Quand l’ambassadeur du Canada Sebastien Carri?re ?voque l’urgence d’une tr?ve

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Sur les ondes de Magik 9 (100.9 fm), l’ambassadeur du Canada en Ha?ti, S?bastien Carri?re, a renouvel? l’appel urgent ? une tr?ve, lanc? par le corps diplomatique en poste en Ha?ti, pour d?bloquer le terminal p?trolier de Varreux sur fond de r?surgence du chol?ra. Ce message s’adresse ? toutes personnes ou groupes qui ont un r?le ? jouer dans ce blocage. Le diplomate, lors de son passage sur Magik 9, a ?voqu? des <> expliquant le retard dans la livraison des v?hicules blind?s command?s aupr?s d’une entreprise canadienne. <>, a dit S?bastien Carri?re. Le pays ?tait ? quelques heures d’un accord entre le PM Ariel Henry et le pr?sident de l’accord Montana, Fritz Alphonse Jean, a-t-il r?v?l? avant de souligner que face ? l’aggravation de la situation en Ha?ti, il faut penser au pays avec des perspectives rapproch?es. Non en mois mais dans les heures ? venir. <>, a soutenu S?bastien Carri?re qui appelle ? un effort de consensus extraordinaire. Questions et r?ponses.

Roberson Alphonse : Dans un tweet, hier, des repr?sentants d’ambassades dont le Canada, l’OEA, l’Union europ?enne, les ?tats-Unis… indiquent ?tre hautement pr?occup?s par le blocage du Terminal de Varreux ainsi que son impact humanitaire, avec notamment, la r?surgence du chol?ra. Vous appelez ? une tr?ve imm?diate pour permettre la sortie du carburant pour besoins urgents ?

Ambassadeur S?bastien Carri?re : Oui tout ? fait. Vous avez vu plut?t dans la semaine un appel ? la tr?ve ?manant du syst?me humanitaire des Nations-Unies. L’essentiel du message c’est que le blocage du Terminal Varreux doit se terminer. Les carburants doivent sortir pour desservir les structures sanitaires d’urgence, notamment pour permettre de traiter le plus rapidement possible les cas de chol?ra pour arriver ? z?ro chol?ra annonc?.

Roberson Alphonse : Quand le corps diplomatique appelle ? une tr?ve, ? qui s’adresse-t-il ?

S?bastien Carri?re : Ce message s’adresse ? tout le monde. Quand je dis tout le monde c’est toutes personnes ou groupes qui ont un r?le ? jouer dans ce blocage. ? bon entendeur salut! L’important c’est que ces int?r?ts priv?s et personnels soient mis de c?t? et qu’on enl?ve cette esp?ce de prise d’otage… On a parl? du chol?ra. Cela va beaucoup plus loin que ?a. Les gens ont faim, vont mourir. Donc, il faut imm?diatement r?tablir la situation qui pr?valait avant ce blocage.

Roberson Alphonse : Depuis le 12 septembre, le terminal est ferm?. Autour du 13, 14, Jimmy Ch?rizier, pr?sent? par la police comme un chef de gang et qui, lui, se pr?sente comme un r?volutionnaire, a assum? la fermeture du Terminal. ? vous ?couter, il ne serait pas l’unique personne ? qui il faudrait s’adresser pour obtenir le d?blocage de cette structure strat?gique ?

S?bastien Carri?re : Je ne suis pas sur place. Je ne suis pas un expert non plus. Je ne peux pas dire ce qui se passe ou ce qui ne se passe pas exactement. Ce que nous on dit comme groupe d’ambassadeurs, est que cette situation ne peut pas durer. Le fait qu’on a maintenant une ?closion de chol?ra, pour nous, c’est un signal d’alarme important. Le chol?ra se propage ? une vitesse grand V. Donc, c’est pourquoi nous avons d?cid? d’intervenir sur cette question.

Roberson Alphonse : Vous avez demand? une tr?ve non l’arr?t des hostilit?s. Pourquoi ?

S?bastien Carri?re: On a demand? une tr?ve car on communique via des tweets. L’espace est limit?. Tout ce qu’on veut c’est que les carburants se remettent ? sortir de Varreux le plus rapidement possible. Apr?s les acteurs politiques, les op?rateurs ?conomiques pourront avoir des discussions, d?termin?es ensemble sur comment les questions du carburant doivent ?tre trait?es. Ce qu’il faut retenir de notre message, c’est qu’il y a urgence.

Roberson Alphonse : La situation ?nerg?tique s’est aggrav?e apr?s la fermeture du Terminal p?trolier de Varreux. Il y a eu une succession de manifestations en plusieurs points du pays notamment ? Port-au-Prince. Des manifestants ont indiqu? qu’ils n’acceptent pas les ajustements effectu?s par le Premier ministre et le gouvernement sur le diesel, la gazoline et le k?ros?ne. Et l? nous avons deux probl?mes en un: le blocage d’une part et la non acceptation de la fixation des nouveaux prix. Et entretemps, il y a silence, d?t?rioration et aggravation de la situation. Des gens de la soci?t? civile sont tr?s critiques vis-?-vis du gouvernement et des forces de s?curit? qui ont montr? leur insuffisance et leur incapacit?. Est-ce que vous partagez cette lecture d’insuffisance et d’incapacit? des pouvoirs publics ?

S?bastien Carri?re : J’entends la col?re de la population. J’entends ses revendications. D’une fa?on l?gitime la population s’est manifest?e pour exprimer leur m?contentement et la plupart du temps, cela se fait de mani?re pacifique. Nous condamnons les d?bordements de violences sans r?serve. G?n?ralement, il y a une col?re qui a ?t? manifest?e sur cette question et toutes sortes d’autres questions. Apr?s, c’est une question de politique ha?tienne interne. C’est aux acteurs politiques socio-?conomiques d’aborder ces questions-l?. Nous, on n’est pas l? pour franchir ces questions-l?.

Roberson Alphonse : Je sais que dans votre pays et ailleurs quand il y a des r?formes qui coincent, il y a la p?dagogie, la n?gociation, des applications graduelles d’?l?ments de la r?forme. C’est ce qu’on fait en g?n?ral quand ?a coince. Quand il y a des conflits. Est-ce que vous, vous croyez que les Ha?tiens devraient s’inspirer de ?a pour trouver une fa?on d’avancer par rapport ? ce contentieux ?

S?bastien Carri?re : ?coutez. Pas seulement dans nos pays. Les Ha?tiens sont capables de discuter entre eux et de trouver des consensus. C’est une d?marche qui appara?t tout ? fait logique. Ce que nous disons, c’est qu’il y a urgence. Le terminal p?trolier de Varreux doit ?tre d?bloqu? imm?diatement parce que les vies sont en jeu. On ne peut pas attendre le luxe d’un accord politique qui dure des semaines sur une question sur l’autre pendant que le chol?ra est en train de se r?pandre dans cette zone dans la capitale.

Roberson Alphonse : Vous aviez indiqu? qu’il y a urgence et justement il y a au niveau de la communaut? ha?tienne, un constat que le pays s’enlise dans l’une des pires crises de son histoire. Frantz Duval, notre ?ditorialiste, a indiqu? que c’est la pire depuis ces quarante derni?res ann?es. Les gens voient de l’inaction, de l’ind?cision au niveau Ha?tien, au niveau du gouvernement et aussi au niveau de la communaut? internationale. Est-ce que cette perception est correcte ou pas monsieur l’ambassadeur ?

S?bastien Carri?re : ?coutez. On ne peut pas questionner les perceptions. Tout un chacun a droit ? ses opinions. Moi, je peux parler du Canada. Il y a trois semaines, il y a eu une Assembl?e g?n?rale des Nations-Unies ? New-York. Le Premier ministre du Canada, Justin Trudeau, avait pr?sid? la r?union sur Ha?ti. Cette r?union avec les partenaires r?gionaux au cours de laquelle la crise qui frappe Ha?ti a ?t? ?voqu?e. On a parl? de renforcer la Police nationale d’Ha?ti. On a aussi ?voqu? des sanctions contre les chefs de gangs mais ?galement les personnes qui financent leurs op?rations. La r?union est publique et disponible sur internet. Tous les membres se sont exprim?s sur la question. Maintenant, il y a un processus o? les ?tats-Unis pr?parent une r?solution pour s’attaquer ? cette question. Donc, je vois de l’action de ces partenaires. Ce que je comprends, c’est aussi li? ? la vitesse souhait?e par les gens en Ha?ti. Quand on vit la crise au quotidien, on aimerait que tout d?bloque ? la vitesse grand V. Je pense que les gens travaillent le plus rapidement possible. Ce sont des questions extr?mement complexes qui impliquent le droit international et la l?gislation de chacun des pays. Donc, les efforts ont ?t? mis en oeuvre pour que ?a avance le plus rapidement possible.

Roberson Alphonse : Le Premier Ariel Henry a indiqu? que les manifestations sont le fait d’individus qui ont des int?r?ts politiques, qu’il ne s’agit pas d’une question de carburant. Certains de ces ?l?ments de langage ont ?t? utilis?s par M. Juan Gonzalez et dans certains cas par M. Trudeau avec plus de nuances que M. Gonzalez et par le secr?taire g?n?ral des Nations-Unies, M. Guterres. Ici en Ha?ti, les gens ont consid?r? que c’est une sorte d’appui qui a ?t? donn? ? un gouvernement qui est d?cri? et aussi il y a eu des critiques par rapport ? ces personnalit?s de la communaut? internationale. On a consid?r? que c’est une mauvaise lecture ? la limite une m?prise vis-?-vis de la population qui vit une situation terrible et qui manifeste dans les rues. Est-ce que vous avez une r?action par rapport ? cela?

S?bastien Carri?re : Effectivement, le Premier ministre Trudeau a exprim? sa solidarit? envers le peuple ha?tien, envers les souffrances du peuple et envers leurs revendications l?gitimes. Je pense que les deux peuvent ?tre vrais en m?me temps. Il peut avoir des int?r?ts qui essayent de manipuler les manifestations, le blocage, les barricades pour faire avancer leurs int?r?ts priv?s, personnels ect et politiques. En m?me temps, il peut aussi y avoir une foule dans la rue qui, de fa?on tout ? fait l?gitime, est en train d’exprimer un manque de satisfaction par rapport ? l’action gouvernementale. Ce n’est pas binaire. Cela peut ?tre l’un ou l’autre en m?me temps. Et certainement, le Premier ministre Trudeau a exprim? les deux lors de ses interventions sur le sujet ? New-York.

Roberson Alphonse : Ici, il y a une th?se. La communaut? internationale a nomm? M. Henry ? travers un tweet, l?, elle lui donne un appui inconditionnel et quelque part ce qui s’y passe participe d’un plan pour qu’il y ait une intervention ?trang?re. J’avais pos? cette question ? M. Bob Rae la derni?re fois que j’ai eu le plaisir de vous rencontrer. Il avait donn? une r?ponse ? cette question. Je vous la pose en direct sur Magik 9 afin d’avoir votre r?ponse ou si vous alignez sur celle de l’ambassadeur du Canada ? l’ONU?

S?bastien Carri?re : Je vais vous donner la m?me r?ponse que Bob Rea. De s’imaginer que la communaut? internationale est en train de comploter pour affaiblir Ha?ti et de l’occuper ensuite, pour moi, c’est de la folie absolument pure. Je pense que nos actions, notamment les actions du Canada en mati?re de solidarit?, prouvent que personne n’est ici que pour affaiblir le pays et ensuite en prendre le contr?le. C’est du d?lire.

Roberson Alphonse : S’il y a crise humanitaire, il y a des gens qui disent dans ce cas-ci que l’hypoth?se d’une aide humanitaire prot?g?e par des ?l?ments militaires pourrait avoir une certaine plausibilit?. Cette lecture-l?, elle est tir?e par les cheveux o? elle a une certaine exactitude ou un peu de bon sens ?

S?bastien Carri?re : Il y a toutes sortes d’hypoth?ses qui circulent. <>. Il faut commencer par le premier morne et ensuite se consacrer aux autres. Pour moi, le premier qu’il faut monter, c’est Varreux. Il faut d?bloquer Varreux. La situation est urgente. Je ne pense pas que l’on puisse se payer le luxe de grands d?bats de salon sur ce qui s’en vient dans les six ou douze prochains mois. Je pense qu’il faut passer au six ou douze prochaines heures.

Roberson Alphonse. Pour la commande des blind?s et les autres ?quipements de la PNH, des officiels ha?tiens dont M. G?n?us, le PM Henry, lors des forums publics, notamment ? l’OEA et ? l’ONU, ont appel? la communaut? internationale ? aider et ils ont observ? des retards au niveau de la livraison de ces ?quipements qui pourraient aider ? renforcer la capacit? op?rationnelle de la PNH. Je sais que votre gouvernement a donn? l’autorisation d’exportation mais nous sommes toujours dans l’attente. Qu’est-ce qui se passe M. l’ambassadeur ?

S?bastien Carri?re : La compagnie fait face ? des difficult?s logistiques consid?rables, importantes. Oui, effectivement, il y a un retard. Tout le monde est insatisfait de ce retard. J’ai bon espoir que ?a se d?bloque dans les prochaines semaines.

Roberson Alphonse : On a entendu des bruits de n?gociations. Il a ?t? question de signature d’un accord. Il me semble que tout a avort?. Il y a un certain cannibalisme politique. Quid des ?chos de ces discussions. Est-ce qu’au niveau de la communaut? internationale, il y aurait une forme d’impatience aussi par rapport au temps que ?a prend ? trouver un accord pour sortir de la crise sur fond d’enlisement de la situation sociopolitique aujourd’hui, humanitaire et sanitaire ?

S?bastien Carri?re : On demande un accord inclusif depuis des mois. Un des moments forts de cette d?marche ?tait la conf?rence minist?rielle pr?sid?e par le ministre canadien des Affaires ?trang?res en janvier dernier. Il y a toute une s?rie de rencontres aussi au niveau des officiels pour marteler toujours le m?me message de la recherche d’une solution ha?tienne inclusive pour un retour ? l’ordre constitutionnel.

Effectivement, cette semaine, semble-t-il, que le pays a ?t? ? quelques minutes d’un accord entre Ariel Henry et Fritz Jean. Ensuite, il y a eu un recul. Nous ne sommes pas dans la micro gestion des accords ou du dialogue politique. Je pense qu’encore une fois — je l’ai d?j? dit publiquement– faire la politique as usual, comme on l’a toujours fait alors que la crise s’aggrave de fa?on importante de jour en jour, ne soit plus ? l’ordre du jour. Moi personnellement, je pense qu’un effort extraordinaire doit ?tre fait au niveau du consensus politique parce que la situation est hors de l’ordinaire. No more politic as usual, comme on dit en anglais.

Roberson Alphonse: Si votre appel ? la tr?ve n’a aucun effet, nous serons dans quel cas de figure ?

S?bastien Carri?re : On va assister possiblement ? une aggravation importante de la situation humanitaire. Je pense qu’on pourrait avoir une ?pid?mie de chol?ra qui explose. Des services sanitaires comp?tents ne peuvent pas intervenir aupr?s des populations touch?es. Ce serait extr?mement grave.

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