PNH: Leon Charles sort une nouvelle fois par la petite porte

The content originally appeared on: Le Nouvelliste

Avec Leon Charles, l’adage se confirme : sa k rive yon fwa, ka rive de fwa. Il a demissionne et repris la petite porte, 16 ans apres son precedent echec au poste de directeur general de la Police nationale d’Haiti (PNH). M. Charles, pour le pire, entrera dans les annales de l’histoire de l’institution policiere. Il est le seul ex-DG a redevenir DG, par la seule volonte du president Jovenel Moise, en violation de la loi creant la PNH. Il est aussi le seul, en poste, lorsqu’un president, Jovenel Moise, livre par sa garde rapprochee, s’est fait assassiner, chez lui, dans sa chambre a coucher. Le DG Charles, omnipresent dans la presse pour informer de la traque des assaillants colombiens et d’autres suspects de cet assassinat crapuleux, n’a jamais dit publiquement que le president Moise lui avait demande de l’aide, de voler a son secours avant de mourir.

Leon Charles, incapable de sauver la vie du president de la Republique, avait vecu une humiliation, un terrible moment de solitude, au Cap-Haitien, lors des funerailles de celui-ci. Hue, copieusement insulte, M. Charles a meme ete traite d’assassin par des partisans du feu president Moise. Il a quitte le site ou Jovenel Moise est inhume en trombe, peu apres l’evacuation a la hate de la delegation americaine, menee par l’ambassadeur des Etats-Unis a l’ONU, Linda Thomas Greenfield. Leon Charles a fait le dos rond face a cette avalanche de critiques et d’insultes. L’homme avait developpe la faculte d’etre impermeable aux critiques a mesure qu’il collectionnait les revers.

En mars 2021, le DG Charles assiste en premiere loge a un carnage, une defaite, ce qui marquera le debut d’une ascendance totale des gangs du G-9 sur la PNH. Cinq policiers de la GIPNH (Swat team), une unite d’elite, pris au piege a Village-de-Dieu, se sont fait massacrer par le gang de Izo. Les images de cadavres mutiles, l’exposition triomphale des armes et d’un blinde saisi par les bandits, des jeunes et gamins pauvres lourdement armes ont fait le tour du monde. La detresse des familles, les gemissements et supplications de meres accrochees a l’espoir de retrouver les cadavres de leurs proches ont ajoute une dimension encore plus tragique a ces evenements. Au lieu d’oeuvrer a recuperer les cadavres ou ce qui en restait pour donner sepulture a ces braves, morts au front, la PNH, sous Leon Charles, s’etait arrangee pour recuperer le blinde dans lequel ces derniers etaient coinces par des bandits qui les canardaient. Sur les reseaux sociaux, une avalanche d’insultes, d’expressions d’indignation et de colere s’est deversee sur M. Charles.

La PNH n’a pas pu prendre le controle de Village-de-Dieu, lieu de sequestration d’une bonne partie des victimes du kidnapping. Au lieu de se tenir droit dans ses bottes, d’assumer ses responsabilites en tant que chef, Leon Charles s’est cherche et trouve en l’inspecteur general Carl Henry Boucher un bouc emissaire. Carl Henry Boucher, dont l’equipe etait chargee des renseignements et du deroulement des operations via des drones, est livre aux loups. Les pleurs du grade, jete en isolement a l’Inspection generale de la PNH, ont fait voler en eclats le peu, si tant il en restait, de cohesion au sommet d’une institution ou la solidarite de corps est un concept aussi vide qu’un oeuf ecrabouille apres les Paques, ou les crocs-en-jambe sont devenus la regle.

Apres la deroute de Village-de-Dieu, une mecanique de la defaite s’est embrayee. Entre avril et mai, toutes les antennes de la PNH, de Duvivier au Carrefour Hasco, en passant par Portail St-Joseph, au bas de la ville, sont tombees entre les mains des gangs. Leur emprise s’est etendue au point qu’ils ont poursuivi les kidnappings et des raids sur la route de l’aeroport, lieu de la plus importante concentration d’entreprises a Port-au-Prince et en Haiti.

Le DG Charles, fort en parole, avait promis le feu de l’enfer aux bandits, dont Jimmy Cherizier, alias Barbecue, le chef de G-9. Mais il devenait evident qu’il n’avait plus la confiance des troupes ni les moyens adequats pour inquieter les gangs. Apres une succession d’echecs, d’operations pour isoler les gangs en posant des containers dans des arteres importantes, M. Charles a vecu une autre periode de grande solitude. Le 1er juin 2021, lorsque les gangs de Izo et Ti Lapli d’un cote et Chrisla de l’autre se sont declares la guerre, personne ne se doutait que la PNH allait assister impuissante a la scission de fait d’Haiti pendant deux longs mois.

Port-au-Prince, la capitale, est restee coupee des quatre departements du grand Sud jusqu’a la treve decidee par les gangs pour raison humanitaire au lendemain du seisme qui a ravage le grand Sud le 14 aout 2021. Sans crier gare, les gangs d’Izo et de Ti Lapli ont repris le collier. Ils kidnappent a tour de bras, ranconnent les usagers de la route de Martissant, tuent impunement et violent cruellement des femmes qui, de plus en plus, trouvent le courage de raconter l’horreur qu’elles ont subi. La circulation des hommes et des marchandises, grandement compromise a cause de l’insecurite, a provoque depuis plusieurs mois maintenant des penuries d’essence.

La PNH de M. Charles n’est pas parvenue a securiser la peripherie des terminaux petroliers. Les gangs volent comme bon leur semble les camions de marchandises. Ils se sont mis au commerce du gaz. Apres d’autres greves, celle des 18 et 19 octobre contre l’insecurite a trouve un Leon Charles grandement fragilise. Le 17 octobre, le chef de la PNH a vecu en direct, aux cotes du Premier ministre Ariel Henry l’affront par les gangs. Ni le PM ni le DG n’ont pu arriver au bout de leur intention de fleurir la tombe du pere de la Patrie, Jean-Jacques Dessalines, a Pont-Rouge. Sous un deluge de balles, le DG Charles, le PM Henry et d’autres officiels ont detale comme des lapins. Le chef de gang Jimmy Cherizier, lui, a parade a Pont-Rouge.

La veille, le samedi 16 octobre, Leon Charles, appuye par les Americains, a vecu en premiere loge une autre grande crise, le kidnapping de 17 etrangers, dont 16 Americains et un Canadien par le gang des 400 Mawozo. Le chef de gang a meme menace de les executer si ses exigences ne sont pas satisfaites. La veille, le chef de la diplomatie americaine, Antony Blinken, s’exprimant sur la situation des Americains kidnappes, avait estime qu’il est insoutenable que des zones de Port-au-Prince soient controlees par des gangs.

A la tete d’une institution en charge de la securite publique, Leon Charles a vecu en direct les convulsions politiques et l’effondrement de l’Etat. En onze mois, M. Charles se donne au moins un satisfecit: le demantelement de Fantom 509, une dangereuse excroissance, un groupe violent aux activites douteuses qui compte dans ses rangs des policiers au passe douteux, irrespectueux de la vie et des biens d’autrui. M. Charles sort une nouvelle fois par la petite porte, comme il l’avait fait en juillet 2005 sur fond d’une insecurite grandissante.

Leon Charles etait incapable de ramener le calme a la capitale apres le declenchement de <> le 30 septembre 2004. Durant ses seize mois de commandement, Leon Charles a surtout ete affaibli par les effets de la guerilla urbaine et le phenomene de kidnapping qui rythment le quotidien dans la capitale. Il a desesperement combattu l’insecurite, surtout apres le don de materiel (vehicules et gilets pare-balles) recu de l’ambassade americaine a Port-au-Prince. L’ancien responsable des gardes-cotes s’en va en laissant une capitale en proie a l’insecurite.

Plus d’un millier de personnes et une cinquantaine de policiers ont ete tues au cours des derniers mois, alors que des bandits reclament des sommes astronomiques en echange de la liberation de personnes kidnappees, avait ecrit Le Nouvelliste a l’epoque. En 2021, la situation est terrible. M. Charles a remis son tablier sur fond de reprobation quasi generale de sa performance. De nouveaux allies du Premier ministre Henry, comme le Secteur democratique et populaire, avaient ouvertement demande la demission du chef de la police choisi par Jovenel Moise.