Robert Malval : vers une occupation in?dite

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<>, lan?ait Adolphe Thiers ? Napol?on III quelque temps avant la d?b?cle fran?aise face ? la Prusse en 1870. Cet avertissement peut ?tre adress? ? Ariel Henry car nous sommes face ? une urgence path?tique. Le pays s’enfonce dans le malaise et la d?sesp?rance. Nous nous approchons rapidement des circonstances qui rendront in?vitable la mise sous tutelle, une fois de plus, de la premi?re r?publique noire du monde. Les possibilit?s d’accord entre les accords sont plus porteuses de promesses que de r?alit?s. C’est que le gouvernement de facto a, d?s l’origine, ?t? marqu? par une fatale faiblesse : son manque de l?gitimit?.

Les exigences d’alliance entre les parties ha?tiennes que ne cesse de pr?coniser le Core Group sont irr?alistes car, d’une part, le gouvernement Henry n’est pas assez fort pour faire des concessions all?chantes et de l’autre, demander ? l’opposition, surtout ? celle issue du pacte de Montana qui en est la plus homog?ne jusqu’ici, de composer avec le pouvoir en place est illusoire, car elle conspirerait ainsi ? sa propre perte. La diversit? des int?r?ts et l’incompatibilit? de leurs ambitions rendraient irr?m?diablement factice toute entente qui sortirait d’un t?te-?-t?te.

En attendant, le ressort du pays est ?puis?. Dans l’?tat de mis?re et d’anarchie o? vit la population, une ?crasante majorit? r?ve de l’arriv?e au pouvoir d’un gouvernement autoritaire ?clair? et rassurant pour les personnes et pour les biens. ? d?faut, elle accueillerait favorablement une intervention ?trang?re. Celle-ci inspirera sans doute des alarmes aux nationalistes irr?ductibles mais leurs protestations patriotiques seraient vite inaudibles sous la clameur approbatrice de toutes celles et de tous ceux qui subissent le joug des gangs et qui vivent dans la peur avilissante qui habite quotidiennement les consciences. Comme dit le proverbe, l’aigle doit laisser chanter les petits oiseaux sans se soucier de savoir pourquoi ils chantent. Ce sont l? les am?res r?alit?s de notre faillite collective.

Mais que les patriotes se rassurent ? demi. Cette nouvelle occupation, si elle devait survenir, se ferait avec des cadres civils, militaires et policiers, actifs ou retrait?s, de notre diaspora. Les exp?riences pass?es de stabilisation, que ce soit avec Washington ou avec l’ONU, ont montr? leurs limites et le peuple ha?tien avait pu mesurer ce que valaient leurs promesses. De plus, aucune des grandes puissances ne souhaite une intervention directe qui aurait cette fois-ci pour corollaire oblig? la construction d’une nation jamais fond?e depuis 1804. Bien s?r, la politique ? suivre serait d?finie sans doute ? Washington, mais elle aurait besoin au moins de l’assentiment des Ha?tiens d’origine ou d’ascendance pour la mettre en oeuvre.

Seulement alors pourra-t-on forger la nation n?e de Verti?res.