Pourquoi les chauffeurs haïtiens prennent-ils la fuite après avoir percuté ou tué quelqu’un lors d’un accident?

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Pourquoi les conducteurs haïtiens fuient après avoir été impliqués dans un accident où des gens sont blessés ou tués ?

En Haïti, un phénomène inquiétant et complexe se déroule sur les routes, notamment dans la capitale haïtienne. Plusieurs chauffeurs, interrogés par le journal en ligne Juno7, ont révélé les raisons troublantes pour lesquelles ils choisissent de ne pas s’arrêter lorsque leurs véhicules percutent une personne. Cette pratique, largement répandue et empreinte de peur, soulève des questions cruciales sur la sécurité publique et la justice sociale en Haïti.

En effet, l’une des principales raisons avancées par les conducteurs est la peur d’être lynchés par la population en colère. Cette crainte n’est pas sans fondement. Les témoignages recueillis par Juno7 indiquent que, dans de nombreux cas, si la victime d’un accident meurt, le conducteur risque d’être attaqué, voire tué, par les témoins ou les proches de la victime. Ce phénomène est sans doute enraciné dans une méfiance profonde envers le système judiciaire et une propension à se rendre justice soi même . “Les gens pensent que si une personne meurt dans un accident, c’est forcément délibéré,” explique un chauffeur d’autobus. “Ils ne sont pas prêts à accepter que cela puisse être un accident.”

La situation est exacerbée par la pratique du “bwa kale”, une forme extrême de justice populaire où les individus suspectés d’être des bandits sont brûlés vifs par des membres de la population. Ce phénomène, qui a pris de l’ampleur ces dernières années, contribue à la terreur des conducteurs. Dans certaines zones, l’atmosphère est si tendue que si une voiture percute quelqu’un, le conducteur risque de subir ce traitement barbare s’il s’arrête. “À un moment où le phénomène Bwa Kale est en vogue, il y a des endroits où, si vous heurtez quelqu’un et qu’il meurt, vous êtes en danger immédiat,” raconte un autre chauffeur. “Vous devez accélérer pour sauver votre vie.”

La peur des représailles entraîne un cercle vicieux. Les conducteurs qui fuient la scène d’un accident aggravent la méfiance du public envers eux. Cette méfiance alimente à son tour la violence à l’égard des chauffeurs, renforçant leur peur et leur propension à fuir. Ce cycle de peur et de violence montre une rupture tragique dans le contrat social haïtien, où ni la population ni les conducteurs ne se sentent protégés ou compris.

“Il est malheureusement préoccupant qu’un conducteur, après avoir heurté quelqu’un avec sa voiture, se sente obligé de fuir rapidement par crainte d’être tué, battu, ou même brûlé. Il est tout aussi préoccupant que des membres de la population envisagent de tuer ou de battre ce conducteur parce qu’un de leurs proches est décédé après avoir été heurté par une voiture. Je comprends la douleur engendrée par une telle perte, mais ce genre de situation devrait être géré par la justice, avec des dédommagements appropriés pour la famille de la victime”, estime un autre citoyen.

Rompre ce cycle nécessite une approche multifacette. La population doit sentir que la justice sera rendue équitablement sans recourir à la violence. Simultanément, il est impératif de sensibiliser le public à la réalité des accidents de la route, en soulignant que ceux-ci ne sont pas toujours le résultat d’une intention malveillante.

La situation des conducteurs en Haïti, contraints de fuir après un accident, est le reflet d’une crise plus large de confiance et de sécurité. Les solutions à cette crise exigent une volonté politique, une réforme judiciaire et une éducation publique intensive. Seule une approche intégrée pourra aider à briser ce cycle de peur et restaurer une certaine paix sur les routes haïtiennes. En attendant, chaque trajet demeure un pari pour les conducteurs, pris entre la peur de la justice populaire et la réalité des dangers de la route.

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