Robert Malval: La poire d’angoisse

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Il y a une donnee nouvelle dans l’equation politique haitienne: la debacle du populisme. Le peuple n’a plus la memoire courte de jadis. La preuve fut manifeste dans l’incapacite du pouvoir PHTK depuis 10 ans qu’il regne a susciter l’approbation populaire de ses theses demagogiques, meme quand celles-ci s’inspiraient de themes qui auraient du soulever l’enthousiasme des masses. La fin du populisme a pour corollaire la montee en puissance de la petite-bourgeoisie urbaine et rurale qui forme les gros bataillons d’intellectuels, de professionnels, d’educateurs, de journalistes, de cadres moyens de la fonction publique et du secteur prive, de religieux, d’artistes, d’artisans et qui a connu durant ces 20 dernieres annees une evolution ideologique et politique.

Tout en restant attachee a l’ordre public, elle fait profession de foi reformiste et aspire, en conjonction avec notre diaspora, non seulement a reduire les inegalites sociales mais aussi a relustrer l’image du pays si ternie. Cette nouvelle classe d’hommes et de femmes, encore pour beaucoup proches des masses, voit dans ces dernieres une force d’appoint conscientisee par la revolution de l’information et qu’on ne peut plus tromper par des debordements verbaux.

Il y aura certes toujours un lumpen alleche par quelques gourdes, des misereux et autres toujours avides de danser au son du tambour et des trompettes, souvent pour pimenter une vie sans joie, des opportunistes, etrangers aux scrupules et se croyant habiles a donner le change sur leurs desseins secrets, mais il est permis de penser que les politiciens vereux et autres dupeurs ne pourront plus engranger des gains politiques par la methode eculee du Panem et Circenses pratiquee depuis l’epoque de decadence de la Republique romaine pour s’attirer la bienveillance des masses et les enjoler.

Pour ces raisons, on n’a jamais compris les errements du Core Group et du Binuh et leur entetement a s’enfermer dans leur pre carre. Dans leur volonte de rester les seuls maitres du jeu, ils continuent de porter leur appui a des forces de plus en plus marginalisees et appelees a disparaitre de l’horizon politique. Helen La Lime relativisait naguere l’importance en nombre des manifestants anti Jovenel Moise mais elle n’a jamais semble consternee par l’impuissance du pouvoir d’alors, malgre ses ressources, a organiser de larges rassemblements de foule en sa faveur. La singularite de sa demarche s’inspirait d’un aveuglement sur la volonte des Haitiens, tant du dedans que du dehors, a faire leur aggiornamento.

En s’acharnant a ne pas integrer ce fait nouveau, la communaute internationale aura a subir sa poire d’angoisse: l’incapacite du pouvoir de facto a mobiliser les electeurs favorisant ainsi a la fois les tenants de l’option radicale et les chefs de gangs. En l’absence de solutions novatrices pour organiser des elections libres et credibles, et en toute securite, le prochain elu sera une fois de plus porte au pouvoir par une minorite de votants. Ce ne sont pas ceux qui, apres avoir ete le fer de lance de l’opposition, ont rejoint le regime de fait pour avoir leur part du festin qui auront l’autorite morale pour pousser le peuple aux urnes. La politique est parfois affaire de principes, aujourd’hui plus que jamais dans un pays a l’agonie.

Daniel Foote avait tres vite compris que la double fonction usurpee risque de souffrir d’une fragilite accrue malgre le recent mariage de raison qui, loin de lui apporter la dot esperee, limite sa liberte de manoeuvre. Les forces qui la contestent, meme dispersees, occupent desormais une position charniere car elles ont les moyens de poser des verrous et d’entraver le processus electoral. Ainsi, nous reviendrons a la case depart et le chaos perdurera. Haiti ne sera pas somalisee mais neantisee, a moins d’un sursaut national mobilisant toutes les strates de la societe haitienne.