Se faire soigner au temps du “peyi l?k”

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Comme pour la Covid-19, le ph?nom?ne peyi l?k commence ? s’installer dans le quotidien des Ha?tiens, bousculant les habitudes de vie et obligeant chaque famille ? s’accommoder avec l’impr?visibilit? absolue.

Face ? ce qui semblait ?tre un mouvement spontan? de courte dur?e contre l’annonce d’une ?ventuelle augmentation du prix des produits p?troliers ? la pompe le lundi 12 septembre 2022, notamment dans la commune de Delmas, l’aire m?tropolitaine de Port au Prince s’est r?veill?e litt?ralement en d?tresse respiratoire le lendemain. Une colonne de fum?e embrase le ciel de la capitale.

Tel est un brasier -? bout de souffle- tout est mati?re ? feu.

Les quartiers se transforment en parcelles de territoires perdus, si proches et si loin, c’est le retour des barricades. Sur le pav?, un m?lange h?t?roclite de tout ce qui est visible avec une masse mol?culaire. Quelques pierres, des piles d’immondices, une branche d’arbre, un panneau publicitaire, une table, une carcasse de voiture ou tout simplement quelques jeunes prof?rant des menaces.

Dans ce tohu tohu qui prend ? rebrousse-poil toutes les couches sociales, trois (3) personnes tentent l’impossible. Ils essaient de traverser Port-au-Prince en voiture.

Le vrombissement du moteur, entre Delmas 32 et Christ Roi o? ils essaient de se frayer un chemin, agace ceux qui surveillent les barricades. Les gardiens crient au scandale.

“C’est une provocation”, mart?le un jeune apparemment dans la vingtaine.

Le conducteur sort de la voiture et tente de raisonner ceux qui acceptent de l’?couter. ?a commence par des hurlements et finit par un hochement de la t?te synonyme d’un acquiescement compr?hensif.

“Ils veulent se faire tuer pour une voiture, ces gens-l? sont fous”, commente une dame qui tient un petit commerce de boissons gazeuses au march? de Christ-Roi.

Grand f?t son ?tonnement de constater quelques minutes plus tard que ces gens qui ont les nerfs sur l’?piderme finissent par accepter d’enlever une partie de la barricade pour laisser passer la voiture et la remettre la barricade aussitot apr?s le passage du v?hicule.

L’image est unique en cette premi?re journ?e de “peyi l?k”, mais il est impossible de la capter avec une cam?ra, elle restera dans la t?te des riverains.

Un petit cort?ge de quatre personnes accepte m?me d’accompagner la voiture qui se dirige vers l’avenue John Brown depuis la rue Christ roi.

C’est sans succ?s qu’ils essaieront de dire quoi que ce soit, la voiture est prise entre plusieurs barricade de pierres qui donnent sur la route de Bourdon, l’une d’entre elles se prolonge vers Lalue par l’avenue John Brown et une derni?re d?limite la Rue Rivi?re non loin du Rectorat de l’universit? d’?tat d’Ha?ti.

Personne ne comprend comment un homme sain d’esprit peut envisager de traverser autant de barricades avec une voiture dans un contexte aussi fragile. Les commentaires pleuvent dans tous les sens.

Dans un dernier geste d?sesp?r?, un passager sort de la voiture, tient la main d’une femme avec un s?rum dans son bras. La voiture continue d’essuyer quelques jets de pierres, mais elle avance. L’homme qui tient le bras explique avec des mots devenus inaudibles pour ceux qui assistent la sc?ne de loin, un premier groupe semble comprendre.

D’un petit groupe de 4 ? un autre, ils se montrent moins agressifs, mais pas assez pour qu’ils puissent traverser une ?ni?me barricade.

“C’est une femme malade, elle a besoin de se rendre ? l’h?pital du Canap?-vert, on doit laisser passer cette voiture”, crie un chef de file sans pourtant faire l’unanimit? parmis ceux qui guettent derri?re les barricades.

“Il y aura toujours une situation, soit on le fait, soit on le fait pas”, r?torque un membre du groupe avant de nuancer: “Ils doivent descendre pour enlever une partie de la barricade et s’assurer que tout soit bien arrang? apr?s leur passage. C’est la derni?re fois, vraiment la derni?re fois sur la t?te de ma m?re”, jure t-il.

Aid?s par quelques riverains, ils ont pu traverser cette derni?re grande barricade avant d’arriver ? l’h?pital du Canap?-Vert que le conducteur ne connait que de nom.

“Tu tournes ? gauche, au prochain Carrefour, puis tu tournes sur l’avenue Lamartini?re en sens inverse et demandes ? n’importe quelle personne de te montrer l’h?pital de Canap? Vert”, indique une jeune fille press?e de rentrer chez elle.

La voiture tourne effectivement ? gauche ? grande vitesse, pr?occup? par les cris de cette femme et aucun de ceux qui assistaient cette sc?ne ne saura la suite, ni si ces gens ont rencontr? d’autres difficult?s ou s’ils ont pu arriver ? destination.

Il reste les innombrables interrogations et le constat d’une p?rip?tie sans nom pour se faire soigner au temps du “peyi l?k”.

Entre le t?moignage de m?decins qui re?oivent des appels de patients en d?tresse parce qu’ils n’ont plus de m?dicaments, la r?alit? de ceux qui doivent b?n?ficier d’une s?ance de dialyse, les h?pitaux qui fonctionnent en sous effectif, ceux qui doivent b?n?ficier d’une intervention chirurgicale en urgence, il faut avoir la capacit? d’improviser, du courage et essayer de tenir ? l’impossible pour survivre par les temps difficiles qui s’annoncent.

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