Remboursez

The content originally appeared on: Le Nouvelliste

Une ministre qui parle, f?licite, se f?licite. Un autre qui semble se tromper de pays, de contexte, propose des folies, en impose qui f?licite. D’autres qui voyagent, se pavanent. Leurs cort?ges qui d?boulent, poussent, bousculent, menacent. Ils imitent en cela leur chef qui pleure les morts d’ailleurs, envoie des messages de sympathie et de condol?ances aux victimes d’ailleurs, mais ne montre que m?pris et indiff?rence envers les morts d’ici.

Les morts d’ici. Ceux tu?s par les balles des gangs. Ceux tu?s par la mis?re et le manque de soins.

Les morts-vivants d’ici qui n’osent ni sortir ni rester chez eux. Parce qu’on les tue ou les kidnappe aussi chez eux. Ceux qui travaillent et ne gagnent presque rien. Pas assez pour satisfaire leurs besoins primaires. Ceux qui craignent la prochaine pluie qui va tout emporter du peu qu’il leur reste. Ces ?coliers qui se rendent dans une ?cole qui n’a pas les moyens d’enseigner, qui n’ont pas le ventre assez rempli pour apprendre.

La mort. La pauvret?. La d?b?cle. Tribunaux, connais pas. Services publics, connais pas. Un peuple condamn? ? faire tout tout seul. ? faire face tout seul. ? survivre et crever tout seul. Alors qu’un pouvoir autoproclam? et choisi par de pr?tendus amis d’Ha?ti pr?tend parler en son nom, agir en son nom, le diriger.

Mais c’est vrai que le <> de facto ne pr?tend pas diriger, gouverner. En fait, il ne pr?tend rien. ? part que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pour lui, sans doute. Salaires et per diem, prestige de basse-cour et discours inutiles. Verbiage, caricatures. Il joue une com?die macabre dont il est le seul spectateur heureux. Quand ils passent ? la t?l?, ils ont l’air fiers d’eux, comme s’ils avaient accompli quelque chose. Oui, ils ont accompli quelque chose : ils ont acquis, on pr?f?re ne pas savoir comment, titres et moyens. Cela leur suffit. Il en est qui ne parlent pas, ils susurrent. Il en est qui haranguent les foules absentes, leurs voix sont r?solues, d?termin?es, ils semblent croire ? leurs mensonges. Il en est qui parlent comme s’ils avaient la t?te ailleurs, ils se soumettent ? la routine, ennuy?s par le protocole. Zuzus, va-t-en-guerre contre des fant?mes.

Le protocole. Tout ce qu’il en reste, ce sont ces prises de parole auxquelles de pauvres fonctionnaires t?moins du d?sastre, quelques thurif?raires et affairistes, sont forc?s d’applaudir.

Un an de mis?re, de violence, de d?gradation absolue de ce qui ?tait d?j? d?grad?. Un an de blocage de tout vrai processus d?mocratique. Un an <>.

Que payons-nous ? Pourquoi payons-nous ? Pour qu’on parade en nous regardant souffrir, mourir ? Ind?finiment… Combien ce pouvoir nous a-t-il co?t? en un an ? Qui nous remboursera l’argent que nous payons pour notre mise ? mort ?