Notre football feminin est cinquantenaire (suite et fin)

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NOTRE FOOTBALL FEMININ EST CINQUANTENAIRE

(5eme et derniere partie)

Par Raymond Jean-Louis

EN PISTE POUR L’ULTIME ETAPE DE CE DOCUMENTAIRE SPORTIF

Nous sommes donc a la porte de sortie de ce documentaire de football feminin circulant depuis decembre 2021 sur le “boulevard du Cinquantenaire”. Afin d’eviter les couloirs de l’oubli a quelques pas de la ligne d’arrivee, j’ai passe quelques semaines de reflexion dans la loge de ma memoire. D’autant que ce dernier volet touchera notamment un perilleux dossier administratif qui faillit entrainer la “DISPARITION” du football feminin en ete 1999 sur le sol dessalinien.

ETE 1997 A LEOGANE : PARTICIPATION DE LA MARTINIQUE AU TOUNOI ORGANISE PAR ANACAONA FC

C’etait un tournoi de haut niveau reunissant au parc Gerard Christophe les Tigresses de Port-au-Prince, Anacaona de Leogane, Star des Gonaives et une selection de la Martinique. Une grandiose fete de ballon rond a la Cite de la reine Anacaona. Friands de bon football, les Leoganais ont ete bien servis en la circonstance.

Au niveau de la reception des equipes invitees, les dirigeants leoganais avaient tout prevu. La delegation martiniquaise a sejourne au local des Freres de l’Instruction Chretienne, tandis que celle des Gonaives a ete heberge a l’hotel Macaya de CA-IRA (la populaire plage de Leogane). Tout au long de leur sejour, les dirigeants et les joueuses de ces deux delegations ont mis l’accent sur l’encadrement de leurs hotes et la sportivite du public leoganais.

Organisatrice du tournoi de la Rennaissance a deux reprises, Anacaona a place la barre plus haut en 1997 pour offrir ce plat sportif international au public haitien. Au parc Gerard Christophe, le spectacle produit par les actrices s’accordait avec la passion des fans qui enfanterent des boucans de joie. C’etait le plus prestigieux concert sportif organise jusque-la dans cette ville.

Comme il fallait s’y attendre, ce furent les deux grandes rivales des annees 90 au niveau national, Tigresses et Anacaona, qui animerent le dernier rendez-vous de ce tournoi. Un passionnant choc mettant aux prises des fauves et une “reine en ballon” qui dominerent la ronde des distinctions a cette epoque dans le cadre des competitions nationales.

Finale Tigresses-Anacaona : quel defile de vedettes ! Une fois de plus, ce classique du football feminin fit honneur a sa reputation. Mangeuses de trophee, les Tigresses se presenterent toutes griffes dehors sur la scene de cette finale. Mais en face, les determinantes Leoganaises ne firent pas de concessions. En definitive, la victoire sourit aux heritieres de la reine Anacaona. Et sur la table d’honneur de ce tournoi de prestige, la coupe de la laureate etait bleu et blanc.

Quant aux Martiniquaises, elles se sentaient chez elles a la Cite Anacaona, comme si elles etaient a Fort-de-France. Partout pendant leur sejour, elles etaient bien entourees. Et elles ont quitte notre pays en emportant dans leur coeur les souvenirs de cette accueillante cite sportive.

DE 1995 A 1998 : LA PLUS EFFICACE PERIODE DU FOOTBALL FEMININ AU NIVEAU ADMINISTRATIF

Sur la voie de ce documentaire, j’ai volontairement evite ou dribble certaines zones nuisibles. Toutefois, plus loin, ma plume se retrouvera dans l’oblgation de fouler une pelouse tres glissante qui a provoque la demission de l’integre Claude-Henry Albert, president de la LHFF, a l’occasion de l’inauguration du Championnat national 98-99 au stade Sylvio Cator. Pour la majorite des clubs, c’etait un coup de massue compte tenu de la gestion saine qu’affichait l’Etat-major du football feminin depuis la saison 95-96.

M. Albert et ses compagnons avaient pris les renes du football feminin apres un long passage a vide dans ce secteur. Pratiquant la “politique de la porte ouverte”, ce nouveau Comite executif a marque de precieux points sur le terrain des relations humaines. D’autant que la presse sportive ne marchandait pas son apport. Mais certains ne voyaient pas d’un bon oeil l’efficacite de la nouvelle vague de la LHFF.

Profondement appuyee par les plumes et les micros sportifs, la LHFF organisa trois (3) Championnats nationaux et trois (3) Coupes d’Haiti en trois (3) saisons sous le signe de l’impartialite. Resultante de la discipline et de la rigueur. Mais dans notre milieu, discipline, impartialite et rigueur sont, pour certains, des peches capitaux. Et les tenors de la discorde refirent surface a quelques metres de la fin de la saison 97-98. Pour cela, je cessais d’etre le “benevole consultant permanent” de la LHFF.

Entre-temps, la selection nationale de football feminin avait participe a un examen concacafien a Toronto (Canada). La Ligue m’avait invite a faire partie de la delegation. Mais j’avais propose a mes partenaires de la LHFF de me remplacer dans la delegation par un jeune animateur sportif du CPS qui supportait sans relache les activites du football feminin. Ce qui a ete fait. Et j’ai sportivement remercie les membres de la Ligue d’avoir compris le sens de ma requete an faveur du jeune animateur sportif.

LA PLUS GRAVE CRISE DE L’HISTOIRE DU FOOTBALL FEMININ

La regrettable demission de Claude-Henry Albert a ete un obstacle majeur pour la LHFF, notamment sur le plan financier. Car, dynamique a l’extreme et conscient de ses lourdes responsabilites, le president Albert n’hesitait jamais a ouvrir largement son portefeuille des qu’il s’agit de concretiser certains projets de la LHFF. Par exemple, il n’a pas revele la hauteur du montant qu’il a personnellement debourse pour la realisation de la grandiose ceremonie de cloture du Championnat national 95-96 a l’hotel Christopher. Je me souviens de son intervention lors d’une reunion au college Gilbert Albert pour defendre le siege de cette fete colossale : “SE NAN OTEL SA A KE TOUT GWO SEREMONI OGANIZE. MEDAM MWEN YO KA RANTRE CHRISTOPHER TOU”. Ce fut une merveilleuse soiree que les footballeuses de cette saison n’oublieront jamais.

Apres le depart force (et planifie) du president Albert, du lourd boulot pour ses anciens collaborateurs de la LHFF. On commenca a enregistrer des lignes brisees dans la gestion du Championnat national. Deux ou trois equipes economiquement faibles ont plie bagages. Pire, le Championnat a ete suspendu a cause d’une grossiere faute administrative dans la programmation d’un match Aigle Brillant-Tigresses. L’equipe jaune et noir ayant ete la victime de cette bevue administrative, Anacaona a pris la porte de sortie pour appuyer sa grande rivale. Et la crise devenait aigue, tres “malouk”. En peu de mots, le football feminin se trouvait devant la “BARRIERE DE LA DISPARITION”. Juste consequence du non respect des principes et du “maspinage” de l’integrite…

LE FOOTBALL FEMININ SAUVE DE JUSTESSE A LA PORTE DE LA DISPARITION EN 1999

A cause de l’epais dossier Aigle Brillant-Tigresses, le football feminin avait abandonne le stade en direction du “cimetiere” (!). On etait a quelques pas du terme de la saison 98-99. Ne masquant pas leur inquietude, les journalistes sportifs ne cessaient d’appuyer sur la sonnette d’alarme. Mais la FHF, pour sa part, resta muette au sujet des problemes coriaces du football feminin.

Un jour, pendant une conference de presse ou le Bureau federal presenta officiellement Manno Sanon et Nono Jean-Baptiste, nouveaux membres de la Commission technique, Harold Domond, journaliste sportif de Radio Caraibe FM, posa la question suivante au president provisoire de la FHF, Jean-Edouard Backer : “Que compte faire la Federation pour aider le football feminin a sortir de l’impasse” ?

Puisque la reponse du president n’etait pas convaincante, Domond posa la meme question au secretaire general Elie S. Jean apres la conference de presse. Sans hesiter, Elie precisa que “la crise du football feminin est tellement aigue que la FHF a decide de ne pas intervenir. Toutefois, si votre confrere RJL accepte de se charger du dossier, la Federation l’accompagnerait”.

A mon tour, j’ai dit au secretaire general Elie S. Jean, ex-president de l’equipe feminine Minerve 13 : “Comme d’habitude, je suis pret a supporter le football feminin. Mais, cette fois-ci, j’exige une lettre de la FHF pour executer ce boulot”. Le lendemain, la Federation m’a nomme “Coordonnateur de la LHFF”. J’ai accepte de m’engager sur cette voie cahoteuse par sentiment d’appartenance.

C’est le tresorier de la FHF, Frantz Liautaud, qui m’accompagnait dans cette “mission de la derniere chance”. Tout d’abord, nous avons organise une reunion avec les omze (11) equipes engagees dans le Championnat national. A l’appel nominal, six (6) equipes sur onze (11) se sont engagees a poursuivre la course. D’entree de jeu, M. Liautaud a annonce aux delegues des clubs que Capital Bank sponsorisera la competition nationale.

Deux jours plus tard, en recevant le nouveau classement ou les Amazones occupaient la derniere place, un responsable “amazonien” m’a affirme que son equipe a decide d’abandonner la competition. Ce que ce dirigeant confirma lors de la deuxieme reunion organisee par le “Comite pompier” alignant Frantz Liautaud, representant du Bureau federal, le coordonnateur RJL et deux membres de la LHFF, Alfred “Dodo” Desir et Marie-Rincher Rimpel. En considerant le desistement des Amazones, Frantz Liautaud a declare : “Puisque six (6) equipes sur onze (11) ont desiste, la LHFF organise la Coupe d’Haiti”.

La Coupe Capital Bank s’est deroulee sans le moindre incident au stade Sylvio Cator. Une “significative victoire du sport aux depens de l’immoralite” ! Anime par une farouche determination de s’imposer, l’Aigle Brillant remporta logiquement le trophee, sa premiere distinction au niveau de l’elite.

C’est ainsi que, base sur ma conviction et mon attachement au service, j’ai contribue une nouvelle fois a la resurrection du football feminin en Haiti, grace au support de mes confreres et a l’encadrement de Frantz Liautaud.

Un concert de reconnaissance pour saluer deux membres de la LHFF, Alfred “Dodo” Desor et Rincher Rimpel, mes fideles partenaires dans cette derniere bataille pour la survie du football feminin. Ma mission etant accomplie, j’ai quitte le pays vingt-quatre (24) heures apres la finale de la Coupe Capital Bank en direction des Etats-Unis ou j’ai appris que l’Aigle Brillant a remporte le Championnat national 1999-2000, et qu’une nouvelle equipe (Valentina) a, quelques annees plus tard, renforce magistralement les rangs du regiment national de football feminin.

VALENTINA, REVELATION DE LA PREMIERE DECENNIE DES ANNEES 2000

La place de Valentina dans ce documentaire est etroite parce je n’etais pas en Haiti lorsque cette equipe se revela sur le circuit du football feminin. Cest par le truchement de son president et fondateur Ronald Matador que j’ai savoure les performances de cette equipe.

Fondee en 2005, Valentina a donc fait un eclatant depart sur la scene FF en remportant consecutivement trois Championnats nationaux en 2006, 2007 et 2008. Elle a conquis un 4eme trophee en 2019. De quoi demain sera-t-il fait pour Valentina et les autres equipes de l’elite nationale ?

Les pesants problemes administratifs ont enpeche a l’equipe de Matador et a d’autres de progresser ou de rester a un niveau decent sur cette piste sabloneuse. Le refus par la FHF de favoriser la reconstitution de la LHFF est l’une des causes majeures de cette chonique degradation qui risque d’entrainer la disparition pure et simple de ce secteur sur la carte de notre football.

Ainsi, comme les autres clubs disparus, Valentina, Anacaona et d’autres equipes seront peut-etre obligees un jour de renvoyer leurs joueuses et mettre leurs equipements en vente sur la place publique, si la FHF n’adopte pas des mesures decentes au niveau administratif pour assurer le redressement.

PARTICIPATION D”HAITI AU MONDIAL FF U-20 2018 EN FRANCE

Passe lumineuse de Nerilia, but decisif de Sherly : cette action eclaire et limpide face au Canada en match de classement des examens mondiaux de la CONCACAF a conduit Haiti en 2018 au concert mondial U-20 de football feminin organise en France. Un acquis de plus pour le football haitien sur la scene internationale.

Partout mobilises depuis cette qualification, les sportifs haitiens ont apprecie l’honorable participation des footballeuses bleu et rouge a ce sommet mondial de ballon rond. D’autant que cette participation a ouvert les portes de certains clubs francais en faveur de plusieurs Grenadieres formees en Haiti.

L’essentiel pour le futur, c’est de s’organiser administrativement au niveau federal afin de permettre a nos joueuses et a nos equipes de progresser. Car les peches administratifs se degagent egalement au niveau de la gestion de nos selections feminines. Et ce ne sont pas les elections qui contribueront a fermer cette vanne generee par une serie de decisions zigzagantes de la FHF qui penalisent particulierement les equipes rongees par une crise strategiquement geree…

PLACE AUX REMERCIEMENTS

C’est la fin de cette “promenade sportive sur les rives du passe”. Avant de fermer la porte de ce long temoignage base sur l’histoire du secteur feminin du football haitien, j’adresse, au nom de la tribu FF, un plateau de remerciements a mon estimable confrere et “frere sportif” Raphael Fequiere qui m’a offert l’opportunite de partager dans les colonnes du quotidien Le Nouvelliste les pages historiques de ce documentaire avec les amants du ballond rond, les inconditionnels du football feminin en particulier.

La publication de ce documentaire est une victoire de la solidarite dans le secteur sportif de la presse haitienne. Ce qui, une fois de plus, justifie la synchronisation caracterisant l’inestimable apport des membres de la presse sportive depuis les premieres balles deplacees par les footballeuses pionnieres des colleges Canado Haitien et Sacre-Coeur le 19 decembre 1971 au parc Sainte-Therese de Pherese. Honneur et merite aux valeureux chroniqueurs sportifs pionniers Yves Jean-Bart et Jean-Claude Sanon !

La publication de ce documentaire est aussi le triomphe de la foi et de la perseverance. Sportive accolade a mon “ami-frere” Guimps Joseph et a mes autres compagnons d’Haiti. Fraternelles salutations a mes fideles partenaires de la diaspora qui, par leurs sportives reactions et suggestions, m’ont profondement aide a accomplir cette mission sur la scene du passe. Sans oublier les anciennes footballeuses qui, en m’autorisant a publier leurs photos, ont meuble ce documentaire que je leur dedie specialement.

Enfin, il importe de signaler que ce documentaire ne couvre pas totalement l’espace des cinquante (50) ans d’exercice de football feminin en Haiti. C’est, en quelque sorte, ma vision dans l’histoire de ce cinquantenaire couronne le 19 decembre 2021. Mes confreres Gregoire Eugene Jr (Greggy), Alix Carre, Raphael Fequiere, Yves “Dadou” Jean-Bart, Gilbert Fombrun et Jean-Claude Sanon, pere de la presse sportive haitienne, sont egalement bien armes pour offrir au public haitien de precieuses pages authentiques concernant le Cinquantenaire de notre football feminin. 19 decembre 1971-19 decembre 2021, une vivace epopee sportive.

Vive le football feminin !

Vive le sport national !

Vive Haiti sportive unie !