espoir qu’ils puissent trouver un exil temporaire pour l’ancien pr?sident quelque part en Afrique.

Il est ? noter qu’aucune preuve n’a ?t? pr?sent?e ? l’appui d’une telle affirmation historiquement cons?quente ; en effet, il n’y en a aucune. Les archives ne contiendront aucune note de d?cision ou compte-rendu de r?union des ?tats-Unis dans lequel une politique ou un plan est approuv? ? un moment quelconque pour s’associer ? la France afin de renverser Aristide, sans parler d’une quelconque instruction qui m’aurait ?t? donn?e de mettre en oeuvre un plan aussi important. Je l’aurais confirm? avec insistance si j’en avais eu l’occasion avant la publication en ligne de la s?rie.

Au cours des presque 20 ans qui se sont ?coul?s depuis ces ?v?nements, aucun responsable du gouvernement am?ricain de l’?poque ne s’est avanc? pour avouer ou admettre la complicit? des ?tats-Unis dans la chute du pouvoir d’Aristide, et il n’y a jamais eu la moindre fuite ? cet effet – ce qui, si l’all?gation ?tait vraie, serait extraordinaire ? Washington, D.C. Des dommages ont ?t? caus?s aux archives historiques – et ? la r?putation de divers responsables am?ricains qui ont maintenu la v?rit? sur la politique et les actions des ?tats-Unis en Ha?ti en 2003-2004.

James B. Foley a ?t? ambassadeur des ?tats-Unis en R?publique d’Ha?ti du 27 mai 2003 au 14 ao?t 2005.

Paru dans Miami Herald