Pour dire l’honneur ? un po?te

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J’aime beaucoup la po?sie. Pour moi la po?sie est un art d’esp?rance et de chaleur humaine. Lors d’une rencontre avec l’?crivain Lyonel Trouillot, il m’a confi? qu’un bon po?te doit avoir sa propre langue. Cela dit, la po?sie serait donc d’abord cr?ation de soi, cr?ation du monde, cr?ation d’un langage. C’est aussi affirmation de soi, du monde et d’un langage.

La po?sie c’est aussi une r?sistance, une r?volte, un acte d’insoumission. Nazim Hikmet, Federico Garcia Lorca, Pablo Neruda, Mahmoud Darwish et Paul Eluard sont des po?tes, selon moi, qui ?crivaient la po?sie comme un acte d’insoumission et de r?volte. Cela dit, un po?te doit non seulement susciter l’?motion avec ses oeuvres, mais aussi cr?er sa propre langue. C’est comme Miles Davis qui a cr?? sa propre harmonie.

<> (?dition du Pont de l’Europe) de Selmy Accilien est un recueil bouleversant.

Ici la po?sie de Selmy est imag?e, poignante et suscite l’?motion. M?me s’il n’a pas cr?? sa propre langue, la lumi?re se glisse entre les mots. Sa po?sie est une exp?rience personnelle mais aussi un chemin. Un chemin d’exil et d’errance o? on n’y trouve un langage autre que celui de l’usage quotidien des mots.

Sa po?sie est une source, un silence, un sens port?s par la musique des mots et par des harmonies.

<< Il y a des noms de fleur sans corps ni visage qui ressemblent au blanc de tes yeux

Des noms venus de l’autre c?t? de la rivi?re cachant dans un coin de tes yeux

Des noms de jeunes pierres rouges que la montagne

n’apporte plus sur son dos

Des aubes qui naissent avant d’autres

Entour?es d?aurores avec des vagues du soir dans leurs

ongles

M?re, tu meurs femme, peines surann?es

Tu meurs toi >>

Sa po?sie est aussi une forme de tendresse qui r?unit dans sa m?moire le chant des vivants et des morts tout en nous invitant dans l’intimit? du langage.

J’aime la po?sie qui dit le monde, l’espoir, le visage humain et le chaos. Je trouve un certain r?confort dans la po?sie de Selmy. Sa po?sie est forte. Les images sont color?es de douleurs mais aussi d’espoir. <>. Selmy ?crit dans le langage plus ouvert et le plus vaste, qui contient pourtant le myst?re de vivre et de mourir.

<< Aujourd'hui c'est l'?nervement des heures

Il gronde trop sur Gona?ves

? force de vouloir couper nos remords en miettes

Toutes les heures f?ch?es ont la marque du feu sur leur

langue

Fr?re humain, dis-moi ce qu’esp?re la Terre

Je te dirai ce que le froid nous a apport? dans ses poches

Apprends-moi ce qu’esp?re la Terre

Je te dirai comment le sommeil devient rare >>

( Un printemps qui finit ? mes pieds, p. 9.)

<> constitue un retour vers l’enfance. Selmy revient sur les questions de l’absence, du silence, de l’amour, de la violence et de la v?rit? du monde. Le po?te ?crit ces mots qui nous font savoir comment toute une vie <>. La po?sie de Selmy nous exalte et ?claire notre vie.